C’est parti pour le nouvel appel à candidatures de La Serre à projets !

Comme en 2020, Kèpos anime, en coopération avec France Active Lorraine, le dispositif de la Serre à projets. Celui-ci lance ce jeudi 14 janvier 2021 un appel à candidatures afin d’accompagner sur le sud de la Meurthe-et-Moselle la création de nouvelles activités engagées dans la transition écologique.

Pour rappel, le dispositif de la Serre à projets vise à repérer des besoins non satisfaits sur le territoire, à imaginer des solutions pour y répondre, à étudier l’opportunité et la faisabilité des projets qui en sont issus, et à les transmettre à des porteurs de projets de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).

6 thématiques retenues !

Cette année, ce sont 6 thématiques qui ont été sélectionnées par le Comité de pilotage de la Serre à projets et qui ont donné lieu à 6 études d’opportunité dont les candidats peuvent s’inspirer :

  1. Un bureau d’études Low-tech
  2. Un service de verdissement de la Ville
  3. Une vélo-école
  4. Une galerie durable
  5. Un service de cyclologistique
  6. Un service de consigne du verre.

Il est important pour les personnes qui souhaitent postuler à l’appel à candidature de lire les études d’opportunité qui ont été réalisées. Vous pouvez retrouvez l’ensemble des projets de la promotion 2021 ici ! À noter que les variantes sont autorisées.

Comme l’année dernière, les candidats auront également la possibilité de proposer leur propre projet et de se positionner sur le volet blanc.

Qui peut répondre à cet appel à candidatures ?

Les porteurs de projets peuvent être de trois types :

  • Un ou plusieurs particuliers qui souhaitent s’engager dans un projet entrepreneurial. Les candidatures peuvent être émises par une personne seule ou par un collectif informel.
  • Une association existante.
  • Une entreprise sociale existante. Par entreprise sociale, on entend une entreprise s’inscrivant dans le champs de l’Economie Sociale et Solidaire ou dont les activités sont porteuses d’un impact social et environnemental positif pour le territoire.

Les porteurs de projets peuvent ne pas être encore implantés sur le territoire du Sud Meurthe-et-Moselle. En revanche, leur projet doit nécessairement y être principalement localisé.

Quel sera l’accompagnement de la Serre à projets ?

Les lauréats de la Serre à projets bénéficieront :

  • D’un appui méthodologique dans la réalisation de l’étude de faisabilité
  • De la mise en réseau avec les partenaires de la Serre à projets.
  • D’un ensemble de formations et d’ateliers.
  • D’un accompagnement global sur le montage du projet jusqu’à sa concrétisation.
  • D’un soutien technique et d’un appui dans la recherche de financements.

Comment postuler ?

Les réponses se font uniquement via le formulaire disponible ici. Aucune réponse passée le délai du 28 février 2021 à minuit ne sera acceptée. Pour connaître les modalités de sélection et le contenu du dossier, les candidats sont inviter à consulter le cahier des charges de l’appel à candidatures.

Les candidats sélectionnés devront par la suite présenter leur projet à l’oral devant un jury d’experts le 1er avril 2021.

Le décompte est lancé !

Revue de projets #21 ; le Laboratoire sauvage

Laurie Targa est l’initiatrice du Laboratoire sauvage, association spécialisée dans la promotion des sciences participatives. Elle nous explique ce que cette expression revêt, et les missions de l’association.

Qui êtes-vous et comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux sciences participatives ?

Je m’appelle Laurie Targa. J’ai terminé un doctorat en biologie cellulaire il y a un an. Au cours de ce travail, j’ai pu faire des formations qui m’ont fait découvrir la médiation scientifique, la zététique, les problématiques d’intégrité scientifique ou encore l’entrepreneuriat.

J’ai été intéressée par de nombreuses ressources invitant à prendre du recul sur les pratiques de recherche, mais il y a un tel écart entre les recommandations que l’on trouve, et la réalité de ce que l’on fait lorsqu’on s’insère dans un grand système déjà lancé, que cela m’a amené à imaginer d’autres moyens de permettre à ces nouvelles pratiques de trouver leur place. J’ai aussi pris conscience que le temps humain était plus précieux et rare que les investissements financiers.

