Léviathan pétrolier

Alors que la planète finance s’inquiète d’un retour de l’inflation et d’une hausse des taux, on note ces dernières semaines une hausse sensible des prix du pétrole, favorisée par le maintien de restrictions de leur production par les pays de l’Opep. Dans le même temps, certains tensions se font jour en matière d’approvisionnement en semi-conducteurs, en plastique ou encore en métaux. Tous ces matériaux ou produits subissent une double situation d’envolée de la demande suite au Covid, et de capacités de production détenues par un nombre limité d’acteurs, notamment asiatiques, qui n’arrivent pas à fournir.

Ces signaux faibles d’une situation économique extrêmement fragile ne sont pas une surprise pour les personnes qui s’intéressent à la question de la disponibilité des ressources dans un monde fini. Et quelque part, on peut se dire raisonnablement : ce n’est que le début ! Pour en prendre la mesure, nous vous proposons ici une relecture de l’ouvrage de référence de Mathieu Auzanneau sur l’histoire du pétrole, nommé tout simplement Or noir. Celui-ci reprend un siècle et demi d’histoire récente du pétrole, depuis le premier forage du Colonel Drake en Pennsylvanie en 1859, jusqu’aux guerres du Golfe et la crise de 2008.

Plusieurs idées forces en ressortent. La première est que l’industrie pétrolière est l’industrie la plus rentable qui ne fut jamais, générant des fortunes inédites à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Cette rentabilité s’explique par des infrastructures somme toute légères, par rapport à la valeur énergétique et donc économique d’un tel liquide. En effet, dans les puits classiques, il suffit tout bonnement de forer pour que le pétrole jaillissent, là où l’extraction de la source d’énergie de la précédente révolution industrielle (le charbon), était extrêmement intense en capital et surtout en travail.

Cette rentabilité exceptionnelle était couplée à une abondance inimaginable, à tel point que l’industrie, pendant des décennies, a dû œuvrer, à coup d’ententes et de cartels, à limiter drastiquement la production pour que les cours ne s’effondrent pas. Les cours n’en sont pas moins restés extrêmement faibles jusqu’à la fin des années 60, sans pour autant gêner l’expansion de la richesse chez les principaux acteurs du secteur.

Cette régulation par le cartel s’est accompagnée d’une très grande porosité entre les acteurs privés du secteur et les acteurs publics, notamment aux Etats-Unis, où leurs intérêts sont indissociables. Et ceci a toujours été avec des manœuvres géopolitiques de plus en plus déstabilisatrices pour s’assurer de l’accès aux réserves dans les zones les plus richement dotées, en particulier au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, qui prévaut pendant quasiment 100 ans, l’industrie connaît un pivot extrêmement puissant au tournant des années 1970. C’est à cette époque que les puits de pétrole américains, en Californie ou au Texas, voient leur production diminuer. On passe alors d’un marché piloté par la demande (avec une offre qui semble intarissable) à un marché piloté par l’offre, qui elle apparaît alors limitée quand la demande devient insatiable. En ce sens, les années 1970 marquent véritablement le passage dans le monde contemporain tel que nous le connaissons aujourd’hui. Nous rentrons alors dans un contexte d’augmentation des prix que les désordres géopolitiques au Moyen-Orient vont catalyser lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Les prix n’en finiront plus, dès lors, de suivre des courbes en « crêtes de punk », entre le contre-choc des années 80 et l’envolée des prix précédant la grand crise de 2008.

Surtout, ce qui marque les acteurs de l’industrie, c’est tout d’abord la reprise en main des ressources par les grands pays producteurs au détriment des majors occidentales, mais aussi l’incapacité de l’industrie à découvrir de nouvelles réserves pouvant compenser celles qui peu à peu se tarissent. C’est ainsi que les acteurs pétroliers paraissent depuis quelques décennies paralysés par l’épuisement successif d’un certain nombre de champs pétroliers. Il n’y a quasiment plus de doute aujourd’hui pour dire que le pic pétrolier conventionnel a été atteint dans les années 2000, et que la production ne peut se maintenir que grâce aux pétroles non conventionnels (pétrole de roche mère, offshore profond, sables bitumineux). Dans le même temps, le fait que les réserves d’Irak soient encore largement disponibles, du fait des guerres et embargos qui ont prévalu dans ce pays pendant des décennies, explique qu’il soit au centre du jeu géopolitique mondial.

A la lecture de cette somme historique, on comprend que la préoccupation du pic pétrolier traverse toute l’industrie depuis un moment, sans que ces questions ne viennent troubler la quiétude du grand public et de la sphère médiatique. Or, quand on regarde à quel point l’abondance énergétique rendue possible par le pétrole a modifié du tout au tout notre monde et l’a fait entrer dans une trajectoire asymptotique, on ne peut qu’avoir l’impression d’un Leviathan, d’un monstre, formé de ce que nous sommes devenus, et qui commence à vaciller sur ses jambes et à perdre son équilibre.

Grand Nancy : engageons la transition écologique de l’économie métropolitaine !

