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Revue de projets #20 : SOS Futur

Rendre les nouvelles technologies accessibles à tous, et ce de manière écoresponsable. Telle est l’ambition de SOS Futur, société de services informatiques basée à Nancy et membre de Kèpos. Pour en parler, nous vous proposons une rencontre avec Martin Thiriau, son dirigeant et fondateur.

Qui êtes-vous ?

Je suis Martin Thiriau, cofondateur de SOS Futur. Diplômé de l’ICN Business School et de l’École des Mines de Nancy, j’ai souhaité dès ma sortie d’école réduire la fracture numérique et aider ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies. En effet, très attiré par les nouvelles technologies dès mon plus jeune âge, j’ai très vite remarqué que l’évolution fulgurante de celles-ci allait poser beaucoup de problèmes à de nombreuses personnes. Au début très éloigné des questions environnementales et énergétiques liées à ces technologies, je suis maintenant pleinement conscient de ces problématiques et m’efforce de concilier le numérique avec l’éthique et l’utilisation écoresponsable.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de SOS Futur ?

SOS Futur est né officiellement en juillet 2016, notamment grâce à des structures comme l’École des Mines et le PeeL (Pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine). Au début nous étions deux et tournés essentiellement sur de l’assistance à distance et un peu de développement logiciel, depuis un petit bureau à l’École des Mines. Nous avons progressivement agrandi notre champ d’action avec de la réparation en atelier et de l’intervention à domicile. Les locaux devenant trop petits et trop compliqués d’accès, nous avons déménagé là où nous sommes encore actuellement, dans le quartier des III maisons à Nancy. C’est à partir de là que nous avons véritablement enclenché la croissance et la diversification de notre activité: assistance, réparation, vente, location, formation, infogérance, gestion de parc informatique, fournisseur d’accès internet et télécoms, éditeur de logiciel web (type CRM, logiciel de caisse, gestion de caméras de sécurité…), hébergement de serveurs et de solutions informatiques, développement web et logiciels et dernier né, un studio photo/vidéo avec prestation d’enregistrement et de diffusion en direct audio/vidéo d’évènements et de conférences. Nous sommes maintenant 8 personnes.

Comment définissez-vous la mission de SOS Futur ?

Depuis le départ, SOS Futur veut vulgariser les nouvelles technologies à tous afin que plus personne ne « subisse » ces technologies. En effet, les nouvelles technologies sont un véritable atout au quotidien si on sait les utiliser, et surtout si on sait les utiliser correctement, c’est-à-dire de manière éthique et écoresponsable. Nous sommes donc là pour accompagner les personnes et les organisations en trouvant des solutions à leur besoin en matière de numérique, en proposant notamment une formation pratique, éthique et responsable à l’utilisation de ces solutions.

Quels sont selon vous les grands enjeux énergétiques et écologiques du numérique ?

Longtemps ignorés, les conséquences environnementales du numériques ne sont plus à prouver. Mais si certains en doutaient encore, il suffit d’aller voir les différentes études du Think Tank « The Shift Project » pour voir l’impact croissant de ce secteur dans des pollutions diverses. Deux aspects sont à différencier, la consommation énergétique liée à la production d’un côté, et celle liée à l’utilisation de l’autre. La seconde a dépassé la première depuis peu en termes de pourcentage (55% vs 45%). Au vu du développement toujours plus soutenu du numérique, il est indispensable de réfléchir et d’agir sur ces 2 aspects, car ce rythme actuel n’est pas tenable sur le moyen terme.

Vous travaillez de plus en plus sur la question du numérique responsable. De quelle manière ?

SOS Futur s’efforce de travailler sur les deux tableaux.

D’un côté, pour diminuer « la production », plusieurs actions sont réalisées. La première chose est d’analyser précisément les besoins clients et de choisir des solutions PROPORTIONNÉES, MODULAIRES, ÉVOLUTIVES et FACILEMENT RÉPARABLES ! En effet, notre société à une forte tendance à vendre des solutions beaucoup trop performantes pour les besoins, et les clients n’utilisent qu’une faible partie des capacités des machines. De même, certains constructeurs rendent de plus en plus difficile, voire impossible, la réparation de leur appareil ou l’évolution de certains de ses composants. Du coup, à chaque panne, il faut changer d’appareil… Mais l’obsolescence programmée est aujourd’hui en partie logicielle, c’est aussi pourquoi nous favorisons quand cela est possible des systèmes libres et durables dans le temps. Ensuite, nous essayons de reconditionner au maximum les matériels afin de diminuer l’utilisation de composants neufs. Nous sommes également là pour conseiller au mieux les organisations dans leurs approvisionnements en matériels numériques sur toutes ces questions éthiques et responsables.