Je suis par ailleurs engagée dans le milieu associatif depuis plusieurs années. J’ai réalisé progressivement qu’il était possible de faire de plus en plus de choses dans des cadres différents avec des valeurs qui pouvaient mieux me correspondre. C’est aussi pour cela que j’ai rejoint Kèpos dès ses débuts. Les sciences participatives se sont alors présentées comme le meilleur compromis pour rendre possible une recherche engagée au sein de la société civile. Après avoir lancé plusieurs projets, je me concentre maintenant sur le développement de l’association Laboratoire Sauvage.

Qu’est-ce que les sciences participatives exactement ?

Les sciences participatives regroupent les projets de recherche qui bénéficient de la participation active de citoyens qui ne sont pas chercheurs de métier, dans au moins une des étapes du projet. Cela se distingue de la sensibilisation, de la vulgarisation ou de la médiation. Nous apprenons les uns des autres en avançant ensemble sur des projets qui nous rassemblent. Il y a de nombreuses façons de participer, tout dépend du projet en question et de l’implication que l’on y met. Cela peut aller d’une co-construction dès la définition du problème à traiter, à une participation qui ne prendra que quelques minutes au cours d’une expédition pour la collecte de données par exemple.

Une des étapes clé est la définition de la question que l’on se pose :

  • La question peut venir de chercheurs et les citoyens sont sollicités pour soutenir l’effort de recherche.
  • Il est aussi possible que les citoyens sollicitent les chercheurs pour travailler sur un sujet qui les préoccupent et qui n’est pas déjà traité. C’est dans ce cas qu’une réelle dynamique de co-construction est possible. Les sciences participatives sont d’ailleurs vues par les Français comme un moyen de renforcer les liens entre le grand public et la recherche (selon un sondage Ipsos de 2016).

A l’occasion de la crise du Covid, on sent dans la société une forte défiance vis à vis de la science. En quoi les sciences participatives sont une réponse à cela ?

Malgré la crise, la majorité des Français garde une certaine confiance en la science, même s’il semble que la proportion d’individus plus méfiants ait légèrement progressé (cf Baromètre Science et Société – Vague #1Ipsos 2020). La défiance semble plus forte quand la science est mêlée à la politique. Le souci peut aussi être qu’elle est considérée comme difficilement accessible et élitiste. Les sciences participatives, en favorisant l’implication des citoyens à différents niveaux dans des projets de recherche, pourraient permettre de démystifier la démarche scientifique en s’y exposant, en la pratiquant soi-même.

La méthode scientifique n’est pas infaillible, mais elle s’est révélée très puissante pour innover. Elle permet d’arriver au niveau de précision et de nuance nécessaires à certaines réalisations. Alors comment se l’approprier ? C’est un vaste sujet, mais l’éducation à l’esprit critique, à l’analyse de l’information ne me semblent pas suffisantes en l’état actuel. Les projets de sciences participatives me paraissent ainsi de bonnes occasions d’utiliser des ressources scientifiques pour ouvrir de nouveaux horizons et rendre la démarche plus désirable.

Avec le Laboratoire Sauvage, nous utilisons les sciences participatives en mettant la priorité sur ce que peuvent en retirer les participants. Nous acceptons de prendre le temps nécessaire, le temps de partager, d’expliquer, d’apprendre les uns des autres, de faire rigoureusement, d’apprécier une activité stimulant notre curiosité et notre émerveillement. Cet investissement nous semble nécessaire pour de meilleurs résultats à long terme.

Quel est l’intérêt de cette pratique scientifique dans la perspective de la transition écologique ?

Dans transition écologique, on retrouve la notion d’écologie. Pour moi c’est d’abord une science riche et complexe qui a beaucoup à nous apporter. Cette science peut parfois pâtir de son association avec l’écologie politique et le militantisme, alors que des efforts de recherche rigoureux depuis de nombreuses années amènent à des résultats forts qui restent encore trop méconnus.