Dans la foulée de notre contribution à la construction d’un Business Act Régional, tel que proposé par la Région Grand Est, nous publions aujourd’hui un nouveau texte destiné aux élus de la Métropole du Grand Nancy. Son propos est de montrer qu’à l’échelle d’une agglomération, cette crise du Covid place entreprises et acteurs politiques à la croisée des chemins, pour se saisir résolument, ou non, des questions de transition écologique.

La crise sanitaire que nous connaissons actuellement va marquer pour des décennies nos territoires et leur trajectoire de développement. Ses conséquences sont systémiques et touchent, à court, moyen et long terme, toutes les dimensions de la vie de la cité : sociale, économique, écologique, politique, etc. Cela appelle des politiques publiques de résilience pour absorber le choc et en tirer profit afin de réorienter nos modèles. Or, cette épidémie du Covid-19 n’est qu’un artefact d’une mutation d’une plus grande ampleur, l’anthropocène, l’ère géologique de l’homme, qui demande une transformation globale et multidimensionnelle de nos modes de production, de consommation et de vie vers la durabilité : la transition écologique. L’objet de cette tribune est d’appeler à ce que cette crise soit un tremplin vers une mise en route effective et ambitieuse de cette transition à l’échelle du Grand Nancy.

La crise du Covid-19 révèle nos fragilités territoriales

S’il s’avère aujourd’hui indispensable de réviser les stratégies et les modalités du développement économique local, c’est d’abord parce que la crise sanitaire a révélé de grandes fragilités.

  • Fragilité d’abord de notre système de soins, dont les infrastructures et le fonctionnement se sont révélés très vite sous tension au printemps dernier, sous l’effet d’une situation qui n’avait pas été anticipée.  
  • Fragilité industrielle ensuite, marquant ce qui serait, au yeux de nombreux observateurs, la fin de la mondialisation telle que nous l’avons connue jusqu’à présent. Notre très forte dépendance industrielle vis à vis de la Chine a ainsi conduit, dans un pays aussi développé et avancé technologiquement que le nôtre, à la pénurie d’un produit aussi simple à fabriquer qu’un masque chirurgical !
  • Fragilité de notre tissu économique en général, fonctionnant en flux tendus et sans marge de manœuvre quand la situation conjoncturelle se dégrade. Les experts s’accordent d’ailleurs à dire que le niveau d’endettement des entreprises françaises est alarmant, ce qu’on peut relier à un manque de fonds propre et à une incapacité des dirigeants à projeter leurs entreprises autrement que dans une perspective de type « business as usual ».
  • Fragilité sociale et culturelle enfin, avec des dégâts très importants sur la cohésion de la société, les ressources des ménages les plus fragiles, l’isolement des personnes, l’individualisme, l’éducation des jeunes générations et la confiance dans l’action publique.

Nous sommes dans un moment historique :  la “crise” est étymologiquement le moment de la décision, du tri.  Or, comme l’exprime si bien Bruno Latour, cette crise sanitaire est comme “enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre.”

Faire face à la mutation écologique

Si de puissants intérêts économiques et financiers cherchent aujourd’hui à différer ou faire annuler des normes environnementales estimées trop contraignantes, la réalité matérielle, physique, du globe, se rappellera toujours à nous. Revenons ici brièvement sur quelques-unes de ces “données de base”. Le changement climatique est bien entamé, et nous en voyons régulièrement les manifestations. Si les émissions mondiales de Gaz à Effet de Serre (GES) se poursuivent au rythme actuel, nous atteindrons au moins +4 °C d’ici la fin du siècle, c’est à dire que nous entrerions, d’ici 20 ou 30 ans à peine, dans un monde totalement différent de celui que nous avons connu jusqu’alors, celui-là même qui a permis la formidable croissance économique des 70 dernières années : multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, vagues de chaleur), qui deviendront des menaces permanentes ; baisse des rendements agricoles partout sur la planète, sous l’effet conjugué du réchauffement et des atteintes diverses à la biodiversité (urbanisation, usage des pesticides et insecticides, pollutions des terres et des mers) ; augmentation de la mortalité directe due aux pics de chaleurs ; problèmes d’accès à l’eau (notre région connaît depuis plusieurs années déjà des situations de sécheresse structurelles) ; et augmentation de la propagation de maladie portées par les insectes, notamment. Rappelons ici au passage que de nombreux scientifiques établissent un lien au moins indirect entre les atteintes à la biodiversité (braconnage, déforestation) et l’apparition de nouveaux virus engendrés par zoonose comme le Sars-Cov-2.

La société civile est de plus en plus consciente de ces enjeux. Les marches pour le climat, les mouvements de jeunesse, les associations et ONG, ont contribué à faire connaître et affirmer la priorité de ces questions (plus de deux millions de signataires pour la pétition “L’Affaire du siècle”, par exemple). Les étudiants ne sont pas en reste, en “refusant de contribuer par leur travail à l’accélération des crises environnementales et sociales et souhaitant mener une activité professionnelle cohérente avec l’urgence écologique” (l’Appel pour un réveil écologique compte déjà plus de 32 000 signataires et concerne 400 établissements en Europe). Les consommateurs eux-même se déclarent beaucoup plus sensibilisés, affirmant de plus en plus leurs préférences pour l’alimentation bio, les produits issus de circuits courts, les marques les plus respectueuses de l’environnement. Les entreprises de notre territoire doivent donc aussi prendre en compte ces tendances de fond !

