Caroline Antoine nous invite à « Être paysage »

Caroline Antoine est une artiste plasticienne et paysagiste, parmi les membres fondateurs de Kèpos. Le Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, sis 48 esplanade Jacques Baudot à Nancy, accueille du 17 août au 25 septembre une exposition de ses œuvres, intitulée « Etre paysage / éloge du monde vivant ». A cette occasion, nous vous proposons deux textes qui illustrent ce travail.

« (…) Sous le soleil ou les nuages, en se mêlant à l’eau et au vent, leur vie est une interminable contemplation cosmique, sans dissocier les objets et les substances. (…) » La vie des plantes, Emanuele Coccia / Edition Payot et Rivage / p. 17 – 18 

« Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. » Martin Luther

«  Caroline Antoine expose des estampes, carnets, dessins et sculptures éphémères à l’Hôtel du Département jusqu’au 25 septembre pour faire l’Éloge du monde vivant.

Formée à l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy puis ayant étudiée le paysagisme à l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, Caroline Antoine crée un art en dialogue avec le monde.

De son expérience personnelle, elle exprime une sensation universelle entre l’être- vivant, charnel, spirituel et l’univers organique auquel il appartient.

Loin d’être en rupture avec la Nature, dans l’art de Caroline, la femme, l’homme, l’animal ou la chimère sont inscrits dans la globalité du monde : Les figures émergent de la glaise, les sujets sont en fusion avec le paysage, tantôt intimiste, tantôt en expansion. Les personnages de l’artiste sont souvent créateurs autant que créations.

Dans l’œuvre de Caroline Antoine, le rapport au végétal s’exprime avec force, tant dans ses écrits que dans ses sculptures. Dans les paysages urbains comme en forêt, l’artiste collecte des vues, des impressions, des éléments naturels (aussi appelés naturalia). À ces éléments glanés dans leurs sommeils : branchages tortueux, graminées et autres inflorescences, Caroline Antoine recrée un sens. Greffés les uns aux autres par de la cire d’abeille, ces naturalias deviennent, à eux seuls, des univers évocateurs, des œuvres parfois minimalistes et pourtant digne d’un cabinet des merveilles.

L’art de Caroline Antoine laisse la place au dialogue intérieur de l’observateur face à l’oeuvre ; mu par la force évocatrice de l’art, il est invité à rentrer en lui-même dans un silence habité et fécond. « 

Chloé Pata

«  Je vis avec et par les rivières, les forêts, les lacs et les mers.
Je voudrais raconter cette co-dépendance entre les êtres et leurs lieux de vie.
Il existe un Écoumène, qu’Augustin Berque définit comme un milieu d’interaction entre l’être humain et son espace de vie. Je suis les traces du paysage qui me constitue.
Je deviens un être-paysage.
Sans le sanctuariser, je vis dedans, je l’habite.
En recherche d’harmonie avec mes tâtonnements, mes doutes, face aux grondements du monde, je dessine, je peins, je sculpte. Ces images intérieures me donnent de mes nouvelles.
Parfois, je me glisse dans la nature pour m’y régénérer et l’arbre du jardin me donne de la force.
Je n’oublie pas ce que je lui dois.
Nous sommes un tout.
Face au dérèglement climatique, je voudrais agir.
Le dessin est mon cri et mon espoir.
Je voudrais dessiner et planter ce que je dessine. 

Aujourd’hui, j’ai un enfant. Comment lui parler de cet avenir incertain ?
J’ai peint durant ma grossesse dans le sens du vivant,
dans le sens de ces cellules que nous partageons avec toutes les formes de vie, sur cette planète.
Quand l’embryon humain se fait amphibien, nageant dans la matrice maternelle, quel espoir autre que l’allégresse d’être en communion ?
Ensemble nous sommes et nous serons.
Cœurs à l’unisson avec la vie qui est partout,
le regard vers les branches,
l’esprit léger comme l’oiseau,
l’âme dans la forêt, dans l’humus
reconnectés enfin
avec nous-mêmes. »

Caroline Antoine, Jeudi 9 juillet 2020 

La transition de notre système alimentaire

Les coopérateurs de Kèpos ont reçu récemment lors de l’une de leurs réunions Yves Leroux, enseignant-chercheur à l’Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie et des Industrie Alimentaires (ENSAIA) de Vandœuvre-lès-Nancy. Après avoir déjà échangé avec un agriculteur, ils poursuivent ainsi la réflexion sur la nécessaire transition de notre système alimentaire. Le texte ci-dessous est la synthèse des propos tenus à cette occasion.

On se fait souvent une mauvaise image de la nécessaire transition de notre système alimentaire. Cela est dû au point de vue qui est souvent adopté, celui du militant. Or, nous baignons dans un système agro-industriel qui a connu ces dernières décennies un développement hégémonique. Ce système est d’abord un système de masse. Il y a certes des niches bien connues (les Amap par exemple), mais ce qui importe, c’est la masse.