Le problème que j’y vois c’est que, même si l’on a de bonnes intentions, le manque de méthode augmente le risque de faire fausse route, et surtout de ne pas s’en rendre compte. Pour bâtir des actions plus solides pour permettre la transition écologique, il me semble nécessaire d’équiper le plus grand nombre avec des outils assez puissants, comme la démarche scientifique, pour nous attaquer à des problèmes aussi complexes.

La pratique des sciences participatives permet à la fois :

  • d’amener à mieux prendre en compte les travaux déjà réalisés, mieux intégrer les résultats de la recherche et mieux appréhender les enjeux,
  • de tisser des liens entre recherche et société, de sortir d’une approche descendante pour aller vers la co-construction,
  • de sortir des idées reçues qui sont nombreuses en matière de transition écologique,
  • d’apporter de nouveaux savoirs, mesurer l’impact de nos actions, identifier les actions les plus pertinentes à mettre en place,
  • de tirer de meilleurs fruits de nos expériences, de moins perdre d’informations et améliorer son partage,
  • de devenir acteur de la production de savoirs et de la manière dont ces savoir sont utilisés,
  • de mieux répondre aux besoins locaux.

De nombreux projets de sciences participatives proposent déjà des outils accessibles pour suivre des questions en lien avec la transition écologique, par exemple sur le suivi de la biodiversité, de la qualité de l’air, de l’eau. Malgré leur vocation à toucher le plus grand nombre, ils sont eux aussi encore peu connus.

Dans ce contexte, quelles sont les missions et les ambitions du Laboratoire Sauvage ?

La mission première de l’association est d’amener une diversité de personnes à s’intéresser aux sciences participatives et à y contribuer. Pour cela, l’association compte créer des groupes d’échange et multiplier les rencontres conviviales. Nous proposons par exemple des ateliers de découverte chaque semaine. Ces ateliers sont l’occasion de se rendre compte de la diversité des projets existants que chacun peut rejoindre. Pour certains projets, il est possible de contribuer depuis chez soi en réalisant des tâches comme la résolution de puzzles, le classement d’images, l’analyse de textes. Nous organisons aussi des sorties. Un exemple d’action en extérieur est de réaliser des observations d’animaux, de végétaux, du paysage, en suivant des protocoles simples au choix parmi de nombreux programmes bien rodés que nous présenterons. Ce type d’activité nous permet de redécouvrir notre environnement, de faire des suivis, des comparaisons localement, tout en contribuant à un projet de plus grande échelle où seront rassemblées les observations de milliers de participants. Ces approches sont particulièrement importantes en écologie.

En accompagnant divers publics à contribuer sur ces exemples de projets, notre intention est de rendre les travaux scientifiques plus familiers, de les démystifier. Nous tentons aussi au cours de l’atelier d’expliciter la démarche scientifique et l’intérêt de se l’approprier. Nous proposons ces rencontres actuellement dans le secteur de Vandoeuvre à la Médiathèque et à la MJC Centre Social Nomade, mais nous souhaitons étendre notre champ d’action dans tout le Grand Est. Il est aussi prévu d’investir les FabLabs locaux pour y construire du matériel pour faire des expériences, comme des capteurs pour mesurer la qualité de l’air. Il existe également un laboratoire ouvert tout équipé pour des analyses chimiques et biologiques à Champenoux, nommé « Tous Chercheurs », avec lequel nous souhaitons créer des liens.

Nous accordons une attention particulière à adapter ce que l’association propose aux besoins des personnes intéressées par la démarche, que ce soit au niveau de la thématique, du lieu ou de l’horaire (cf questionnaire cité à la fin de cet entretien).

L’association anime aussi une communauté de pratiques, qui souhaite partager ses compétences pour rendre plus efficaces les projets utilisant les démarches scientifiques et participatives. Nous souhaitons aussi accompagner la création de nouveaux projets. L’association développe d’ailleurs aussi elle-même certains projets portés par ses membres. Ils concernent actuellement principalement l’alimentation et la biodiversité.