Nouvelle donne pour les politiques publiques de développement économique

C’est le propre des entreprises d’appréhender et de trouver des réponses à ce type de contrainte, et même de s’en saisir pour les transformer en opportunités, et de le faire mieux que leurs concurrents ! Mais ces mêmes entreprises ont besoin de visibilité, d’une stratégie claire, globale et cohérente, de long terme pour pouvoir y inscrire leurs propres stratégies de développement, programmer leurs investissements. Or, et c’est tout le paradoxe de notre situation, les entreprises et les banques les plus éclairées et conscientes de ces enjeux appellent justement les autorités publiques à de nouvelles formes de régulation ! Elles le savent, le “business as usual” est incapable d’appréhender les défis du changement climatique, les “externalités négatives” comme les pollutions diverses ou les émissions de CO2 n’entrant pas dans leur champ comptable. En la matière, il revient donc à la force publique d’agir et d’affirmer des orientations fermes et contraignantes, et surtout de réduire les incertitudes pour faciliter la bonne marche des acteurs économiques.

Les pouvoirs publics, et singulièrement les collectivités et leur groupements, dont le Grand Nancy, se trouvent donc en situation de devoir fixer un nouveau cadre de développement, et ce en articulation avec ceux de l’Europe et de l’État, qui sur ces questions sont en train d’évoluer. C’est à une nouvelle forme de planification et à de nouvelles régulations que nous appelons aujourd’hui. Elles doivent prendre forme dans le cadre d’un développement économique décentralisé qui, depuis la loi Notre, s’appuie sur les deux piliers que sont les Régions et les Métropoles. Nous sommes convaincus que la crise du Covid-19, qui appelle un soutien nécessaire de la collectivité auprès des branches et des entreprises les plus touchées, offre justement l’opportunité de mettre en place de nouvelles orientations capables de prendre en charge les enjeux écologiques, qui représentent la plus forte menace pour nos sociétés, à moyen terme. 

Nos propositions pour le Grand Nancy

Nous nous permettons donc de faire quelques propositions aux élus de la Métropole du Grand Nancy, pour opérer cette transformation de manière proactive :

Le premier levier, et le plus transversal, consiste à changer les termes de la délibération sur le territoire. Il importe que, dans les instances politiques, consulaires, patronales, syndicales, académiques, etc., le débat soit réorienté à la lumière des enjeux écologiques contemporains. Pour cela, il est essentiel que dans toutes ces enceintes, un effort d’information et de mise à niveau des acteurs soit entrepris, pour qu’il connaissent puis maîtrisent ce dont on parle quand on parle de raréfaction des ressources, de changement climatique ou d’effondrement de la biodiversité. Très clairement, les acteurs ne sont pas au niveau de leurs responsabilités sur ce point.

La deuxième série de leviers à trait à la question de la formation initiale et continue sur le territoire du Grand Nancy :

  • Faire muter l’offre de formation sur le territoire, en investissant massivement dans la formation professionnelle des personnes qui vont perdre leur emploi, pour réorienter cette force de travail vers les secteurs de la transition écologique. La bonne nouvelle étant que la transition écologique devrait se solder par une création nette d’emploi, via la relocalisation d’activités et le développement de nouvelles filières (recyclage, réemploi, travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments existants, etc.).
  • Poser très clairement à l’Université de Lorraine la question de sa stratégie pour que tous les étudiants soient formés de manière sérieuse aux enjeux énergie-climat, et puissent dans leur avenir professionnel avoir les leviers pour contribuer à la transition écologique là où ils trouveront du travail.
  • Créer une filière de formation initiale et continue de haut niveau pour les cadres industriels sur le management de la transition écologique dans l’industrie.

Dans le domaine de la politique de soutien aux entreprises :

  • Ne plus soutenir avec de l’argent public aucun projet d’innovation ou d’investissement qui ne soit pas, sur la base d’une évaluation ex-ante, compatible avec l’objectif de la neutralité carbone en 2050. L’idéal serait de faire de même avec les Prêts Garantis par l’État (PGE) et autres outils financiers spécifiques à la période Covid. Comme l’affirme la Convention citoyenne pour le Climat, il faut  cesser de soutenir “l’innovation pour l’innovation”. Il ne s’agit pas de contrôler a priori toute innovation : simplement, une innovation ou un investissement industriel qui ne répondra pas aux objectifs de neutralité carbone ne pourra dorénavant plus bénéficier du soutien financier public (de la Métropole du Grand Nancy et des partenaires usuels (Région, BPI, etc.)). Nous affirmons ainsi le rôle indispensable de la collectivité d’orienter le développement économique en faveur de la transition, ce que le marché est aujourd’hui incapable de faire, seul.
  • Pour accompagner la réorientation nécessaire de notre appareil de production vers les stratégies et les secteurs bas carbone, il nous semble essentiel d’assumer politiquement les pertes d’emploi dans les secteurs les plus émetteurs de Gaz à Effet de Serre. Il faut alors être suffisamment proactif pour que les politiques d’attractivité et de soutien aux entreprises soient renforcées sur ces secteurs bas carbone, afin qu’ils offrent les opportunités d’emploi que les personnes à reclasser sont en droit d’attendre.
  • Œuvrer au circuit local de l’argent en multipliant les véhicules d’investissements de proximité (fonds, CIGALES, sociétés de capital-risque régionales). Les monnaies locales complémentaires devront également être beaucoup plus soutenues qu’elle ne le sont aujourd’hui : elles sont des leviers décentralisés très efficaces pour favoriser des chaînes d’approvisionnement et de distributions locales. 
  • Favoriser le recours des entreprises locales au système de financement de projets mis en place avec le Plan de relance de l’État et le Green New Deal européen. Ces plans reposent sur le principe d’un fléchage vers des thématiques clés de la transition écologique. Il est essentiel que les entreprises locales bénéficient de l’ingénierie de projet et de l’ingénierie financière qui leur permettra d’aller chercher ces ressources. Ce peut être le rôle de Scalen ou de Grand Nancy Innovation que l’accompagner les acteurs économiques locaux en ce sens.