Ce système est rentré dans une logique de financiarisation qui fait que la firme n’est plus pilotée par des industriels, mais par des financiers qui cherchent à optimiser financièrement les modèles. Ceux-ci ont donc subi une modification complète de leur gouvernance. Cela a abouti à une diminution spectaculaire du coût des aliments. Ainsi, le budget alimentaire des ménages, qui représentait 30 % de leur budget total dans les années 60, n’en représente plus que 12 % aujourd’hui. Entre temps, c’est le logement qui est devenu le principal poste de dépense.

Dans ce contexte, il faut bien comprendre que l’alimentation est une politique européenne. La Politique Agricole Commune (PAC) est même la seule politique complètement intégrée en Europe. Son objectif initial était d’obtenir l’autonomie alimentaire de l’Europe. A sa création en 1962, elle s’est inscrite dans une logique protectionniste, visant à produire plus, à garantir un revenu à tous les paysans, à mettre à disposition des consommateurs des produits pas chers et répondant aux enjeux d’hygiène, pour limiter très fortement les maladies d’origine alimentaire. Cette politique a remarquablement fonctionné, mais s’est traduite par de très fortes externalités négatives (des effets pervers externes au système). Tout l’enjeu aujourd’hui est de ré-internaliser ces externalités négatives, en les faisant rentrer à nouveau dans le prix des aliments. Pour que ces effets indirects aient une valeur dont les agents économiques tiennent comptent, il faut les monétariser.

Le système alimentaire français est très complexe. Le taux d’autonomie alimentaire de la France est très élevé, atteignant les 50 %. Mais malgré cela, nous sommes pris dans un système d’échanges permanents, et ce aux échelles régionales, nationales et internationales. La logique d’une concurrence libre et non faussée est ce qui préside à la vie du système. Ce fonctionnement est indissociable d’un modèle qui est avant tout linéaire, de type extractiviste : on extrait des matières premières, on les transforme, on les distribue et elles deviennent des déchets après avoir été consommées. Ces matières premières sont recherchées sur la terre entière, aidées en cela par un coût de l’énergie particulièrement faible. C’est ainsi que les coûts de transport sont moindres que le différentiel de prix entre la France et les pays tiers. On renvoie ainsi les activités de production dans les zones les plus efficaces, sans tenir compte des externalités. Au final, on arrive à une situation où l’on puise sans limite dans l’environnement, on externalise le métabolisme, on déresponsabilise chacun. Dès lors, le locavorisme (le fait de manger local) n’est pas la solution : il faut développer son autonomie alimentaire sans viser un maximum. Pour rappel, l’autonomie alimentaire de Nancy est de 0,92 %, et celle du Grand Est de 6 % (le maximum français est atteint par la région d’Avignon, avec 8%).

Reprenons un peu de hauteur : le système terre se heurte aujourd’hui à un certain nombre de limites (réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, perte de fertilité des sols, etc.). 5 des 9 principales limites de ce type concernent le système alimentaire. Pour exemple, l’impératif de neutralité carbone d’ici 2050, tel qu’il est inscrit dans la loi, implique à cet horizon un bouleversement complet de notre économie. Du point de vue de notre empreinte carbone, cela veut dire passer de 600 millions de teqCO2 à 80 millions, dont la moitié pour notre alimentation.

Au vu de ces bouleversements, la transition écologique désigne le passage d’un système d’équilibre à un autre. Il importe donc de la mener en s’appuyant sur des méthodes et des indicateurs. Le mot clé devient alors « bio-économie-circulaire » : il s’agit tout simplement de produire du carbone renouvelable. A partir de la biomasse, il faut donc générer de l’alimentaire et du non alimentaire.

Or, nous avons face à nous deux modèles faciles à comprendre : un dominant, de type agro-industriel, et un très marginal, de type hyper-local. Le but aujourd’hui est de remettre du commun dans tout cela, en termes de qualité, de proximité, de partage de la valeur ajoutée, et de justice sociale, sans tomber dans les procès d’intention. En effet, les Grandes et Moyennes Surfaces (GMS) représentent 85 % du marché : on ne peut pas les négliger. L’hyperlocal ne pèse lui pas plus de 3 % de la consommation alimentaire. C’est un système marginal quantitativement, mais pas qualitativement. L’enjeu principal est donc de définir le Local, le système alimentaire du milieu, en passant d’un modèle linéaire à un modèle circulaire. Cela veut dire reterritorialiser les activités, se réapproprier les enjeux, apprendre la coopération, plus efficace à long terme que la concurrence. Cette coopération doit être pensée entre des métiers complémentaires, à l’instar de ce que Kèpos expérimente, en gardant un équilibre avec le fonctionnement concurrentiel. Cela veut dire construire des contrats circulaires, au lieu de chercher, sur un mode linéaire, à optimiser sans cesse sa position par rapport à l’autre. Cette circularité ne peut être que contractuelle.

