Revue de projets #20 : SOS Futur

Rendre les nouvelles technologies accessibles à tous, et ce de manière écoresponsable. Telle est l’ambition de SOS Futur, société de services informatiques basée à Nancy et membre de Kèpos. Pour en parler, nous vous proposons une rencontre avec Martin Thiriau, son dirigeant et fondateur.

Qui êtes-vous ?

Je suis Martin Thiriau, cofondateur de SOS Futur. Diplômé de l’ICN Business School et de l’École des Mines de Nancy, j’ai souhaité dès ma sortie d’école réduire la fracture numérique et aider ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies. En effet, très attiré par les nouvelles technologies dès mon plus jeune âge, j’ai très vite remarqué que l’évolution fulgurante de celles-ci allait poser beaucoup de problèmes à de nombreuses personnes. Au début très éloigné des questions environnementales et énergétiques liées à ces technologies, je suis maintenant pleinement conscient de ces problématiques et m’efforce de concilier le numérique avec l’éthique et l’utilisation écoresponsable.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de SOS Futur ?

SOS Futur est né officiellement en juillet 2016, notamment grâce à des structures comme l’École des Mines et le PeeL (Pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine). Au début nous étions deux et tournés essentiellement sur de l’assistance à distance et un peu de développement logiciel, depuis un petit bureau à l’École des Mines. Nous avons progressivement agrandi notre champ d’action avec de la réparation en atelier et de l’intervention à domicile. Les locaux devenant trop petits et trop compliqués d’accès, nous avons déménagé là où nous sommes encore actuellement, dans le quartier des III maisons à Nancy. C’est à partir de là que nous avons véritablement enclenché la croissance et la diversification de notre activité: assistance, réparation, vente, location, formation, infogérance, gestion de parc informatique, fournisseur d’accès internet et télécoms, éditeur de logiciel web (type CRM, logiciel de caisse, gestion de caméras de sécurité…), hébergement de serveurs et de solutions informatiques, développement web et logiciels et dernier né, un studio photo/vidéo avec prestation d’enregistrement et de diffusion en direct audio/vidéo d’évènements et de conférences. Nous sommes maintenant 8 personnes.

Comment définissez-vous la mission de SOS Futur ?

Depuis le départ, SOS Futur veut vulgariser les nouvelles technologies à tous afin que plus personne ne « subisse » ces technologies. En effet, les nouvelles technologies sont un véritable atout au quotidien si on sait les utiliser, et surtout si on sait les utiliser correctement, c’est-à-dire de manière éthique et écoresponsable. Nous sommes donc là pour accompagner les personnes et les organisations en trouvant des solutions à leur besoin en matière de numérique, en proposant notamment une formation pratique, éthique et responsable à l’utilisation de ces solutions.

Quels sont selon vous les grands enjeux énergétiques et écologiques du numérique ?

Longtemps ignorés, les conséquences environnementales du numériques ne sont plus à prouver. Mais si certains en doutaient encore, il suffit d’aller voir les différentes études du Think Tank « The Shift Project » pour voir l’impact croissant de ce secteur dans des pollutions diverses. Deux aspects sont à différencier, la consommation énergétique liée à la production d’un côté, et celle liée à l’utilisation de l’autre. La seconde a dépassé la première depuis peu en termes de pourcentage (55% vs 45%). Au vu du développement toujours plus soutenu du numérique, il est indispensable de réfléchir et d’agir sur ces 2 aspects, car ce rythme actuel n’est pas tenable sur le moyen terme.

Vous travaillez de plus en plus sur la question du numérique responsable. De quelle manière ?

SOS Futur s’efforce de travailler sur les deux tableaux.