Dans le domaine de la planification économique du territoire :

  • Augmenter sensiblement, à travers un effort de planification, les investissements productifs publics bas carbone, en créant une société d’équipement locale qui s’appuie résolument sur les outils financiers mis à disposition par l’Union Européenne. La transition écologique nécessite des investissements publics et privés importants. Or, ces dernières décennies, les plans d’ajustement structurels ont justement conduit à réduire l’investissement public. Dans une logique de planification, il est au contraire indispensable de programmer ces investissements bas carbone, via par exemple une société mixte permettant de conjuguer capitaux publics et privés.
  • Prise de participation directe de la Métropole du Grand Nancy, avec le Conseil régional, dans les entreprises clés de la transition écologique du territoire, pour peu qu’elles aient leur centre de décision localement. Cela est essentiel pour orienter les stratégies industrielles et économiques vers la transition bas carbone, de manière cohérente et organisée.
  • Orienter la commande publique en renforçant la pondération des critères environnementaux dans les appels d’offres du Grand nancy.

En matière de commerce :

  • L’approche sélective des projets bénéficiant d’un soutien public dont nous parlions plus haut doit être étendue à tous les leviers d’action en faveur des entreprises, en particulier à l’échelle locale. Les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC) devront par exemple intégrer l’impératif de neutralité carbone dans l’évaluation des projets proposés, y compris en aval, au niveau du consommateur (par exemple : le nouveau commerce implanté devra proposer une solution de réemploi / réparation / recyclage et intégrer une chaîne régionale dédiée).
  • La réorientation de la consommation que l’on a vue à l’occasion du confinement vers les circuits courts doit être saisie au vol, pour renforcer l’assise du commerce de centre ville. A la faveur des faillites qui ne manqueront pas de se produire dans les commerces périphériques, il importe que la puissance publique récupère les locaux laissés vacants et les friches pour les rendre à l’agriculture, et desserrer la contrainte foncière autour de la Métropole du Grand Nancy. Celle-ci pourra s’adresser à elle même un objectif de zéro artificialisation nette.

Ces quelques propositions méritent d’être affinées, précisées, chiffrées. Il nous semblait important, à ce stade, d’inscrire ces réflexions dans celles des équipes politiques qui se mettent en place sur la Métropole du Grand Nancy depuis les dernières élections, en posant les quelques jalons de ce que devrait être, selon nous, un développement économique local pleinement orienté en faveur de la transition écologique. 

La crise du Covid-19, qui hélas en présage d’autres, nous offre justement l’opportunité de sortir d’un modèle de développement délétère et de mettre en place les bases d’une société bas-carbone. Ce choix de société doit d’abord être un choix démocratique, qui dépasse largement les cercles entrepreneuriaux, pour engager ensemble entreprises, collectivités, et associations, chefs d’entreprises et syndicats, consommateurs et citoyens, vers un avenir viable et désirable.

Emmanuel PAUL, Président de la SCIC Kèpos

Laure HAMMERER, Samuel COLIN et Ian Mc LAUGHLIN, salariés de Kèpos

Caroline ANTOINE, Artiste-Plasticienne et Paysagiste indépendante

Anne BLANCHART, Présidente de Sol &co

Yohan BLANCHE, Directeur d’Un Toit Partagé

Cécilia GANA, Gérante de Day by Day Nancy

Pierre-Antoine PHULPIN, Gérant de I Wood

Martin THIRIAU, Président de SOS Futur

C’est parti pour le nouvel appel à candidatures de La Serre à projets !

Comme en 2020, Kèpos anime, en coopération avec France Active Lorraine, le dispositif de la Serre à projets. Celui-ci lance ce jeudi 14 janvier 2021 un appel à candidatures afin d’accompagner sur le sud de la Meurthe-et-Moselle la création de nouvelles activités engagées dans la transition écologique.

Pour rappel, le dispositif de la Serre à projets vise à repérer des besoins non satisfaits sur le territoire, à imaginer des solutions pour y répondre, à étudier l’opportunité et la faisabilité des projets qui en sont issus, et à les transmettre à des porteurs de projets de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).

6 thématiques retenues !