Plus globalement, l’association a pour ambition d’accroître la capacité d’agir des participants, par leur implication mais aussi par les savoirs produits. Pour permettre à plus de monde de faire de la recherche autrement, nous poussons également à l’émergence d’un nouveau modèle économique en développant des emplois atypiques de « chercheurs animateur ». L’idée avec le Laboratoire Sauvage, ce n’est pas d’entrer dans la course effrénée à la collecte de données, aux publications à multiplier, à l’innovation creuse. C’est justement de prendre le temps de faire ensemble, de se poser plus de questions, et surtout donner envie d’imaginer, d’investiguer, d’expérimenter et de partager.

Quel peut être l’apport de vos activités pour des acteurs comme des entreprises, des associations ou des collectivités ?

Le Laboratoire Sauvage souhaite faire mieux connaître les sciences participatives aux collectivités, entreprises et association et les encourager à les développer. Nous souhaitons également soutenir des projets de recherche déjà en place. Nous proposons ainsi un accompagnement à la carte pour :

  • analyser les informations disponibles,
  • concevoir des protocoles,
  • conduire des expériences et des analyses,
  • aider dans la prise de décision,
  • et surtout intégrer les citoyens.

Nous proposons des ateliers qui peuvent être organisés selon les besoins de la structure demandeuse. Nous comptons aussi développer des formations pour permettre à d’autres structures de déployer des activités autour des sciences participatives.

Pour aller plus loin, nous proposons un questionnaire pour mieux cibler les besoins des particuliers intéressés. Nous vous invitons à le compléter.

Merci !

Revue de projets #20 : SOS Futur

Rendre les nouvelles technologies accessibles à tous, et ce de manière écoresponsable. Telle est l’ambition de SOS Futur, société de services informatiques basée à Nancy et membre de Kèpos. Pour en parler, nous vous proposons une rencontre avec Martin Thiriau, son dirigeant et fondateur.

Qui êtes-vous ?

Je suis Martin Thiriau, cofondateur de SOS Futur. Diplômé de l’ICN Business School et de l’École des Mines de Nancy, j’ai souhaité dès ma sortie d’école réduire la fracture numérique et aider ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies. En effet, très attiré par les nouvelles technologies dès mon plus jeune âge, j’ai très vite remarqué que l’évolution fulgurante de celles-ci allait poser beaucoup de problèmes à de nombreuses personnes. Au début très éloigné des questions environnementales et énergétiques liées à ces technologies, je suis maintenant pleinement conscient de ces problématiques et m’efforce de concilier le numérique avec l’éthique et l’utilisation écoresponsable.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de SOS Futur ?

SOS Futur est né officiellement en juillet 2016, notamment grâce à des structures comme l’École des Mines et le PeeL (Pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine). Au début nous étions deux et tournés essentiellement sur de l’assistance à distance et un peu de développement logiciel, depuis un petit bureau à l’École des Mines. Nous avons progressivement agrandi notre champ d’action avec de la réparation en atelier et de l’intervention à domicile. Les locaux devenant trop petits et trop compliqués d’accès, nous avons déménagé là où nous sommes encore actuellement, dans le quartier des III maisons à Nancy. C’est à partir de là que nous avons véritablement enclenché la croissance et la diversification de notre activité: assistance, réparation, vente, location, formation, infogérance, gestion de parc informatique, fournisseur d’accès internet et télécoms, éditeur de logiciel web (type CRM, logiciel de caisse, gestion de caméras de sécurité…), hébergement de serveurs et de solutions informatiques, développement web et logiciels et dernier né, un studio photo/vidéo avec prestation d’enregistrement et de diffusion en direct audio/vidéo d’évènements et de conférences. Nous sommes maintenant 8 personnes.

Comment définissez-vous la mission de SOS Futur ?