D’un côté, pour diminuer « la production », plusieurs actions sont réalisées. La première chose est d’analyser précisément les besoins clients et de choisir des solutions PROPORTIONNÉES, MODULAIRES, ÉVOLUTIVES et FACILEMENT RÉPARABLES ! En effet, notre société à une forte tendance à vendre des solutions beaucoup trop performantes pour les besoins, et les clients n’utilisent qu’une faible partie des capacités des machines. De même, certains constructeurs rendent de plus en plus difficile, voire impossible, la réparation de leur appareil ou l’évolution de certains de ses composants. Du coup, à chaque panne, il faut changer d’appareil… Mais l’obsolescence programmée est aujourd’hui en partie logicielle, c’est aussi pourquoi nous favorisons quand cela est possible des systèmes libres et durables dans le temps. Ensuite, nous essayons de reconditionner au maximum les matériels afin de diminuer l’utilisation de composants neufs. Nous sommes également là pour conseiller au mieux les organisations dans leurs approvisionnements en matériels numériques sur toutes ces questions éthiques et responsables.

Concernant « l’utilisation », nous avons une grosse brique formation sur les conséquences des usages du numérique, et notamment du mail par exemple. Répondre à un mail groupé est-il nécessaire ? Garder un mail vieux de 3 ans est-il pertinent ? Il y a énormément de choses « basiques » sur lesquelles on peut jouer. Les gens non formés ne se rendent pas compte de l’impact de ces actions prétendument « dématérialisées ». Il est donc très important de faire de la prévention là-dessus. De même, nous essayons de privilégier des solutions logicielles adaptées, susceptible d’être plus « légères » sur les serveurs et moins énergivores. Enfin, pour lutter contre l’obsolescence logicielle, nous utilisons quand cela est possible des logiciels libres.

Vous avez déployé pour Kèpos un système d’information partagé open source nommé Nextcloud. Quel est le l’intérêt d’un tel outil ?

En effet, cet outil est une plateforme collaborative qui permet de regrouper beaucoup de fonctionnalités en un seul endroit : drive personnel et partagé, gestion des contacts et des calendriers, accès aux mails, solutions d’édition de documents, de tableurs et de présentations collaboratives, et plein d’autres outils pour la gestion de projets en équipe. Le fait d’utiliser une solution libre représente beaucoup d’avantages.

D’une part, d’un point de vue éthique. Le principal avantage est que l’on auto-héberge les données, c’est-à-dire que l’on a la maîtrise totale de l’endroit où sont stockées nos données. Elles nous appartiennent et seules les personnes autorisés y ont accès. Les grosses entreprises du secteur n’en font donc pas ce qu’elles veulent. Ensuite, cette licence AGPL permet d’être sûr que cet outil ne sera jamais commercialisé ni propriétaire. Nous avons donc l’assurance que l’on pourra toujours maîtriser cette solution.

D’autre part, d’un point de vue pratique. Cette solution est collaborative, donc n’importe quel développeur peut proposer des améliorations et des nouvelles fonctionnalités. C’est une solution modulaire, c’est-à-dire qu’on n’active et on n’installe que ce qui est nécessaire.

Enfin, d’un point de vue énergétique, cette solution est beaucoup moins gourmande que les solutions propriétaires type Google Drive, Amazon ou Microsoft, et la consommation du serveur est entièrement gérée par nos soins. Nous ne mettons donc que l’essentiel, et le serveur est basé en France. Nous maîtrisons donc toute la chaîne.

La crise sanitaire et les mesures restrictives de type confinement viennent renforcer l’intérêt du numérique pour maintenir du lien, notamment via le déploiement du télétravail. Comment intervenez-vous en support de ces nouveaux usages ?

Le numérique est indispensable aujourd’hui, et encore plus dans une situation comme celle que l’on rencontre actuellement. SOS Futur accompagne les particuliers, notamment les seniors, en les formant sur des outils de type tablettes, pour qu’ils puissent utiliser les applications de messagerie instantanée afin qu’ils restent en contact avec leur famille et leurs proches. Nous mettons également en place des systèmes rapides de réparation ou d’amélioration des machines. La location de matériel est également favorisée durant cette période.

Pour les professionnels, SOS Futur les accompagne dans la mise en place de solutions de télétravail, avec la mise à disposition de matériel supplémentaire, l’installation de solutions collaboratives propriétaires ou open-source, avec un fort accent sur la sécurisation des données.