Concernant « l’utilisation », nous avons une grosse brique formation sur les conséquences des usages du numérique, et notamment du mail par exemple. Répondre à un mail groupé est-il nécessaire ? Garder un mail vieux de 3 ans est-il pertinent ? Il y a énormément de choses « basiques » sur lesquelles on peut jouer. Les gens non formés ne se rendent pas compte de l’impact de ces actions prétendument « dématérialisées ». Il est donc très important de faire de la prévention là-dessus. De même, nous essayons de privilégier des solutions logicielles adaptées, susceptible d’être plus « légères » sur les serveurs et moins énergivores. Enfin, pour lutter contre l’obsolescence logicielle, nous utilisons quand cela est possible des logiciels libres.

Vous avez déployé pour Kèpos un système d’information partagé open source nommé Nextcloud. Quel est le l’intérêt d’un tel outil ?

En effet, cet outil est une plateforme collaborative qui permet de regrouper beaucoup de fonctionnalités en un seul endroit : drive personnel et partagé, gestion des contacts et des calendriers, accès aux mails, solutions d’édition de documents, de tableurs et de présentations collaboratives, et plein d’autres outils pour la gestion de projets en équipe. Le fait d’utiliser une solution libre représente beaucoup d’avantages.

D’une part, d’un point de vue éthique. Le principal avantage est que l’on auto-héberge les données, c’est-à-dire que l’on a la maîtrise totale de l’endroit où sont stockées nos données. Elles nous appartiennent et seules les personnes autorisés y ont accès. Les grosses entreprises du secteur n’en font donc pas ce qu’elles veulent. Ensuite, cette licence AGPL permet d’être sûr que cet outil ne sera jamais commercialisé ni propriétaire. Nous avons donc l’assurance que l’on pourra toujours maîtriser cette solution.

D’autre part, d’un point de vue pratique. Cette solution est collaborative, donc n’importe quel développeur peut proposer des améliorations et des nouvelles fonctionnalités. C’est une solution modulaire, c’est-à-dire qu’on n’active et on n’installe que ce qui est nécessaire.

Enfin, d’un point de vue énergétique, cette solution est beaucoup moins gourmande que les solutions propriétaires type Google Drive, Amazon ou Microsoft, et la consommation du serveur est entièrement gérée par nos soins. Nous ne mettons donc que l’essentiel, et le serveur est basé en France. Nous maîtrisons donc toute la chaîne.

La crise sanitaire et les mesures restrictives de type confinement viennent renforcer l’intérêt du numérique pour maintenir du lien, notamment via le déploiement du télétravail. Comment intervenez-vous en support de ces nouveaux usages ?

Le numérique est indispensable aujourd’hui, et encore plus dans une situation comme celle que l’on rencontre actuellement. SOS Futur accompagne les particuliers, notamment les seniors, en les formant sur des outils de type tablettes, pour qu’ils puissent utiliser les applications de messagerie instantanée afin qu’ils restent en contact avec leur famille et leurs proches. Nous mettons également en place des systèmes rapides de réparation ou d’amélioration des machines. La location de matériel est également favorisée durant cette période.

Pour les professionnels, SOS Futur les accompagne dans la mise en place de solutions de télétravail, avec la mise à disposition de matériel supplémentaire, l’installation de solutions collaboratives propriétaires ou open-source, avec un fort accent sur la sécurisation des données.

Merci !

Revue de projets #19 : Vêt Ethic

Vêt Ethic est une boutique de commerce équitable vestimentaire, à Nancy, qui vient de fêter ses 10 ans en emménageant dans un nouveau local. A l’occasion, cette SCIC lance un financement participatif avec l’appui des équipes de Kèpos L’occasion de découvrir l’histoire et l’action de ce pionnier de la mode durable en Grand Est avec son dirigeant, Pascal Didier.

Qu’est-ce que Vet Ethic ?

Vêt Ethic est une boutique coopérative (Société Coopérative d’Intérêt Collectif – SCIC) qui diffuse du textile issu du commerce équitable. Une mode éthique qui respecte ses producteurs et qui leur permet de vivre décemment de leur travail, qu’ils produisent en Inde ou dans les Vosges. L’entreprise appartient à un collectif de sociétaires, qu’ils soient salariés, usagers, bénévoles ou partenaires.

Quelle est son histoire ?