Le système actuel se caractérise par son absence de sens, car c’est le paysan qui a une histoire à raconter, pas l’industriel. Et aujourd’hui, 15 millions de consommateurs n’ont qu’un arbitrage prix. Ils n’iront jamais chez « C’est qui le patron ? » : ils n’en ont ni la culture, ni les revenus. Or, c’est précisément vers ce type de personnes qu’il faut aller : ceux qui ne sont pas militants et n’en ont pas les moyens. Pour cela, il faut une politique claire de la puissance publique, qui doit passer à coup sûr par la restauration collective (un repas sur 6 en France). Il faut que toutes les collectivités proposent de la qualité, de la proximité, de la justice sociale et du partage de la valeur ajoutée. Cela contribuerait à créer une sorte de sécurité sociale de l’alimentation, dans une société qui reste très structurée par la propriété privée. Et pour développer une logique de type locale, il faut un outil industriel adapté, et un ensemble de méthodes d’action publique pour réinternaliser les externalités : taxes, réglementations, transferts de propriété de type crédit carbone, qui assurent peu à peu à notre société de disposer d’un système alimentaire bas carbone et résilient.

Revue de projets #18 : Ophélie Benito et la collection Mollis

Ophélie Benito est une jeune designer, conceptrice de la Collection Mollis, une gamme d’objets enveloppants dédiée au soin. Membre de Kèpos, elle nous expose sa vision du design comme étant au service des hommes et des territoires.

Qui êtes-vous ?

Je suis Ophélie Benito. Je suis designer de formation et ce qui m’anime, c’est de pouvoir mettre ma créativité et mes compétences au service de l’humain pour améliorer son quotidien. Par ailleurs, le fait de développer des solutions en circuit court et avec des matériaux naturels du territoire est un enjeu important dans chacun de mes projets.

Je suis, depuis 2017, créatrice de la Collection Mollis, une gamme d’objets enveloppants et apaisants composés en majeure partie de laine de mouton biologique de lorraine. Diplômée en design de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design (ENSAD) de Nancy, j’ai également un master de design global spécialisé dans les procédés de fabrication et les matériaux. Ces deux formations, ainsi que les stages que j’ai pu effectuer, notamment chez MateriO à Paris, m’ont permis d’apprendre à créer et fabriquer des projets qui remettent l’utilisateur au centre des réflexions, ainsi qu’à engager les ressources les plus adaptées, dans des conceptions durables et respectueuses de l’environnement.

Comment en êtes-vous arrivée à imaginer la Collection Mollis ?

La Collection Mollis est née d’une réflexion qui a débuté lors d’un atelier étudiant collectif nommé « Care », centré sur l’éthique dans les lieux de soin. À cette occasion, j’ai visité un institut médico -éducatif qui accueillait des enfants atteints de troubles du spectre autistique, et ai observé leur quotidien dans l’établissement. J’ai découvert, dans ces lieux de vie et de soin souvent froids et aseptisés, un réel besoin de soutien et de solutions humanisantes pour les professionnels et les habitants.

Les enfants entraient régulièrement en crise liées à divers facteurs, aggravés par un environnement anxiogène. Toutes les solutions qui leurs étaient proposées étaient curatives et souvent situées dans des salles accessibles uniquement sur rendez-vous. Ainsi a débuté, avec les soignants, une réflexion sur la création de solutions préventives plus accessibles et plus résilientes pour réhumaniser ces lieux d’accueil, au sein desquels les matières naturelles sont absentes et manquent. Avec les premières recherches et les premiers essais en équipe, j’ai réalisé que l’enveloppement et la compression apaisait efficacement ces bénéficiaires. Puis, j’ai recherché les ressources humaines et matérielles du territoire à même de répondre à ces problématiques. C’est en rencontrant la Filière laines ainsi que différentes entreprises locales et chantiers de réinsertion professionnelle que les objets ont vu le jour. La découverte des qualités techniques et sensorielles de la laine de mouton a été déterminante pour la naissance du projet, c’est sur ces caractéristiques que s’appuie aujourd’hui la Collection Mollis.

Qu’est-ce que propose la Collection Mollis, et à qui s’adresse-t-elle ?

La Collection Mollis est une gamme d’objets « mous », enveloppants, doux et lourds, qui tendent à améliorer la qualité de vie de personnes fragiles par un accompagnement physique et psychique grâce à des ressources locales et naturelles telle que la laine de mouton. Envelopper avec ou sans compression, entourer le corps et l’humain pour apaiser par une étreinte contrôlée, tels sont les modes de fonctionnement des coussins et supports de la Collection Mollis. Chaque objet est conçu pour s’adapter à toutes les postures et pour être utilisé seul ou avec les autres solutions de la gamme.

Elle s’adresse en tout premier lieu aux personnes fragiles vivant ou étant de passage dans des lieux d’accueil du secteur médico-social (MAS, IME, EHPAD), mais également au grand public. En effet, au fil du développement du projet, j’ai remarqué que les solutions low tech que je met en place ont un impact positif sur la santé et le quotidien de personnes en perte d’autonomie ou avec des particularités, mais intéressent aussi beaucoup le grand public et peuvent l’accompagner au quotidien.