Merci !

Aspects philosophiques et spirituels de la transition écologique

Les réunions des membres de Kèpos sont parfois l’occasion de prendre un peu de hauteur. Ce fut le cas en octobre , lors d’une session intitulée « Enjeux philosophiques et spirituels de la transition écologique ». Kèpos recevait à cette occasion Xénophon Tenezakis, agrégé de philosophie, et Aramis Marin, enseignant-chercheur en gestion très intéressé par les questions de spiritualité.

En matière philosophique, il est possible de partir d’une question simple : « Comment en est-on arrivé là ? ». Couramment, on admet une opposition entre nature et culture, la première étant ce qui est là, et la seconde, ce qui entretient, ce qui cultive la nature. Chez les grecs, la nature est proche du cosmos, ce qui est ordonné. Les êtres croissent selon cette nature, qui est une forme d’essence. On ne peut dès lors « faire n’importe quoi », « sortir de la nature ». Il en va de même chez les Chrétiens, chez qui l’homme est dépositaire de la nature. Il en prend soin et respecte son ordre immanent.

Le progrès technique et scientifique vient bouleverser ces approches : il fait apparaître la nature comme chaos. Le monde n’a plus d’ordre, plus de but. Il importe dès lors à l’homme d’ordonner la nature, car il apparaît alors que, fondamentalement, l’ordre immanent au monde ne lui convient pas. L’humanisme est ce moment où l’homme apparaît au-dessus de tout.

Cependant, on ne peut tout maîtriser, et très vite apparaissent des effets imprévus à l’action humaine, l’homme, par définition, n’ayant pas une vision globale. C’est alors que l’environnement conditionné par l’homme conditionne l’homme en retour. La maîtrise semble seulement partielle, et tout un ensemble de désordres apparaissent : changement climatique, effondrement de la biodiversité, pollution généralisée des écosystèmes, etc. Très vite, la question que nous nous posions initialement devient : « Que faire ? »

La première option serait sans doute de faire de la nature un nouvel absolu, quelque chose de sacré ayant une valeur religieuse. On peut craindre cependant l’aspect dogmatique de la solution.

La deuxième option serait de renforcer notre approche technologique, afin de mieux maîtriser la situation, les effets imprévus dont nous avons parlé tout à l’heure étant alors vu comme un déficit de technologies. Mais il est cependant fort probable que ce qu’il s’agit d’appréhender, dans sa globalité, excède les capacités d’absorption de l’homme.

La troisième possibilité, qui peut paraître plus raisonnable, est de développer une autre technologie, reposant sur les interactions Win/Win. Cela implique de considérer que l’homme ne fait qu’un avec la nature, car en modifiant la nature, l’homme se modifie lui-même. Il importe alors de trouver les formes d’interaction non nocives. Au cœur de cela se trouve l’idée d’interdépendances, notamment locales. Cela suppose une science qui ne se déploie pas sur le modèle de la loi universelle, et un effort pour sortir de la standardisation. Le fait que ces interdépendances soient locales rend cela très difficile, à l’heure où les interdépendances sont surtout globales. Finalement, il ne s’agit de pas autre chose que de chercher à « faire entrer le dentifrice dans le tube », que l’humanité récente s’est appliquée à faire sortir !

Au-delà de ces réflexions philosophiques, Aramis Marin, très proche de la spiritualité dite ignatienne, issue des Jésuites, donne des éléments supplémentaires sur ce qui peut nous inviter à initier et conduire la transition écologique. Sa thèse est simple : fondamentalement, il ne faut rien changer ! La transition doit venir naturellement, telle quelque chose qui naît.

Pour cela, un effort de définition doit être fait sur ce qu’est la spiritualité. Il s’agit là d’une dimension humaine importante, relative à la perception que l’homme a de lui-même dans sa relation au monde. Cette dimension spirituelle est très liée à la question de la transcendance. Mais c’est aussi une expérience, une chose à vivre liée à un système de croyances. C’est enfin, une finalité, vue comme ce que j’espère.