L’aventure Vêt Ethic a démarré en 2008, lorsqu’une petite bande d’amis se lançait dans un pari qui semblait un peu fou : créer et faire vivre une boutique dédiée au commerce de vêtements équitables sur Nancy. L’objectif était de démontrer qu’il est possible de concilier mode vestimentaire et respect des travailleurs et de l’environnement. Le choix d’un statut coopératif s’impose naturellement : il permet une gouvernance qui associe salariés, clients coopérateurs et partenaires, tout en garantissant que le respect des valeurs passe avant les bénéfices financiers. Avec 103 sociétaires en 2020, le pari est largement rempli.

La boutique fête ses 10 ans en 2020 et déménage en plein centre ville dans un local de plus de 100m². Cette énergie collective ne sera pas de trop pour relever les défis que l’équipe s’est fixée : profiter de la surface de vente supplémentaire pour étoffer l’offre en vêtements et alimentaire solidaire. Et nous menons de front nos autres projets, comme l’organisation avec le COLECOSOL Grand Est (Collectif pour la Promotion du Commerce Equitable et de la Consommation Responsable) du marché de noël équitable de Tomblaine, qui aura lieu les 19 et 20 décembre 2020. Nous sommes donc ouverts depuis le 5 septembre au 109B rue Saint-Dizier.

Comment percevez-vous les attentes des consommateurs en matière de mode durable ?

Les attentes sont ambivalentes, et parfois difficilement conciliables, par exemple la conjonction d’une matière écolo, d’une fabrication française éthique et d’un prix bas. Il y a donc encore un gros effort pédagogique à faire, nous sommes bien un acteur d’éducation populaire.

Vous tentez d’allier commerce équitable, souci pour la planète, gouvernance partagée : jusqu’à quel point cela est-il conciliable ? Peut-on tout faire à la fois ?

On a essayé d’être le plus cohérent possible, c’est pour cela que nous avons opté pour le statut coopératif. Le commerce équitable se décline en 2 versions : Nord /sud avec des matières écolos, mais des déplacements longs et peu écologiques, et de l’autre côté le commerce équitable France, avec des produits fabriqués plus près de chez nous, mais pas toujours avec des matières saines et une gouvernance capitaliste.

Vous emmenagez dans une nouvelle boutique à Nancy ? Parlez-nous un peu de ce projet !

Nous sommes déjà dans notre nouvelle boutique au 109B rue Saint-Dizier depuis le 5 septembre 2020. Nous avons trouvé un local plus spacieux et plus visible pour pouvoir élargir nos gammes de produits et mieux mettre en valeur les vêtements. Nous étions très attachés à l’ancien magasin, mais il était temps d’évoluer. Cette année nous avons fêté les 10 ans de la coopérative, l’emménagement est donc une belle façon de fêter notre anniversaire !

Pour financer cette étape importante, vous menez une campagne de financement participatif. Pourquoi ?

Nous avons lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Zeste pour financer tous les frais liés au projet de déménagement de la boutique. Le local rue Saint-Michel faisait environ 40m² et nous passons aujourd’hui à plus de 100m² de surface de vente. Il nous faut donc faire les travaux (électricité, peinture, sécurité, etc), acheter du mobilier, se mettre aux normes pour les personnes à mobilité réduite et aménager correctement le nouveau magasin. Cette campagne nous évite d’avoir recours à l’emprunt bancaire et nous permettra d’évoluer, d’agrandir nos gammes de produits équitables et de proposer toujours plus de mode éthique à Nancy et dans la région. Le financement à débuté le 18 août et prendra fin le 29 septembre prochain.

Merci !

Revue de projets #18 : Ophélie Benito et la collection Mollis

Ophélie Benito est une jeune designer, conceptrice de la Collection Mollis, une gamme d’objets enveloppants dédiée au soin. Membre de Kèpos, elle nous expose sa vision du design comme étant au service des hommes et des territoires.

Qui êtes-vous ?

Je suis Ophélie Benito. Je suis designer de formation et ce qui m’anime, c’est de pouvoir mettre ma créativité et mes compétences au service de l’humain pour améliorer son quotidien. Par ailleurs, le fait de développer des solutions en circuit court et avec des matériaux naturels du territoire est un enjeu important dans chacun de mes projets.

Je suis, depuis 2017, créatrice de la Collection Mollis, une gamme d’objets enveloppants et apaisants composés en majeure partie de laine de mouton biologique de lorraine. Diplômée en design de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design (ENSAD) de Nancy, j’ai également un master de design global spécialisé dans les procédés de fabrication et les matériaux. Ces deux formations, ainsi que les stages que j’ai pu effectuer, notamment chez MateriO à Paris, m’ont permis d’apprendre à créer et fabriquer des projets qui remettent l’utilisateur au centre des réflexions, ainsi qu’à engager les ressources les plus adaptées, dans des conceptions durables et respectueuses de l’environnement.