La Collection Mollis existe également pour s’adapter aux besoins spécifiques. C’est pourquoi je suis en capacité de proposer des prestations de design d’espace ou d’objets, ainsi que des animations, afin d’adapter un lieu à recevoir les solutions de la Collection, ou d’adapter les objets à des besoins très précis.

Tous vos matériaux sont bio-sourcés et produits en local : quel est l’intérêt d’une telle démarche ?

La démarche de faire appel à des ressources humaines et matérielles locales a été la mienne pour plusieurs raisons. La première réside tout simplement dans mes convictions. La Collection Mollis a pour fondation la notion de Care (éthique du soin). Ne pas prendre soin des humains et du territoire dans mon développement aurait été contraire à l’éthique du projet. Aussi, je crois au fait que tout créateur de produit, peu importe sa visée, doit, et cela fait partie de son travail de recherche et développement, penser à la durabilité, au choix des matériaux les plus adaptés et les plus accessibles, ainsi qu’à l’impact environnemental de sa solution. Cela fait partie du travail de création.

J’ai utilisé la laine, le blé et le textile de coton des Vosges, non pas uniquement pour faire avec les ressources naturelles du territoire, mais également parce qu’elles correspondaient à ce que je voulais développer, même s’il faut garder à l’esprit que certains matériaux d’origine naturelle peuvent parfois avoir une durabilité et un impact carbone plus négatifs que d’autres ressources.

L’intérêt de cette démarche est à la fois de créer de l’activité locale pour soutenir l’économie, mais également de valoriser ou revaloriser des ressources qui sont souvent méconnues ou sous exploitées sur le territoire. Pour ma part, la connaissance de la Filière laines et du fait qu’il y a encore 5 ans, 99% des dizaines de tonnes de laine de mouton produites dans la région étaient considérés comme des déchets ou vendues à des grossistes à des prix dérisoires pour être exportés en Asie m’a beaucoup touchée. Découvrir la Filière laines et toutes les démarches éthiques mises en place dans la Grande Région a fini de me convaincre d’utiliser ce matériau qui avait déjà les qualités techniques recherchées.

Pour finir, le contact humain direct avec ses fournisseurs et ses fabricants me semble primordial pour développer une solution maîtrisée. Le circuit court est alors, en plus de son faible impact carbone, le meilleur choix.

Comment voyez-vous le rôle du design dans la conduite des transformations de modes de vie et de production impliquées par la transition écologique ?

Les designers d’aujourd’hui sont formés pour repenser les modes de vie et ont toujours été créateurs de nouvelles façons de faire ou de voir les choses. Ils peuvent instiguer le changement. Ce métier a d’ailleurs pour objectif de trouver des solutions, des facilitations et des transformations autour des humains en observant tout un écosystème. Or, si l’on observe les écosystèmes pour trouver des solutions, il me semble difficile de faire ce métier sans être impliqué dans la transition écologique, cela me parait presque obligatoire.

De mon point de vue, les designers ont donc un rôle important à jouer dans la transition écologique puisqu’ils sont à la fois à même de créer de nouvelles solutions pensées pour les humains et dans un environnement, mais également parce que le design est là pour améliorer l’existant. Faire avec l’existant permet de prolonger la durée de vie des objets, des matières et des espaces, ce qui à mon sens est un enjeu primordial. Comme je le disais auparavant, le choix des matériaux, des méthodes et des fabricants fait partie du travail du designer, qui, s’il les maîtrise, peut avoir un rôle important dans la conduite des changements des modes de vie et de production. Je pense enfin que les designers peuvent jouer un rôle important dans la transition en sensibilisant leurs clients, qui peuvent être des grands groupes ou des collectivités. Ils se transforment alors en vecteurs de changements à grande échelle.

Quelles sont les perspectives pour vous et la Collection Mollis ?

Pour moi et pour la Collection Mollis, l’avenir se préfigure entre vente d’objets, prestations de design d’objets, d’espaces et d’éléments graphiques au service du mieux vivre et pour tous. J’envisage un nouveau statut et d’ouvrir une entreprise pour faire changer d’échelle la Collection, afin de pouvoir la proposer plus largement au grand public, aux professionnels et dans les lieux de soin. Cette étape débutera dès la rentrée scolaire, bien que je sois déjà à même d’entamer des opérations dès aujourd’hui. La certification en dispositif médical est également une perspective d’avenir importante pour la Collection, afin d’améliorer son accessibilité.

J’aimerais par ailleurs faire évoluer la Collection Mollis pour la rendre encore plus accessible, l’étoffer et développer de nouveaux produits dédiés à de nouveaux usages ou à des publics précis tels que les mamans et leur bébés. Les solutions créées seront toujours pensées au plus proche des futurs utilisateurs, pour être utiles, flexibles et pour durer au sein de l’habitat.