Depuis le départ, SOS Futur veut vulgariser les nouvelles technologies à tous afin que plus personne ne « subisse » ces technologies. En effet, les nouvelles technologies sont un véritable atout au quotidien si on sait les utiliser, et surtout si on sait les utiliser correctement, c’est-à-dire de manière éthique et écoresponsable. Nous sommes donc là pour accompagner les personnes et les organisations en trouvant des solutions à leur besoin en matière de numérique, en proposant notamment une formation pratique, éthique et responsable à l’utilisation de ces solutions.

Quels sont selon vous les grands enjeux énergétiques et écologiques du numérique ?

Longtemps ignorés, les conséquences environnementales du numériques ne sont plus à prouver. Mais si certains en doutaient encore, il suffit d’aller voir les différentes études du Think Tank « The Shift Project » pour voir l’impact croissant de ce secteur dans des pollutions diverses. Deux aspects sont à différencier, la consommation énergétique liée à la production d’un côté, et celle liée à l’utilisation de l’autre. La seconde a dépassé la première depuis peu en termes de pourcentage (55% vs 45%). Au vu du développement toujours plus soutenu du numérique, il est indispensable de réfléchir et d’agir sur ces 2 aspects, car ce rythme actuel n’est pas tenable sur le moyen terme.

Vous travaillez de plus en plus sur la question du numérique responsable. De quelle manière ?

SOS Futur s’efforce de travailler sur les deux tableaux.

D’un côté, pour diminuer « la production », plusieurs actions sont réalisées. La première chose est d’analyser précisément les besoins clients et de choisir des solutions PROPORTIONNÉES, MODULAIRES, ÉVOLUTIVES et FACILEMENT RÉPARABLES ! En effet, notre société à une forte tendance à vendre des solutions beaucoup trop performantes pour les besoins, et les clients n’utilisent qu’une faible partie des capacités des machines. De même, certains constructeurs rendent de plus en plus difficile, voire impossible, la réparation de leur appareil ou l’évolution de certains de ses composants. Du coup, à chaque panne, il faut changer d’appareil… Mais l’obsolescence programmée est aujourd’hui en partie logicielle, c’est aussi pourquoi nous favorisons quand cela est possible des systèmes libres et durables dans le temps. Ensuite, nous essayons de reconditionner au maximum les matériels afin de diminuer l’utilisation de composants neufs. Nous sommes également là pour conseiller au mieux les organisations dans leurs approvisionnements en matériels numériques sur toutes ces questions éthiques et responsables.

Concernant « l’utilisation », nous avons une grosse brique formation sur les conséquences des usages du numérique, et notamment du mail par exemple. Répondre à un mail groupé est-il nécessaire ? Garder un mail vieux de 3 ans est-il pertinent ? Il y a énormément de choses « basiques » sur lesquelles on peut jouer. Les gens non formés ne se rendent pas compte de l’impact de ces actions prétendument « dématérialisées ». Il est donc très important de faire de la prévention là-dessus. De même, nous essayons de privilégier des solutions logicielles adaptées, susceptible d’être plus « légères » sur les serveurs et moins énergivores. Enfin, pour lutter contre l’obsolescence logicielle, nous utilisons quand cela est possible des logiciels libres.

Vous avez déployé pour Kèpos un système d’information partagé open source nommé Nextcloud. Quel est le l’intérêt d’un tel outil ?

En effet, cet outil est une plateforme collaborative qui permet de regrouper beaucoup de fonctionnalités en un seul endroit : drive personnel et partagé, gestion des contacts et des calendriers, accès aux mails, solutions d’édition de documents, de tableurs et de présentations collaboratives, et plein d’autres outils pour la gestion de projets en équipe. Le fait d’utiliser une solution libre représente beaucoup d’avantages.

D’une part, d’un point de vue éthique. Le principal avantage est que l’on auto-héberge les données, c’est-à-dire que l’on a la maîtrise totale de l’endroit où sont stockées nos données. Elles nous appartiennent et seules les personnes autorisés y ont accès. Les grosses entreprises du secteur n’en font donc pas ce qu’elles veulent. Ensuite, cette licence AGPL permet d’être sûr que cet outil ne sera jamais commercialisé ni propriétaire. Nous avons donc l’assurance que l’on pourra toujours maîtriser cette solution.