Cette année, ce sont 6 thématiques qui ont été sélectionnées par le Comité de pilotage de la Serre à projets et qui ont donné lieu à 6 études d’opportunité dont les candidats peuvent s’inspirer :

  1. Un bureau d’études Low-tech
  2. Un service de verdissement de la Ville
  3. Une vélo-école
  4. Une galerie durable
  5. Un service de cyclologistique
  6. Un service de consigne du verre.

Il est important pour les personnes qui souhaitent postuler à l’appel à candidature de lire les études d’opportunité qui ont été réalisées. Vous pouvez retrouvez l’ensemble des projets de la promotion 2021 ici ! À noter que les variantes sont autorisées.

Comme l’année dernière, les candidats auront également la possibilité de proposer leur propre projet et de se positionner sur le volet blanc.

Qui peut répondre à cet appel à candidatures ?

Les porteurs de projets peuvent être de trois types :

  • Un ou plusieurs particuliers qui souhaitent s’engager dans un projet entrepreneurial. Les candidatures peuvent être émises par une personne seule ou par un collectif informel.
  • Une association existante.
  • Une entreprise sociale existante. Par entreprise sociale, on entend une entreprise s’inscrivant dans le champs de l’Economie Sociale et Solidaire ou dont les activités sont porteuses d’un impact social et environnemental positif pour le territoire.

Les porteurs de projets peuvent ne pas être encore implantés sur le territoire du Sud Meurthe-et-Moselle. En revanche, leur projet doit nécessairement y être principalement localisé.

Quel sera l’accompagnement de la Serre à projets ?

Les lauréats de la Serre à projets bénéficieront :

  • D’un appui méthodologique dans la réalisation de l’étude de faisabilité
  • De la mise en réseau avec les partenaires de la Serre à projets.
  • D’un ensemble de formations et d’ateliers.
  • D’un accompagnement global sur le montage du projet jusqu’à sa concrétisation.
  • D’un soutien technique et d’un appui dans la recherche de financements.

Comment postuler ?

Les réponses se font uniquement via le formulaire disponible ici. Aucune réponse passée le délai du 28 février 2021 à minuit ne sera acceptée. Pour connaître les modalités de sélection et le contenu du dossier, les candidats sont inviter à consulter le cahier des charges de l’appel à candidatures.

Les candidats sélectionnés devront par la suite présenter leur projet à l’oral devant un jury d’experts le 1er avril 2021.

Le décompte est lancé !

Revue de projets #21 ; le Laboratoire sauvage

Laurie Targa est l’initiatrice du Laboratoire sauvage, association spécialisée dans la promotion des sciences participatives. Elle nous explique ce que cette expression revêt, et les missions de l’association.

Qui êtes-vous et comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux sciences participatives ?

Je m’appelle Laurie Targa. J’ai terminé un doctorat en biologie cellulaire il y a un an. Au cours de ce travail, j’ai pu faire des formations qui m’ont fait découvrir la médiation scientifique, la zététique, les problématiques d’intégrité scientifique ou encore l’entrepreneuriat.

J’ai été intéressée par de nombreuses ressources invitant à prendre du recul sur les pratiques de recherche, mais il y a un tel écart entre les recommandations que l’on trouve, et la réalité de ce que l’on fait lorsqu’on s’insère dans un grand système déjà lancé, que cela m’a amené à imaginer d’autres moyens de permettre à ces nouvelles pratiques de trouver leur place. J’ai aussi pris conscience que le temps humain était plus précieux et rare que les investissements financiers.

Je suis par ailleurs engagée dans le milieu associatif depuis plusieurs années. J’ai réalisé progressivement qu’il était possible de faire de plus en plus de choses dans des cadres différents avec des valeurs qui pouvaient mieux me correspondre. C’est aussi pour cela que j’ai rejoint Kèpos dès ses débuts. Les sciences participatives se sont alors présentées comme le meilleur compromis pour rendre possible une recherche engagée au sein de la société civile. Après avoir lancé plusieurs projets, je me concentre maintenant sur le développement de l’association Laboratoire Sauvage.

Qu’est-ce que les sciences participatives exactement ?

Les sciences participatives regroupent les projets de recherche qui bénéficient de la participation active de citoyens qui ne sont pas chercheurs de métier, dans au moins une des étapes du projet. Cela se distingue de la sensibilisation, de la vulgarisation ou de la médiation. Nous apprenons les uns des autres en avançant ensemble sur des projets qui nous rassemblent. Il y a de nombreuses façons de participer, tout dépend du projet en question et de l’implication que l’on y met. Cela peut aller d’une co-construction dès la définition du problème à traiter, à une participation qui ne prendra que quelques minutes au cours d’une expédition pour la collecte de données par exemple.

Une des étapes clé est la définition de la question que l’on se pose :

  • La question peut venir de chercheurs et les citoyens sont sollicités pour soutenir l’effort de recherche.
  • Il est aussi possible que les citoyens sollicitent les chercheurs pour travailler sur un sujet qui les préoccupent et qui n’est pas déjà traité. C’est dans ce cas qu’une réelle dynamique de co-construction est possible. Les sciences participatives sont d’ailleurs vues par les Français comme un moyen de renforcer les liens entre le grand public et la recherche (selon un sondage Ipsos de 2016).

A l’occasion de la crise du Covid, on sent dans la société une forte défiance vis à vis de la science. En quoi les sciences participatives sont une réponse à cela ?