Merci !

Kèpos dans les médias !

A l’occasion de l’Assemblée Générale de la SCIC Kèpos, qui s’est tenue le 12 juin 2020 dans les locaux de l’association Etre Eco LiE à Xirocourt (54), plusieurs médias se sont intéressés à notre coopérative.

Parmi eux, nous avons eu les honneurs de l’émission « Carnet des solutions » sur France Inter, présentée tous les jours de la semaine à la mi-journée par Philippe Bertrand. Trois minutes pour évoquer en quelques traits ce qu’est Kèpos, ses ambitions et son fonctionnement, à écouter ci-dessous.

Dans le même ordre d’idée, les Tablettes lorraines, ont relayés notre AG dans cet article.

Soutenez Kèpos !

Enfin, Kèpos et son « Jardin d’entreprises » ont été retenus par la Fondation Terre solidaire dans la sélection finale du Prix « Ils changent le monde ». Ce prix vise à valoriser des initiatives exemplaires au service d’un changement des modèles économiques, énergétiques ou alimentaires. A la clé, une mise en valeur dans plusieurs médias pour les projets vainqueurs !

Cette sélection est soumise au vote du public du 15 au 25 juin 2020. Nous figurons dans la catégorie « Economie au service de l’humain ». Tous se passe sur cette page ! N’hésitez donc pas à voter et faire voter vos amis, voisins, familles !

Merci beaucoup !

Profitons de la crise du Covid-19 pour engager résolument la transition écologique de l’économie régionale !

Ce texte sur la transition écologique de l’économie régionale est une contribution à la consultation lancée par la Région Grand Est dans la perspective de la rédaction d’un Business Act Regional, en même temps qu’une tribune, signée par deux professionnels du développement territorial :

  • Emmanuel Paul, président de la SCIC Kèpos, qui réunit à Nancy une vingtaine de jeunes entreprises engagées dans la transition écologique
  • Stéphane Gonzalez, chargé de développement économique pour une collectivité territoriale de la région.

Il est publié simultanément sur le blog « Projets pour la transition écologique« , et le site Notre Plan.net. Il a été envoyé à tous les élus du Conseil régional Grand Est.

L’Etat et le Conseil régional Grand-Est viennent de lancer un “Business Act”visant à élaborer un plan de relance ambitieux, suite à la crise sanitaire du Covid-19. La démarche paraît salutaire : selon la note de conjoncture de l’INSEE du 7 mai 2020, la région a enregistré une baisse d’activité de près d’un tiers, et selon la Dares (Ministère du travail), le nombre de demandeurs d’emploi (catégorie A, n’ayant pas du tout travaillé au cours du mois précédent) y a progressé de plus de 22% entre mars et avril, soit la plus forte hausse mensuelle jamais enregistrée. En France, on comptait fin avril plus de 4,5 millions de demandeurs d’emploi (catégorie A), soit 30% de plus depuis fin janvier.

La crise du Covid-19 révèle nos fragilités

Mais s’il s’avère aujourd’hui indispensable de réviser les stratégies et les modalités du développement économique régional, c’est aussi et surtout parce que la crise sanitaire a révélé de grandes fragilités.

Fragilité d’abord de notre système de soins. La logique comptable des dernières années a profondément affaibli l’hôpital public, malgré les alertes constantes des personnels soignants. Ainsi, au début de la pandémie, la France comptait un nombre de lits et de places en soins intensifs bien plus faible que l’Allemagne, par exemple. Mais c’est surtout sur la disponibilité des masques et des tests que la différence a été la plus tangible. Alors que l’Allemagne, ou la Corée du sud, ont pu procéder massivement à des tests pour isoler rapidement les malades, en France, comme ailleurs, leur absence a conduit à la seule stratégie possible, celle du confinement généralisé, au détriment de l’activité économique.

La pandémie a aussi mis au premier plan la fragilité d’un certain modèle de développement, marquant ce qui serait, au yeux de nombreux observateurs, la fin de la mondialisation telle que nous l’avons connue jusqu’à présent. Notre très forte dépendance industrielle vis à vis de la Chine a ainsi conduit, dans un pays aussi développé et avancé technologiquement que le nôtre, à la pénurie d’un produit aussi simple à réaliser qu’un masque chirurgical !

Nous sommes dans un moment historique :  la “crise” est étymologiquement le moment de la décision, du tri.  Or, comme l’exprime si bien Bruno Latour, cette crise sanitaire est comme “enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de   « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre.”