D’autre part, d’un point de vue pratique. Cette solution est collaborative, donc n’importe quel développeur peut proposer des améliorations et des nouvelles fonctionnalités. C’est une solution modulaire, c’est-à-dire qu’on n’active et on n’installe que ce qui est nécessaire.

Enfin, d’un point de vue énergétique, cette solution est beaucoup moins gourmande que les solutions propriétaires type Google Drive, Amazon ou Microsoft, et la consommation du serveur est entièrement gérée par nos soins. Nous ne mettons donc que l’essentiel, et le serveur est basé en France. Nous maîtrisons donc toute la chaîne.

La crise sanitaire et les mesures restrictives de type confinement viennent renforcer l’intérêt du numérique pour maintenir du lien, notamment via le déploiement du télétravail. Comment intervenez-vous en support de ces nouveaux usages ?

Le numérique est indispensable aujourd’hui, et encore plus dans une situation comme celle que l’on rencontre actuellement. SOS Futur accompagne les particuliers, notamment les seniors, en les formant sur des outils de type tablettes, pour qu’ils puissent utiliser les applications de messagerie instantanée afin qu’ils restent en contact avec leur famille et leurs proches. Nous mettons également en place des systèmes rapides de réparation ou d’amélioration des machines. La location de matériel est également favorisée durant cette période.

Pour les professionnels, SOS Futur les accompagne dans la mise en place de solutions de télétravail, avec la mise à disposition de matériel supplémentaire, l’installation de solutions collaboratives propriétaires ou open-source, avec un fort accent sur la sécurisation des données.

Merci !

Aspects philosophiques et spirituels de la transition écologique

Les réunions des membres de Kèpos sont parfois l’occasion de prendre un peu de hauteur. Ce fut le cas en octobre , lors d’une session intitulée « Enjeux philosophiques et spirituels de la transition écologique ». Kèpos recevait à cette occasion Xénophon Tenezakis, agrégé de philosophie, et Aramis Marin, enseignant-chercheur en gestion très intéressé par les questions de spiritualité.

En matière philosophique, il est possible de partir d’une question simple : « Comment en est-on arrivé là ? ». Couramment, on admet une opposition entre nature et culture, la première étant ce qui est là, et la seconde, ce qui entretient, ce qui cultive la nature. Chez les grecs, la nature est proche du cosmos, ce qui est ordonné. Les êtres croissent selon cette nature, qui est une forme d’essence. On ne peut dès lors « faire n’importe quoi », « sortir de la nature ». Il en va de même chez les Chrétiens, chez qui l’homme est dépositaire de la nature. Il en prend soin et respecte son ordre immanent.

Le progrès technique et scientifique vient bouleverser ces approches : il fait apparaître la nature comme chaos. Le monde n’a plus d’ordre, plus de but. Il importe dès lors à l’homme d’ordonner la nature, car il apparaît alors que, fondamentalement, l’ordre immanent au monde ne lui convient pas. L’humanisme est ce moment où l’homme apparaît au-dessus de tout.

Cependant, on ne peut tout maîtriser, et très vite apparaissent des effets imprévus à l’action humaine, l’homme, par définition, n’ayant pas une vision globale. C’est alors que l’environnement conditionné par l’homme conditionne l’homme en retour. La maîtrise semble seulement partielle, et tout un ensemble de désordres apparaissent : changement climatique, effondrement de la biodiversité, pollution généralisée des écosystèmes, etc. Très vite, la question que nous nous posions initialement devient : « Que faire ? »

La première option serait sans doute de faire de la nature un nouvel absolu, quelque chose de sacré ayant une valeur religieuse. On peut craindre cependant l’aspect dogmatique de la solution.

La deuxième option serait de renforcer notre approche technologique, afin de mieux maîtriser la situation, les effets imprévus dont nous avons parlé tout à l’heure étant alors vu comme un déficit de technologies. Mais il est cependant fort probable que ce qu’il s’agit d’appréhender, dans sa globalité, excède les capacités d’absorption de l’homme.