Malgré la crise, la majorité des Français garde une certaine confiance en la science, même s’il semble que la proportion d’individus plus méfiants ait légèrement progressé (cf Baromètre Science et Société – Vague #1Ipsos 2020). La défiance semble plus forte quand la science est mêlée à la politique. Le souci peut aussi être qu’elle est considérée comme difficilement accessible et élitiste. Les sciences participatives, en favorisant l’implication des citoyens à différents niveaux dans des projets de recherche, pourraient permettre de démystifier la démarche scientifique en s’y exposant, en la pratiquant soi-même.

La méthode scientifique n’est pas infaillible, mais elle s’est révélée très puissante pour innover. Elle permet d’arriver au niveau de précision et de nuance nécessaires à certaines réalisations. Alors comment se l’approprier ? C’est un vaste sujet, mais l’éducation à l’esprit critique, à l’analyse de l’information ne me semblent pas suffisantes en l’état actuel. Les projets de sciences participatives me paraissent ainsi de bonnes occasions d’utiliser des ressources scientifiques pour ouvrir de nouveaux horizons et rendre la démarche plus désirable.

Avec le Laboratoire Sauvage, nous utilisons les sciences participatives en mettant la priorité sur ce que peuvent en retirer les participants. Nous acceptons de prendre le temps nécessaire, le temps de partager, d’expliquer, d’apprendre les uns des autres, de faire rigoureusement, d’apprécier une activité stimulant notre curiosité et notre émerveillement. Cet investissement nous semble nécessaire pour de meilleurs résultats à long terme.

Quel est l’intérêt de cette pratique scientifique dans la perspective de la transition écologique ?

Dans transition écologique, on retrouve la notion d’écologie. Pour moi c’est d’abord une science riche et complexe qui a beaucoup à nous apporter. Cette science peut parfois pâtir de son association avec l’écologie politique et le militantisme, alors que des efforts de recherche rigoureux depuis de nombreuses années amènent à des résultats forts qui restent encore trop méconnus.

Le problème que j’y vois c’est que, même si l’on a de bonnes intentions, le manque de méthode augmente le risque de faire fausse route, et surtout de ne pas s’en rendre compte. Pour bâtir des actions plus solides pour permettre la transition écologique, il me semble nécessaire d’équiper le plus grand nombre avec des outils assez puissants, comme la démarche scientifique, pour nous attaquer à des problèmes aussi complexes.

La pratique des sciences participatives permet à la fois :

  • d’amener à mieux prendre en compte les travaux déjà réalisés, mieux intégrer les résultats de la recherche et mieux appréhender les enjeux,
  • de tisser des liens entre recherche et société, de sortir d’une approche descendante pour aller vers la co-construction,
  • de sortir des idées reçues qui sont nombreuses en matière de transition écologique,
  • d’apporter de nouveaux savoirs, mesurer l’impact de nos actions, identifier les actions les plus pertinentes à mettre en place,
  • de tirer de meilleurs fruits de nos expériences, de moins perdre d’informations et améliorer son partage,
  • de devenir acteur de la production de savoirs et de la manière dont ces savoir sont utilisés,
  • de mieux répondre aux besoins locaux.

De nombreux projets de sciences participatives proposent déjà des outils accessibles pour suivre des questions en lien avec la transition écologique, par exemple sur le suivi de la biodiversité, de la qualité de l’air, de l’eau. Malgré leur vocation à toucher le plus grand nombre, ils sont eux aussi encore peu connus.

Dans ce contexte, quelles sont les missions et les ambitions du Laboratoire Sauvage ?

La mission première de l’association est d’amener une diversité de personnes à s’intéresser aux sciences participatives et à y contribuer. Pour cela, l’association compte créer des groupes d’échange et multiplier les rencontres conviviales. Nous proposons par exemple des ateliers de découverte chaque semaine. Ces ateliers sont l’occasion de se rendre compte de la diversité des projets existants que chacun peut rejoindre. Pour certains projets, il est possible de contribuer depuis chez soi en réalisant des tâches comme la résolution de puzzles, le classement d’images, l’analyse de textes. Nous organisons aussi des sorties. Un exemple d’action en extérieur est de réaliser des observations d’animaux, de végétaux, du paysage, en suivant des protocoles simples au choix parmi de nombreux programmes bien rodés que nous présenterons. Ce type d’activité nous permet de redécouvrir notre environnement, de faire des suivis, des comparaisons localement, tout en contribuant à un projet de plus grande échelle où seront rassemblées les observations de milliers de participants. Ces approches sont particulièrement importantes en écologie.

En accompagnant divers publics à contribuer sur ces exemples de projets, notre intention est de rendre les travaux scientifiques plus familiers, de les démystifier. Nous tentons aussi au cours de l’atelier d’expliciter la démarche scientifique et l’intérêt de se l’approprier. Nous proposons ces rencontres actuellement dans le secteur de Vandoeuvre à la Médiathèque et à la MJC Centre Social Nomade, mais nous souhaitons étendre notre champ d’action dans tout le Grand Est. Il est aussi prévu d’investir les FabLabs locaux pour y construire du matériel pour faire des expériences, comme des capteurs pour mesurer la qualité de l’air. Il existe également un laboratoire ouvert tout équipé pour des analyses chimiques et biologiques à Champenoux, nommé « Tous Chercheurs », avec lequel nous souhaitons créer des liens.