Dans ce cas, pourquoi parler spiritualité lorsque l’on évoque la question de la transition écologique ? Plusieurs éléments peuvent être cités :

  • La dimension spirituelle nous permet en la matière d’avoir accès à un horizon plus large, qui fondamentalement nous oriente vers la sobriété, voire, pour certains, l’ascèse.
  • Elle nous invite à gagner en liberté, car elle remet en perspective la question de la finalité et des moyens. In fine, l’homme peut y trouver la paix.
  • Enfin, c’est un bon moyen pour ne pas se fatiguer : un activiste avec son énergie propre se fatigue vite, celui qui puise dans une transcendance trouve des ressources externes utiles pour avancer loin.

Dès lors, comment mettre en place cette spiritualité de la transition ? L’approche est relativement simple. Tout d’abord prendre du recul, de la hauteur, de la distance (marcher, écrire, parler). Il importe en effet que « l’eau soit tranquille ». Puis contempler et méditer, pour admirer ce que l’on voit et écouter les mouvements intérieurs que l’on perçoit. Enfin, se laisser éprouver par une austérité en vue d’une ascèse joyeuse. Ce choix de la pauvreté ouvre vers la mystique et le lien avec la terre vécue comme ce qui nous donne ce dont on a besoin. Au final, il est alors possible de sortir de l’accablement pour construire la résilience.

Imaginez les activités de demain avec Start Up de Territoire !

Le jeudi 5 novembre 2020 aura lieu en distantiel la grande soirée Start Up de Territoire en Meurthe-et-Moselle, initiée par le Collectif Essenciel 54, dont fait partie Kèpos. Rencontre avec Marie-Pierre Dardaine, partie prenante de ce projet, qui nous explique cette dynamique originale qui vise à imaginer de nouvelles activités engagées sur le territoire.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Après une expérience riche dans l’accompagnement et le financement de start up, je me suis lancée à mon tour dans la formidable aventure de l’entrepreneuriat avec Curionomie, agence évènementielle spécialisée dans la conception et l’organisation d’évènements prenant appui sur la (re)-découverte des territoires et de ses acteurs locaux.

Comment êtes-vous arrivée à vous impliquer dans le collectif Essenciel 54 ?

Dans mon parcours, je me suis impliquée dans de nombreux réseaux associatifs d’entrepreneurs et notamment au sein de la section de Nancy du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD). Ce mouvement d’entrepreneurs est un lieu d’expérimentation qui incite ses membres à ouvrir de nouvelles voies, à initier de nouvelles pratiques dans leurs entreprises : développement durable, RSE, économie de la fonctionnalité, bien-être des collaborateurs, … C’est bien naturellement que le CJD a souhaité être partie prenante du collectif Essenciel54, et s’engager dans une démarche audacieuse mobilisant des citoyens pour inventer les activités et les emplois de demain. Contribuer à faire naître un esprit entrepreneurial responsable et durable a toujours été au cœur de mon engagement professionnel, d’où mon implication dans ce projet.

Qu’est-ce que Start Up de Territoire ?

Start-Up de Territoire est une démarche citoyenne et entrepreneuriale dont l’ambition est de créer des activités à impact social, sociétal et environnemental répondant aux besoins des citoyens et des territoires. C’est une association nationale qui a déjà fait naître de nombreux projets sur différents territoires en France. En Meurthe et Moselle la dynamique est portée par le collectif EssenCiel54.

La démarche est assez simple : favoriser à travers des échanges l’émergence d’idées, puis transformer ces idées en projets, puis en traduire un certain nombre en création d’activités nouvelles sur le territoire. Cette démarche se fait en mode intelligence collective qui mise sur la capacité du groupe à collaborer pour atteindre une construction commune, et qui garantit l’équivalence des participants.

Concrètement, qu’est-ce qu’il va se passer le jeudi 5 novembre au soir ?

Après plusieurs mois passés à identifier des idées d’activités issues des ateliers de créativité organisés un peu partout sur le territoire, la soirée du 5 novembre avait pour but de réunir des centaines de citoyens intéressés à co-construire des solutions pour transformer ces idées en projets.