Comment en êtes-vous arrivée à imaginer la Collection Mollis ?

La Collection Mollis est née d’une réflexion qui a débuté lors d’un atelier étudiant collectif nommé « Care », centré sur l’éthique dans les lieux de soin. À cette occasion, j’ai visité un institut médico -éducatif qui accueillait des enfants atteints de troubles du spectre autistique, et ai observé leur quotidien dans l’établissement. J’ai découvert, dans ces lieux de vie et de soin souvent froids et aseptisés, un réel besoin de soutien et de solutions humanisantes pour les professionnels et les habitants.

Les enfants entraient régulièrement en crise liées à divers facteurs, aggravés par un environnement anxiogène. Toutes les solutions qui leurs étaient proposées étaient curatives et souvent situées dans des salles accessibles uniquement sur rendez-vous. Ainsi a débuté, avec les soignants, une réflexion sur la création de solutions préventives plus accessibles et plus résilientes pour réhumaniser ces lieux d’accueil, au sein desquels les matières naturelles sont absentes et manquent. Avec les premières recherches et les premiers essais en équipe, j’ai réalisé que l’enveloppement et la compression apaisait efficacement ces bénéficiaires. Puis, j’ai recherché les ressources humaines et matérielles du territoire à même de répondre à ces problématiques. C’est en rencontrant la Filière laines ainsi que différentes entreprises locales et chantiers de réinsertion professionnelle que les objets ont vu le jour. La découverte des qualités techniques et sensorielles de la laine de mouton a été déterminante pour la naissance du projet, c’est sur ces caractéristiques que s’appuie aujourd’hui la Collection Mollis.

Qu’est-ce que propose la Collection Mollis, et à qui s’adresse-t-elle ?

La Collection Mollis est une gamme d’objets « mous », enveloppants, doux et lourds, qui tendent à améliorer la qualité de vie de personnes fragiles par un accompagnement physique et psychique grâce à des ressources locales et naturelles telle que la laine de mouton. Envelopper avec ou sans compression, entourer le corps et l’humain pour apaiser par une étreinte contrôlée, tels sont les modes de fonctionnement des coussins et supports de la Collection Mollis. Chaque objet est conçu pour s’adapter à toutes les postures et pour être utilisé seul ou avec les autres solutions de la gamme.

Elle s’adresse en tout premier lieu aux personnes fragiles vivant ou étant de passage dans des lieux d’accueil du secteur médico-social (MAS, IME, EHPAD), mais également au grand public. En effet, au fil du développement du projet, j’ai remarqué que les solutions low tech que je met en place ont un impact positif sur la santé et le quotidien de personnes en perte d’autonomie ou avec des particularités, mais intéressent aussi beaucoup le grand public et peuvent l’accompagner au quotidien.

La Collection Mollis existe également pour s’adapter aux besoins spécifiques. C’est pourquoi je suis en capacité de proposer des prestations de design d’espace ou d’objets, ainsi que des animations, afin d’adapter un lieu à recevoir les solutions de la Collection, ou d’adapter les objets à des besoins très précis.

Tous vos matériaux sont bio-sourcés et produits en local : quel est l’intérêt d’une telle démarche ?

La démarche de faire appel à des ressources humaines et matérielles locales a été la mienne pour plusieurs raisons. La première réside tout simplement dans mes convictions. La Collection Mollis a pour fondation la notion de Care (éthique du soin). Ne pas prendre soin des humains et du territoire dans mon développement aurait été contraire à l’éthique du projet. Aussi, je crois au fait que tout créateur de produit, peu importe sa visée, doit, et cela fait partie de son travail de recherche et développement, penser à la durabilité, au choix des matériaux les plus adaptés et les plus accessibles, ainsi qu’à l’impact environnemental de sa solution. Cela fait partie du travail de création.

J’ai utilisé la laine, le blé et le textile de coton des Vosges, non pas uniquement pour faire avec les ressources naturelles du territoire, mais également parce qu’elles correspondaient à ce que je voulais développer, même s’il faut garder à l’esprit que certains matériaux d’origine naturelle peuvent parfois avoir une durabilité et un impact carbone plus négatifs que d’autres ressources.