Faire face à la mutation écologique

Si de puissants intérêts économiques et financiers cherchent aujourd’hui à différer ou faire annuler des normes environnementales estimées trop contraignantes, la réalité matérielle, physique, du globe, se rappellera toujours à nous. Rappelons ici brièvement quelques unes de ces “données de base”. Le changement climatique est bien entamé, et nous en voyons régulièrement les manifestations. Si les émissions mondiales de Gaz à Effet de Serre (GES) se poursuivent au rythme actuel, nous atteindrons les +1,5 °C entre 2030 et 2050 (pour atteindre au moins +4 °C d’ici la fin du siècle) c’est à dire que nous entrerions, d’ici 20 ou 30 ans à peine, dans un monde totalement différent de celui que nous avons connu jusqu’alors, celui-là même qui a permis la formidable croissance économique des 70 dernières années : multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, vagues de chaleur), qui deviendront des menaces permanentes ; baisse des rendements agricoles et de la pêche, partout sur la planète, sous l’effet conjugué du réchauffement et des atteintes diverses à la biodiversité (urbanisation, usage des pesticides et insecticides, pollutions des terres et des mers). Augmentation de la mortalité directe due aux pics de chaleurs, problèmes d’accès à l’eau (notre région connaît depuis plusieurs années déjà des situations de sécheresse structurelles), et augmentation de la propagation de maladie portées par les insectes, notamment. Rappelons ici au passage que de nombreux scientifiques établissent un lien au moins indirect entre les atteintes à la biodiversité (braconnage, déforestation) et l’apparition de nouveaux virus engendrés par zoonose comme le Sars-Cov-2.

La société civile est de plus en plus consciente de ces enjeux. Les marches pour le climat, les mouvements de jeunesse, les associations et ONG ont contribué à faire connaître et affirmer la priorité de ces questions (plus de deux millions de signataires pour la pétition “L’Affaire du siècle”, par exemple). Les étudiants ne sont pas en reste, en “refusant de contribuer par leur travail à l’accélération des crises environnementales et sociales et souhaitant mener une activité professionnelle cohérente avec l’urgence écologique” (l’Appel pour un réveil écologique compte déjà plus de 32 000 signataires et concerne 400 établissements en Europe). Les consommateurs eux-même se déclarent beaucoup plus sensibilisés, affirmant de plus en plus leurs préférences pour l’alimentation bio, les produits issus de circuits courts, les marques les plus respectueuses de l’environnement. Les entreprises de notre territoire doivent donc aussi prendre en compte ces tendances de fond !

Réinvestir la Planification 

C’est le propre des entreprises d’appréhender et de trouver des réponses à ce type de contrainte, et même de s’en saisir pour les transformer en opportunités, et de le faire mieux que leurs concurrents ! Mais ces mêmes entreprises ont besoin de visibilité, d’une stratégie claire, globale et cohérente, de long terme pour pouvoir y inscrire leurs propres stratégies de développement, programmer leurs investissements. Or, et c’est tout le paradoxe de notre situation, les entreprises et les banques les plus éclairées et conscientes de ces enjeux appellent justement les autorités publiques à de nouvelles formes de régulation ! Elles le savent, le “business as usual” est incapable d’appréhender les défis du changement climatique, les “externalités négatives” comme les pollutions diverses ou les émissions de CO2 n’entrant pas dans leur champ comptable. En la matière, il revient donc à la force publique d’agir et d’affirmer des orientations fermes et contraignantes, et surtout de réduire les incertitudes pour faciliter la bonne marche des acteurs économiques.

L’Histoire est riche d’enseignements à cet égard. Dans un papier récent, le grand historien Patrick Weil rappelle que lors de la première guerre mondiale, jusqu’à l’issue de la seconde, l’Etat a su mettre en place une forme de planification : “dans l’administration, il y avait encore beaucoup d’ingénieurs et au sein du gouvernement, des personnalités qui surent prendre des tournants immédiats et radicaux. La réquisition puis la planification ne leur firent pas peur, pas plus qu’au patronat, à qui elle signifiait que l’entreprise devait songer, au-delà de la satisfaction de ses actionnaires, à sa responsabilité sociale. (…) Aujourd’hui, le chômage de masse n’attend même pas la victoire contre la pandémie pour exploser, tandis que se profile à l’horizon une nouvelle guerre de l’humanité contre un ennemi commun, le réchauffement climatique. La planification doit redevenir non le cadre de toute l’action économique mais, selon la méthode de Monnet, une coopération dans des secteurs-clés, décisifs aujourd’hui pour l’emploi et le climat.”

Vers une nouvelle économie industrielle

S’agissant par exemple de l’industrie, un consensus semble se dégager, à l’occasion de l’épidémie de Covid-19, pour affirmer que la relocalisation des activités productives est une nécessité pour notre pays et pour l’Europe. En ce sens, nous vivons maintenant une fenêtre d’opportunité exceptionnelle, qui peut permettre dans le même temps à cette industrie nationale et européenne d’opérer sa transition écologique. Cela étant, il va nous falloir gérer cette mutation dans un contexte de ressources énergétiques, matérielles et financières anémiées. C’est toute la difficulté de la phase qui s’ouvre. Comment donc l’appréhender ?