Les récentes mesures liées à la situation sanitaire ne permettent plus de maintenir la soirée en présentiel. Nous invitons alors tous les participants le 5 novembre à 18H à se retrouver dans une belle dynamique en visio pour découvrir les différents défis et à prendre date pour participer en petit groupe à un atelier « construction de solution » autour d’un défi choisi.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’idées qui seront soumises à l’intelligence collective ?

Les défis ont été regroupés au sein de 10 Univers. Un exemple de défi dans l’Univers Alimentation durable : « Deux mains pour un jardin », comment rendre le territoire plus vert grâce à la participation de chacun ? Un autre exemple dans l’Univers Finance solidaire : « Le Florain… chez moi aussi! », comment permettre l’appropriation par le plus grand nombre de la monnaie locale Florain.

Qu’est-ce que vont devenir ces projets une fois passé cette soirée ?

Une fois les ateliers de construction de solutions passés, de nombreux défis seront au stade du plan d’action, prêts à être boostés ! Ils pourront alors être proposés pour une étude de faisabilité et de viabilité économique, à réaliser en mode collaboratif associant les structures de l’écosystème de l’accompagnement à la création d’activité et des collectifs de citoyens. Notre pari est qu’un certain nombre de projets citoyens voient le jour et donnent lieu à de la création d’activités et d’emplois sur le territoire.

Quel retour pouvez-vous nous faire sur cette aventure : satisfaction ressentie ou difficultés rencontrées ?

Depuis son lancement, la démarche a mobilisé de nombreux acteurs d’horizons très différents, tous guidés par la volonté de porter une dynamique collective, porteuse de sens et d’innovation, pour répondre aux défis liés aux mutations sociales, économiques et environnementales. C’est une dynamique très satisfaisante qui s’est mise en place et porteuse d’espoir. Nous nous sommes tous enrichis au contact des uns et des autres, et nous avons souvent été bluffés par l’énergie qui se dégageait à chaque atelier de créativité. Bien sûr, nous avons eu les contraintes liées à la situation sanitaire (ateliers d’idéation en distanciel, report de la soirée initialement prévue le 4 juin, ajustement de la soirée du 5 novembre,…) ; pour autant la démarche ne s’est pas essoufflée et le collectif emmené par l’équipe du Conseil départemental 54 a réussi à faire rayonner la démarche en Meurthe et Moselle. Hâte de voir les premiers projets se concrétiser !

Merci !

Faire évoluer les comportements : quels leviers ?

La transition écologique appelle un changement profond des comportements individuels. Mais comment y parvenir ? C’est sur cette question que butent beaucoup d’initiatives publiques et privées pourtant très louables. Il semble que ces comportements ont une inertie absolument terrible, et qu’hélas, alors que l’urgence climatique menace, nous en soyons réduits à des petits pas. Et pourtant, la situation pourrait être résumée avec une phrase de Winston Churchill : « Mieux vaut prendre le changement par la main, avant qu’il ne nous prenne à la gorge ».

Ces enjeux étaient à l’ordre du jour d’une rencontre organisée par l’association Citoyens & Territoires, à la Cité des paysages, sur la colline de Sion, le 17 septembre dernier. L’occasion d’échanges très riches, sous l’éclairage d’une enseignante-chercheuse en psychologie sociale, Lolita Rubens, dont nous nous permettons de reprendre à grands traits l’exposé.

Si les comportements sont parmi les choses humaines un des traits les plus difficiles à modifier, c’est parce nous sommes actuellement dans une situation où ce qui nous fait le plus défaut, c’est l’attention. Et précisément, nous sommes tous pris dans une série d’injonctions que nous adressent notre rythme de vie, la publicité ou nos téléphones portables. Dans ces conditions, il est très difficile de relever la tête pour mener une réflexion construite sur ce qui serait, parmi nos habitudes, des comportements souhaitables.