La troisième possibilité, qui peut paraître plus raisonnable, est de développer une autre technologie, reposant sur les interactions Win/Win. Cela implique de considérer que l’homme ne fait qu’un avec la nature, car en modifiant la nature, l’homme se modifie lui-même. Il importe alors de trouver les formes d’interaction non nocives. Au cœur de cela se trouve l’idée d’interdépendances, notamment locales. Cela suppose une science qui ne se déploie pas sur le modèle de la loi universelle, et un effort pour sortir de la standardisation. Le fait que ces interdépendances soient locales rend cela très difficile, à l’heure où les interdépendances sont surtout globales. Finalement, il ne s’agit de pas autre chose que de chercher à « faire entrer le dentifrice dans le tube », que l’humanité récente s’est appliquée à faire sortir !

Au-delà de ces réflexions philosophiques, Aramis Marin, très proche de la spiritualité dite ignatienne, issue des Jésuites, donne des éléments supplémentaires sur ce qui peut nous inviter à initier et conduire la transition écologique. Sa thèse est simple : fondamentalement, il ne faut rien changer ! La transition doit venir naturellement, telle quelque chose qui naît.

Pour cela, un effort de définition doit être fait sur ce qu’est la spiritualité. Il s’agit là d’une dimension humaine importante, relative à la perception que l’homme a de lui-même dans sa relation au monde. Cette dimension spirituelle est très liée à la question de la transcendance. Mais c’est aussi une expérience, une chose à vivre liée à un système de croyances. C’est enfin, une finalité, vue comme ce que j’espère.

Dans ce cas, pourquoi parler spiritualité lorsque l’on évoque la question de la transition écologique ? Plusieurs éléments peuvent être cités :

  • La dimension spirituelle nous permet en la matière d’avoir accès à un horizon plus large, qui fondamentalement nous oriente vers la sobriété, voire, pour certains, l’ascèse.
  • Elle nous invite à gagner en liberté, car elle remet en perspective la question de la finalité et des moyens. In fine, l’homme peut y trouver la paix.
  • Enfin, c’est un bon moyen pour ne pas se fatiguer : un activiste avec son énergie propre se fatigue vite, celui qui puise dans une transcendance trouve des ressources externes utiles pour avancer loin.

Dès lors, comment mettre en place cette spiritualité de la transition ? L’approche est relativement simple. Tout d’abord prendre du recul, de la hauteur, de la distance (marcher, écrire, parler). Il importe en effet que « l’eau soit tranquille ». Puis contempler et méditer, pour admirer ce que l’on voit et écouter les mouvements intérieurs que l’on perçoit. Enfin, se laisser éprouver par une austérité en vue d’une ascèse joyeuse. Ce choix de la pauvreté ouvre vers la mystique et le lien avec la terre vécue comme ce qui nous donne ce dont on a besoin. Au final, il est alors possible de sortir de l’accablement pour construire la résilience.

Imaginez les activités de demain avec Start Up de Territoire !

Le jeudi 5 novembre 2020 aura lieu en distantiel la grande soirée Start Up de Territoire en Meurthe-et-Moselle, initiée par le Collectif Essenciel 54, dont fait partie Kèpos. Rencontre avec Marie-Pierre Dardaine, partie prenante de ce projet, qui nous explique cette dynamique originale qui vise à imaginer de nouvelles activités engagées sur le territoire.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Après une expérience riche dans l’accompagnement et le financement de start up, je me suis lancée à mon tour dans la formidable aventure de l’entrepreneuriat avec Curionomie, agence évènementielle spécialisée dans la conception et l’organisation d’évènements prenant appui sur la (re)-découverte des territoires et de ses acteurs locaux.

Comment êtes-vous arrivée à vous impliquer dans le collectif Essenciel 54 ?