Trois séries de causes peuvent être évoquées pour expliquer la déshérence industrielle de la France. La première est liée à la dynamique des gains de productivité dans l’industrie : ceux-ci font que l’on produit la même valeur ajoutée avec des ressources humaines moindres. C’est ce qu’explique le prix Nobel d’économie Paul Krugman : la destruction d’emploi dans l’industrie vient du fait que l’on produit autant avec moins d’hommes. La deuxième série de causes a trait à la non-soutenabilité en France et en Europe des activités productives intenses en travail. En effet, dès que l’on parle de production de masse à faible valeur ajoutée, les coûts salariaux des pays d’Europe occidentale ne sont pas compétitifs par rapport à ceux de l’atelier du monde qu’est devenu la Chine. Enfin, la troisième série de causes concerne les trajectoires économiques divergentes des pays de la Zone Euro. Celle-ci n’est pas suffisamment intégrée, notamment en termes budgétaires, et immanquablement se font jour des pays du Sud qui consomment et accueillent des touristes, et des pays du Nord qui produisent cher des biens pour l’exportation qui valent chers. C’est trois séries de facteurs ont décimé l’industrie française.

Mais cette dernière fait aujourd’hui face à un enjeu encore plus crucial, existentiel pour l’avenir de nos sociétés : le verdissement de ses process. La situation actuelle se caractérise par une sous-traitance de l’activité industrielle à la Chine et aux pays à bas coûts, et donc une externalisation de nos émissions de gaz à effet de serre. Il nous faut donc rapatrier ces activités chez nous, et les verdir dans le même temps. Par ailleurs, l’explosion du chômage qui suit l’épidémie de Covid va impliquer une réorientation de l’offre de travail vers les secteurs clés de la transition écologique, par exemple la rénovation thermique des bâtiments, ou encore l’agriculture. Pour piloter cette transformation, rien ne se fera sans un effort conséquent de planification, dans la tradition du Commissariat Général au Plan. Tout cela devra s’opérer avec une demande dépréciée qui va se traduire par des débouchés moindres pour l’industrie. En même temps, cela est une chance, un aiguillon pour réorienter la consommation dans une logique de sobriété en phase avec ce que nos écosystèmes peuvent supporter.

Nos propositions pour la transition écologique régionale

C’est donc bien à une nouvelle forme de planification et à de nouvelles régulations que nous appelons aujourd’hui. Elles doivent prendre forme dans le cadre d’un développement économique décentralisé qui, depuis la loi Notre, s’appuie sur les deux piliers que sont la Région et les Métropoles. Nous sommes convaincus que la crise du Covid-19, qui appelle un soutien nécessaire de la collectivité auprès des branches et des entreprises les plus touchées, offre justement l’opportunité de mettre en place de nouvelles orientations capables de prendre en charge les enjeux écologiques, qui représentent la plus forte menace pour nos société, à moyen terme. 

Pour cela, plusieurs leviers devraient être actionnés, simultanément : 

Dans le domaine de la formation et des ressources humaines : 

  • Réorienter le Plan de formation régional en investissant massivement dans la formation professionnelle des personnes qui vont perdre leur emploi, pour réorienter cette force de travail vers les secteurs de la transition écologique. La bonne nouvelle étant que la transition écologique devrait se solder par une création nette d’emploi, via la relocalisation d’activités et le développement de nouvelles filières (recyclage, réemploi, travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments existants, etc.). On pourrait par exemple s’inspirer du programme ECECLI qui, a recensé, qualifié et quantifié les nouveaux métiers de la transition écologique ainsi que l’évolution des métiers existants, par grands secteurs, pour la région Ile-de-France. Mené en collaboration avec les branches professionnelles, ce travail permettrait de dégager une stratégie partagée des enjeux des grandes secteurs d’activité.
  • Assumer les pertes d’emploi dans les secteurs les plus émetteurs de Gaz à Effet de Serre. Ceci est clairement le cas dans l’automobile : l’électrification du parc n’aura qu’un impact limité en matière d’émissions de GES si la taille du parc n’est pas revue à la baisse. La diminution du poids des voitures et une diminution de moitié du parc de voitures disponibles doivent être un objectif politique. A ce sujet, le pôle “Véhicule du futur” a un rôle essentiel à jouer, mais il devra intégrer beaucoup plus fortement les objectifs de neutralité carbone et de sobriété. Il est par exemple inutile de développer le véhicule autonome aujourd’hui si son modèle économique ne prévoit pas, dès l’origine, que ce sera un véhicule partagé (risque d’effet rebond).
  • Créer une filière de formation initiale et continue de haut niveau pour les cadres industriels sur le management de la transition écologique dans l’industrie.

Dans le domaine réglementaire :

  • Renforcer les contrôles liées aux normes et règles environnementales actuelles. Cela est  vertueux pour l’environnement, et dans le même temps protège le marché intérieur : les produits manufacturés issus de Chine ou d’Asie du Sud-Est, pour peu qu’on les contrôle vraiment, ne sont la plupart du temps pas au niveau des standards demandés. 
  • Renforcer le champ et les obligations liées à la Responsabilité Elargie des Producteurs (REP) pour renchérir de façon considérable l’usage des produits low-cost importés, et rendre plus accessible les produits à durée de vie longue ou réparables. Cela solvabiliserait immédiatement les filières de réemploi.