Mais alors, sur quels leviers s’appuyer pour faire évoluer des comportements ? Le premier d’entre eux consiste à « inhiber l’habitude », c’est à dire à réussir à desserrer la contrainte de l’habitude pour en faire évoluer les paramètres. L’exemple choisi par Lolita Rubens concerne les nudges, ces incitations, parfois ludiques, qui réorientent nos comportements. Peuvent être ainsi modifiée des interfaces hommes/machines, des aménagements urbains, des équipements collectifs. On va alors gamifier les usages ou formuler les choix à effectuer d’une manière qui change les réponses apportées par les utilisateurs. Nous sommes ici très loin de changements structurels, et la liberté de l’individu est à peine prise en compte. En outre, l’effet du nudge peut vite s’épuiser. Bref, nous n’atteindrons pas nos objectifs de changement de comportement qu’avec ce type d’approches.

Le deuxième levier est plus puissant. Il laisse la place à la persuasion pour modifier les attitudes des agents. Par attitudes, on entend alors les représentations qui déterminent les comportements. Le discours rationnel devient possible, mais à lui seul, il ne suffira pas. Deux autres leviers doivent être actionnés concomitamment : les normes collectives et le contrôle perçu. En effet, il faut que l’agent puisse se rattacher à un système de normes, partagées collectivement, qui lui indiquent qu’il n’est pas seul dans ses efforts, et que son action conjuguée à celle des autres les oriente vers un avenir souhaitable, désiré en commun. C’est tout le rôle du story telling et de films comme Demain, qui indiquent une direction que l’on a envie de suivre avec d’autres. Mais persuasion et ancrage dans un système de normes partagées ne sont pas suffisants : il faut que l’agent ait une impression de contrôle perçu sur la situation, qu’il sente qu’il est en capacité d’agir sur le système en question. Si l’on se contente de le mettre au courant de l’ampleur des mutations écologiques en cours, il va être sidéré, tétanisé, et se mettra hors service pour se protéger. Les gens ont peur quand ils ne savent pas quoi faire. Orienter la personne vers l’action concrète en lui donnant des clés sera anxiolitique et lui donnera la possibilité de transformer une compréhension intellectuelle en action opérationnelle.

Cette méthode est plus efficace et plus respectueuse de la liberté des individus que la précédente, mais on peut aller plus loin. Pour cela, il importe de regarder quels sont les facteurs d’un engagement personnel ou collectif. Ce qui apparaît, c’est que ce facteur d’engagement, c’est l’engagement précédent. Pour peu que l’on arrive, en utilisant l’un ou l’autre des leviers précédents, à initier un premier engagement, si léger soit-il, celui-ci va enclencher une dynamique vertueuse vers des engagements de plus en plus forts et consistants. L’engagement renforce l’engagement. C’est ainsi qu’un petit pas initial librement consenti peut permettre d’aboutir à des changements systémiques à l’échelle d’un individu, d’un collectif ou d’un pays. Il faut donc toujours capitaliser sur les réussites précédentes, si minimes fussent-elles.

Ce qui est intéressant avec cette idée, c’est qu’elle restaure un espace pour la liberté humaine, et partant, pour la dignité de la personne. En effet, la monopolisation de l’attention des individus est une forme d’aliénation, par laquelle la personne ne s’appartient plus, mais agit en fonction d’algorithmes qui la conditionnent. Or, l’engagement, c’est la liberté. Cette logique d’engagements croissants est liée à une logique d’émancipation, d’empowerment qui rend possible, pour l’homme, une réappropriation de ses conditions d’existence. Tout n’est donc pas perdu, pour peu que nous sachions relever la tête de nos écrans !

Revue de projets #19 : Vêt Ethic

Vêt Ethic est une boutique de commerce équitable vestimentaire, à Nancy, qui vient de fêter ses 10 ans en emménageant dans un nouveau local. A l’occasion, cette SCIC lance un financement participatif avec l’appui des équipes de Kèpos L’occasion de découvrir l’histoire et l’action de ce pionnier de la mode durable en Grand Est avec son dirigeant, Pascal Didier.

Qu’est-ce que Vet Ethic ?