Nous accordons une attention particulière à adapter ce que l’association propose aux besoins des personnes intéressées par la démarche, que ce soit au niveau de la thématique, du lieu ou de l’horaire (cf questionnaire cité à la fin de cet entretien).

L’association anime aussi une communauté de pratiques, qui souhaite partager ses compétences pour rendre plus efficaces les projets utilisant les démarches scientifiques et participatives. Nous souhaitons aussi accompagner la création de nouveaux projets. L’association développe d’ailleurs aussi elle-même certains projets portés par ses membres. Ils concernent actuellement principalement l’alimentation et la biodiversité.

Plus globalement, l’association a pour ambition d’accroître la capacité d’agir des participants, par leur implication mais aussi par les savoirs produits. Pour permettre à plus de monde de faire de la recherche autrement, nous poussons également à l’émergence d’un nouveau modèle économique en développant des emplois atypiques de « chercheurs animateur ». L’idée avec le Laboratoire Sauvage, ce n’est pas d’entrer dans la course effrénée à la collecte de données, aux publications à multiplier, à l’innovation creuse. C’est justement de prendre le temps de faire ensemble, de se poser plus de questions, et surtout donner envie d’imaginer, d’investiguer, d’expérimenter et de partager.

Quel peut être l’apport de vos activités pour des acteurs comme des entreprises, des associations ou des collectivités ?

Le Laboratoire Sauvage souhaite faire mieux connaître les sciences participatives aux collectivités, entreprises et association et les encourager à les développer. Nous souhaitons également soutenir des projets de recherche déjà en place. Nous proposons ainsi un accompagnement à la carte pour :

  • analyser les informations disponibles,
  • concevoir des protocoles,
  • conduire des expériences et des analyses,
  • aider dans la prise de décision,
  • et surtout intégrer les citoyens.

Nous proposons des ateliers qui peuvent être organisés selon les besoins de la structure demandeuse. Nous comptons aussi développer des formations pour permettre à d’autres structures de déployer des activités autour des sciences participatives.

Pour aller plus loin, nous proposons un questionnaire pour mieux cibler les besoins des particuliers intéressés. Nous vous invitons à le compléter.

Merci !

Revue de projets #20 : SOS Futur

Rendre les nouvelles technologies accessibles à tous, et ce de manière écoresponsable. Telle est l’ambition de SOS Futur, société de services informatiques basée à Nancy et membre de Kèpos. Pour en parler, nous vous proposons une rencontre avec Martin Thiriau, son dirigeant et fondateur.

Qui êtes-vous ?

Je suis Martin Thiriau, cofondateur de SOS Futur. Diplômé de l’ICN Business School et de l’École des Mines de Nancy, j’ai souhaité dès ma sortie d’école réduire la fracture numérique et aider ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies. En effet, très attiré par les nouvelles technologies dès mon plus jeune âge, j’ai très vite remarqué que l’évolution fulgurante de celles-ci allait poser beaucoup de problèmes à de nombreuses personnes. Au début très éloigné des questions environnementales et énergétiques liées à ces technologies, je suis maintenant pleinement conscient de ces problématiques et m’efforce de concilier le numérique avec l’éthique et l’utilisation écoresponsable.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de SOS Futur ?

SOS Futur est né officiellement en juillet 2016, notamment grâce à des structures comme l’École des Mines et le PeeL (Pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine). Au début nous étions deux et tournés essentiellement sur de l’assistance à distance et un peu de développement logiciel, depuis un petit bureau à l’École des Mines. Nous avons progressivement agrandi notre champ d’action avec de la réparation en atelier et de l’intervention à domicile. Les locaux devenant trop petits et trop compliqués d’accès, nous avons déménagé là où nous sommes encore actuellement, dans le quartier des III maisons à Nancy. C’est à partir de là que nous avons véritablement enclenché la croissance et la diversification de notre activité: assistance, réparation, vente, location, formation, infogérance, gestion de parc informatique, fournisseur d’accès internet et télécoms, éditeur de logiciel web (type CRM, logiciel de caisse, gestion de caméras de sécurité…), hébergement de serveurs et de solutions informatiques, développement web et logiciels et dernier né, un studio photo/vidéo avec prestation d’enregistrement et de diffusion en direct audio/vidéo d’évènements et de conférences. Nous sommes maintenant 8 personnes.

Comment définissez-vous la mission de SOS Futur ?

Depuis le départ, SOS Futur veut vulgariser les nouvelles technologies à tous afin que plus personne ne « subisse » ces technologies. En effet, les nouvelles technologies sont un véritable atout au quotidien si on sait les utiliser, et surtout si on sait les utiliser correctement, c’est-à-dire de manière éthique et écoresponsable. Nous sommes donc là pour accompagner les personnes et les organisations en trouvant des solutions à leur besoin en matière de numérique, en proposant notamment une formation pratique, éthique et responsable à l’utilisation de ces solutions.

Quels sont selon vous les grands enjeux énergétiques et écologiques du numérique ?