Dans le domaine de la planification industrielle du territoire :

  • Augmenter sensiblement, à travers un effort de planification, les investissements productifs publics bas carbone, en créant une société d’équipement régionale qui s’appuie résolument sur les outils financiers mis à disposition par l’Union Européenne. La transition écologique nécessite des investissements publics et privés importants. Or, ces dernières décennies, les plans d’ajustement structurels ont justement conduit à réduire l’investissement public. Dans une logique de planification, il est au contraire indispensable de programmer ces investissements bas carbone, via par exemple une société mixte permettant de conjuguer capitaux publics et privés.
  • Prise de participation directe du Conseil régional et des métropoles dans les entreprises clés de la transition écologique du territoire, pour peu qu’elles aient leur centre de décision sur la région. Cela est essentiel pour orienter les stratégies industrielles et économiques vers la transition bas carbone, de manière cohérente et organisée.
  • Orienter la commande publique en renforçant la pondération des critères environnementaux dans les appels d’offres.

Dans le domaine du financement :

  • Ne plus soutenir avec de l’argent public aucun projet d’innovation ou d’investissement qui ne soit pas, sur la base d’une évaluation ex-ante, compatible avec l’objectif de la neutralité carbone en 2050. Faire de même avec les Prêts Garantis par l’État (PGE) et autres outils financiers spécifiques à la période Covid. Comme l’affirme la Convention citoyenne pour le Climat, il faut  cesser de soutenir “l’innovation pour l’innovation”. Il ne s’agit pas de contrôler ex-ante toute innovation : simplement, une innovation ou un investissement industriel qui ne répondra pas aux objectifs de neutralité carbone ne pourra dorénavant plus bénéficier du soutien financier public (fonds régionaux, appui des dispositifs territoriaux comme les incubateurs, BPI). Nous affirmons ainsi le rôle indispensable de la collectivité d’orienter le développement économique en faveur de la transition, ce que le marché est aujourd’hui incapable de faire, seul.
  • Cette approche sélective des projets bénéficiant d’un soutien public devra être étendue à tous les leviers d’action en faveur des entreprises, en particulier à l’échelle locale. Les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC) devront par exemple intégrer l’impératif de neutralité carbone dans l’évaluation des projets proposés, y compris en aval, au niveau du consommateur (par exemple : le nouveau commerce implanté devra proposer une solution de réemploi / réparation / recyclage et intégrer une chaîne régionale dédiée).
  • Œuvrer au circuit local de l’argent en multipliant les véhicules d’investissements de proximité (fonds, CIGALES, sociétés de capital-risque régionales). Les monnaies locales complémentaires devront également être beaucoup plus soutenues qu’elle ne le sont aujourd’hui : elles sont des leviers décentralisés très efficaces pour favoriser des chaînes d’approvisionnement et de distributions locales. 

Les questions fiscales sont essentielles pour réorienter l’économie. Même si elles ne sont pas du ressort de la Région, nous ajoutons deux actions supplémentaires dans ce domaine :  

  • Relancer la taxe carbone, en la ciblant uniquement sur les entreprises, pour que les solutions de sobriété deviennent plus rentables que les solutions carbonées, et en affecter les produits à l’accès des ménages modestes aux modes de vie bas carbones.
  • Réorienter la fiscalité afin de renforcer le coût du capital, et diminuer le coût du travail, pour rendre plus compétitives les solutions peu intenses en capital mais intenses en main d’œuvre. C’est la voie pour modérer l’innovation technologique qui cherche à substituer la main d’œuvre humaine par des solutions techniques : une piste essentielle vers la sobriété et de création d’emplois.

Les échelons européens, nationaux et régionaux sont étroitement imbriqués. On ne peut parler de l’un sans faire appel à l’autre. Nos propositions pour la région ont donc nécessairement des résonances nationales ou européennes.

Ces quelques propositions méritent d’être affinées, précisées, chiffrées. Il nous semblait important, à ce stade, de répondre à l’appel à contributions lancé par l’Etat et le Conseil Régional Grand-Est à l’occasion du Business Act, en posant les quelques jalons de ce que devrait être, selon nous, un développement économique régional pleinement orienté en faveur de la transition écologique. 

La crise du Covid-19, qui hélas en présage d’autres, nous offre justement l’opportunité de sortir d’un modèle de développement délétère et de mettre en place les bases d’une société bas-carbone. Ce choix de société doit d’abord être un choix démocratique, qui dépasse largement les cercles entrepreneuriaux, pour engager ensemble entreprises, collectivités, et associations, chefs d’entreprises et syndicats, consommateurs et citoyens, vers un avenir viable et désirable.