Dans mon parcours, je me suis impliquée dans de nombreux réseaux associatifs d’entrepreneurs et notamment au sein de la section de Nancy du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD). Ce mouvement d’entrepreneurs est un lieu d’expérimentation qui incite ses membres à ouvrir de nouvelles voies, à initier de nouvelles pratiques dans leurs entreprises : développement durable, RSE, économie de la fonctionnalité, bien-être des collaborateurs, … C’est bien naturellement que le CJD a souhaité être partie prenante du collectif Essenciel54, et s’engager dans une démarche audacieuse mobilisant des citoyens pour inventer les activités et les emplois de demain. Contribuer à faire naître un esprit entrepreneurial responsable et durable a toujours été au cœur de mon engagement professionnel, d’où mon implication dans ce projet.

Qu’est-ce que Start Up de Territoire ?

Start-Up de Territoire est une démarche citoyenne et entrepreneuriale dont l’ambition est de créer des activités à impact social, sociétal et environnemental répondant aux besoins des citoyens et des territoires. C’est une association nationale qui a déjà fait naître de nombreux projets sur différents territoires en France. En Meurthe et Moselle la dynamique est portée par le collectif EssenCiel54.

La démarche est assez simple : favoriser à travers des échanges l’émergence d’idées, puis transformer ces idées en projets, puis en traduire un certain nombre en création d’activités nouvelles sur le territoire. Cette démarche se fait en mode intelligence collective qui mise sur la capacité du groupe à collaborer pour atteindre une construction commune, et qui garantit l’équivalence des participants.

Concrètement, qu’est-ce qu’il va se passer le jeudi 5 novembre au soir ?

Après plusieurs mois passés à identifier des idées d’activités issues des ateliers de créativité organisés un peu partout sur le territoire, la soirée du 5 novembre avait pour but de réunir des centaines de citoyens intéressés à co-construire des solutions pour transformer ces idées en projets.

Les récentes mesures liées à la situation sanitaire ne permettent plus de maintenir la soirée en présentiel. Nous invitons alors tous les participants le 5 novembre à 18H à se retrouver dans une belle dynamique en visio pour découvrir les différents défis et à prendre date pour participer en petit groupe à un atelier « construction de solution » autour d’un défi choisi.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’idées qui seront soumises à l’intelligence collective ?

Les défis ont été regroupés au sein de 10 Univers. Un exemple de défi dans l’Univers Alimentation durable : « Deux mains pour un jardin », comment rendre le territoire plus vert grâce à la participation de chacun ? Un autre exemple dans l’Univers Finance solidaire : « Le Florain… chez moi aussi! », comment permettre l’appropriation par le plus grand nombre de la monnaie locale Florain.

Qu’est-ce que vont devenir ces projets une fois passé cette soirée ?

Une fois les ateliers de construction de solutions passés, de nombreux défis seront au stade du plan d’action, prêts à être boostés ! Ils pourront alors être proposés pour une étude de faisabilité et de viabilité économique, à réaliser en mode collaboratif associant les structures de l’écosystème de l’accompagnement à la création d’activité et des collectifs de citoyens. Notre pari est qu’un certain nombre de projets citoyens voient le jour et donnent lieu à de la création d’activités et d’emplois sur le territoire.

Quel retour pouvez-vous nous faire sur cette aventure : satisfaction ressentie ou difficultés rencontrées ?

Depuis son lancement, la démarche a mobilisé de nombreux acteurs d’horizons très différents, tous guidés par la volonté de porter une dynamique collective, porteuse de sens et d’innovation, pour répondre aux défis liés aux mutations sociales, économiques et environnementales. C’est une dynamique très satisfaisante qui s’est mise en place et porteuse d’espoir. Nous nous sommes tous enrichis au contact des uns et des autres, et nous avons souvent été bluffés par l’énergie qui se dégageait à chaque atelier de créativité. Bien sûr, nous avons eu les contraintes liées à la situation sanitaire (ateliers d’idéation en distanciel, report de la soirée initialement prévue le 4 juin, ajustement de la soirée du 5 novembre,…) ; pour autant la démarche ne s’est pas essoufflée et le collectif emmené par l’équipe du Conseil départemental 54 a réussi à faire rayonner la démarche en Meurthe et Moselle. Hâte de voir les premiers projets se concrétiser !

Merci !