Vêt Ethic est une boutique coopérative (Société Coopérative d’Intérêt Collectif – SCIC) qui diffuse du textile issu du commerce équitable. Une mode éthique qui respecte ses producteurs et qui leur permet de vivre décemment de leur travail, qu’ils produisent en Inde ou dans les Vosges. L’entreprise appartient à un collectif de sociétaires, qu’ils soient salariés, usagers, bénévoles ou partenaires.

Quelle est son histoire ?

L’aventure Vêt Ethic a démarré en 2008, lorsqu’une petite bande d’amis se lançait dans un pari qui semblait un peu fou : créer et faire vivre une boutique dédiée au commerce de vêtements équitables sur Nancy. L’objectif était de démontrer qu’il est possible de concilier mode vestimentaire et respect des travailleurs et de l’environnement. Le choix d’un statut coopératif s’impose naturellement : il permet une gouvernance qui associe salariés, clients coopérateurs et partenaires, tout en garantissant que le respect des valeurs passe avant les bénéfices financiers. Avec 103 sociétaires en 2020, le pari est largement rempli.

La boutique fête ses 10 ans en 2020 et déménage en plein centre ville dans un local de plus de 100m². Cette énergie collective ne sera pas de trop pour relever les défis que l’équipe s’est fixée : profiter de la surface de vente supplémentaire pour étoffer l’offre en vêtements et alimentaire solidaire. Et nous menons de front nos autres projets, comme l’organisation avec le COLECOSOL Grand Est (Collectif pour la Promotion du Commerce Equitable et de la Consommation Responsable) du marché de noël équitable de Tomblaine, qui aura lieu les 19 et 20 décembre 2020. Nous sommes donc ouverts depuis le 5 septembre au 109B rue Saint-Dizier.

Comment percevez-vous les attentes des consommateurs en matière de mode durable ?

Les attentes sont ambivalentes, et parfois difficilement conciliables, par exemple la conjonction d’une matière écolo, d’une fabrication française éthique et d’un prix bas. Il y a donc encore un gros effort pédagogique à faire, nous sommes bien un acteur d’éducation populaire.

Vous tentez d’allier commerce équitable, souci pour la planète, gouvernance partagée : jusqu’à quel point cela est-il conciliable ? Peut-on tout faire à la fois ?

On a essayé d’être le plus cohérent possible, c’est pour cela que nous avons opté pour le statut coopératif. Le commerce équitable se décline en 2 versions : Nord /sud avec des matières écolos, mais des déplacements longs et peu écologiques, et de l’autre côté le commerce équitable France, avec des produits fabriqués plus près de chez nous, mais pas toujours avec des matières saines et une gouvernance capitaliste.

Vous emmenagez dans une nouvelle boutique à Nancy ? Parlez-nous un peu de ce projet !

Nous sommes déjà dans notre nouvelle boutique au 109B rue Saint-Dizier depuis le 5 septembre 2020. Nous avons trouvé un local plus spacieux et plus visible pour pouvoir élargir nos gammes de produits et mieux mettre en valeur les vêtements. Nous étions très attachés à l’ancien magasin, mais il était temps d’évoluer. Cette année nous avons fêté les 10 ans de la coopérative, l’emménagement est donc une belle façon de fêter notre anniversaire !

Pour financer cette étape importante, vous menez une campagne de financement participatif. Pourquoi ?

Nous avons lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Zeste pour financer tous les frais liés au projet de déménagement de la boutique. Le local rue Saint-Michel faisait environ 40m² et nous passons aujourd’hui à plus de 100m² de surface de vente. Il nous faut donc faire les travaux (électricité, peinture, sécurité, etc), acheter du mobilier, se mettre aux normes pour les personnes à mobilité réduite et aménager correctement le nouveau magasin. Cette campagne nous évite d’avoir recours à l’emprunt bancaire et nous permettra d’évoluer, d’agrandir nos gammes de produits équitables et de proposer toujours plus de mode éthique à Nancy et dans la région. Le financement à débuté le 18 août et prendra fin le 29 septembre prochain.

Merci !