Longtemps ignorés, les conséquences environnementales du numériques ne sont plus à prouver. Mais si certains en doutaient encore, il suffit d’aller voir les différentes études du Think Tank « The Shift Project » pour voir l’impact croissant de ce secteur dans des pollutions diverses. Deux aspects sont à différencier, la consommation énergétique liée à la production d’un côté, et celle liée à l’utilisation de l’autre. La seconde a dépassé la première depuis peu en termes de pourcentage (55% vs 45%). Au vu du développement toujours plus soutenu du numérique, il est indispensable de réfléchir et d’agir sur ces 2 aspects, car ce rythme actuel n’est pas tenable sur le moyen terme.

Vous travaillez de plus en plus sur la question du numérique responsable. De quelle manière ?

SOS Futur s’efforce de travailler sur les deux tableaux.

D’un côté, pour diminuer « la production », plusieurs actions sont réalisées. La première chose est d’analyser précisément les besoins clients et de choisir des solutions PROPORTIONNÉES, MODULAIRES, ÉVOLUTIVES et FACILEMENT RÉPARABLES ! En effet, notre société à une forte tendance à vendre des solutions beaucoup trop performantes pour les besoins, et les clients n’utilisent qu’une faible partie des capacités des machines. De même, certains constructeurs rendent de plus en plus difficile, voire impossible, la réparation de leur appareil ou l’évolution de certains de ses composants. Du coup, à chaque panne, il faut changer d’appareil… Mais l’obsolescence programmée est aujourd’hui en partie logicielle, c’est aussi pourquoi nous favorisons quand cela est possible des systèmes libres et durables dans le temps. Ensuite, nous essayons de reconditionner au maximum les matériels afin de diminuer l’utilisation de composants neufs. Nous sommes également là pour conseiller au mieux les organisations dans leurs approvisionnements en matériels numériques sur toutes ces questions éthiques et responsables.

Concernant « l’utilisation », nous avons une grosse brique formation sur les conséquences des usages du numérique, et notamment du mail par exemple. Répondre à un mail groupé est-il nécessaire ? Garder un mail vieux de 3 ans est-il pertinent ? Il y a énormément de choses « basiques » sur lesquelles on peut jouer. Les gens non formés ne se rendent pas compte de l’impact de ces actions prétendument « dématérialisées ». Il est donc très important de faire de la prévention là-dessus. De même, nous essayons de privilégier des solutions logicielles adaptées, susceptible d’être plus « légères » sur les serveurs et moins énergivores. Enfin, pour lutter contre l’obsolescence logicielle, nous utilisons quand cela est possible des logiciels libres.

Vous avez déployé pour Kèpos un système d’information partagé open source nommé Nextcloud. Quel est le l’intérêt d’un tel outil ?

En effet, cet outil est une plateforme collaborative qui permet de regrouper beaucoup de fonctionnalités en un seul endroit : drive personnel et partagé, gestion des contacts et des calendriers, accès aux mails, solutions d’édition de documents, de tableurs et de présentations collaboratives, et plein d’autres outils pour la gestion de projets en équipe. Le fait d’utiliser une solution libre représente beaucoup d’avantages.

D’une part, d’un point de vue éthique. Le principal avantage est que l’on auto-héberge les données, c’est-à-dire que l’on a la maîtrise totale de l’endroit où sont stockées nos données. Elles nous appartiennent et seules les personnes autorisés y ont accès. Les grosses entreprises du secteur n’en font donc pas ce qu’elles veulent. Ensuite, cette licence AGPL permet d’être sûr que cet outil ne sera jamais commercialisé ni propriétaire. Nous avons donc l’assurance que l’on pourra toujours maîtriser cette solution.

D’autre part, d’un point de vue pratique. Cette solution est collaborative, donc n’importe quel développeur peut proposer des améliorations et des nouvelles fonctionnalités. C’est une solution modulaire, c’est-à-dire qu’on n’active et on n’installe que ce qui est nécessaire.

Enfin, d’un point de vue énergétique, cette solution est beaucoup moins gourmande que les solutions propriétaires type Google Drive, Amazon ou Microsoft, et la consommation du serveur est entièrement gérée par nos soins. Nous ne mettons donc que l’essentiel, et le serveur est basé en France. Nous maîtrisons donc toute la chaîne.

La crise sanitaire et les mesures restrictives de type confinement viennent renforcer l’intérêt du numérique pour maintenir du lien, notamment via le déploiement du télétravail. Comment intervenez-vous en support de ces nouveaux usages ?

Le numérique est indispensable aujourd’hui, et encore plus dans une situation comme celle que l’on rencontre actuellement. SOS Futur accompagne les particuliers, notamment les seniors, en les formant sur des outils de type tablettes, pour qu’ils puissent utiliser les applications de messagerie instantanée afin qu’ils restent en contact avec leur famille et leurs proches. Nous mettons également en place des systèmes rapides de réparation ou d’amélioration des machines. La location de matériel est également favorisée durant cette période.

Pour les professionnels, SOS Futur les accompagne dans la mise en place de solutions de télétravail, avec la mise à disposition de matériel supplémentaire, l’installation de solutions collaboratives propriétaires ou open-source, avec un fort accent sur la sécurisation des données.

Merci !