L’intérêt de cette démarche est à la fois de créer de l’activité locale pour soutenir l’économie, mais également de valoriser ou revaloriser des ressources qui sont souvent méconnues ou sous exploitées sur le territoire. Pour ma part, la connaissance de la Filière laines et du fait qu’il y a encore 5 ans, 99% des dizaines de tonnes de laine de mouton produites dans la région étaient considérés comme des déchets ou vendues à des grossistes à des prix dérisoires pour être exportés en Asie m’a beaucoup touchée. Découvrir la Filière laines et toutes les démarches éthiques mises en place dans la Grande Région a fini de me convaincre d’utiliser ce matériau qui avait déjà les qualités techniques recherchées.

Pour finir, le contact humain direct avec ses fournisseurs et ses fabricants me semble primordial pour développer une solution maîtrisée. Le circuit court est alors, en plus de son faible impact carbone, le meilleur choix.

Comment voyez-vous le rôle du design dans la conduite des transformations de modes de vie et de production impliquées par la transition écologique ?

Les designers d’aujourd’hui sont formés pour repenser les modes de vie et ont toujours été créateurs de nouvelles façons de faire ou de voir les choses. Ils peuvent instiguer le changement. Ce métier a d’ailleurs pour objectif de trouver des solutions, des facilitations et des transformations autour des humains en observant tout un écosystème. Or, si l’on observe les écosystèmes pour trouver des solutions, il me semble difficile de faire ce métier sans être impliqué dans la transition écologique, cela me parait presque obligatoire.

De mon point de vue, les designers ont donc un rôle important à jouer dans la transition écologique puisqu’ils sont à la fois à même de créer de nouvelles solutions pensées pour les humains et dans un environnement, mais également parce que le design est là pour améliorer l’existant. Faire avec l’existant permet de prolonger la durée de vie des objets, des matières et des espaces, ce qui à mon sens est un enjeu primordial. Comme je le disais auparavant, le choix des matériaux, des méthodes et des fabricants fait partie du travail du designer, qui, s’il les maîtrise, peut avoir un rôle important dans la conduite des changements des modes de vie et de production. Je pense enfin que les designers peuvent jouer un rôle important dans la transition en sensibilisant leurs clients, qui peuvent être des grands groupes ou des collectivités. Ils se transforment alors en vecteurs de changements à grande échelle.

Quelles sont les perspectives pour vous et la Collection Mollis ?

Pour moi et pour la Collection Mollis, l’avenir se préfigure entre vente d’objets, prestations de design d’objets, d’espaces et d’éléments graphiques au service du mieux vivre et pour tous. J’envisage un nouveau statut et d’ouvrir une entreprise pour faire changer d’échelle la Collection, afin de pouvoir la proposer plus largement au grand public, aux professionnels et dans les lieux de soin. Cette étape débutera dès la rentrée scolaire, bien que je sois déjà à même d’entamer des opérations dès aujourd’hui. La certification en dispositif médical est également une perspective d’avenir importante pour la Collection, afin d’améliorer son accessibilité.

J’aimerais par ailleurs faire évoluer la Collection Mollis pour la rendre encore plus accessible, l’étoffer et développer de nouveaux produits dédiés à de nouveaux usages ou à des publics précis tels que les mamans et leur bébés. Les solutions créées seront toujours pensées au plus proche des futurs utilisateurs, pour être utiles, flexibles et pour durer au sein de l’habitat.

Merci !

Retour sur projet #1 : les Fermiers d’Ici

Franck Magot, gérant des Fermiers d’Ici, traiteur travaillant quasi-exclusivement avec des produits Bio et locaux à Nancy, avait été interviewé sur ce même blog il y a un peu moins de trois ans. Aujourd’hui, l’entreprise se lance sur de nouveaux marchés (drive fermier, conserverie). L’occasion de faire un point sur le développement de l’activité.

Nous vous avions interviewé il y a plus de deux ans. Quel chemin ont parcouru les Fermiers d’Ici depuis ?

Depuis deux ans, Les Fermiers d’Ici parcourent toujours le même chemin, celui d’une alimentation bio et locale. Deux nouveaux compagnons de route nous ont rejoint, l’équipe des Fermiers d’Ici est désormais constitué de 5 personnes. Ces arrivées ont été nécessaires du fait du développement des l’entreprise. En effet notre activité de traiteur a doublé, nous travaillons maintenant pour des collectivités comme le Département de Meurthe et Moselle ainsi que la Région Grand Est. A cela s’ajoute de nouvelles entreprises du secteur privé.

Depuis 2018, nous avons renforcé nos ambitions liées à la transition écologique. Des efforts supplémentaires vers le zéro déchet ont été réalisée. Et nous privilégions aujourd’hui des viandes provenant d’herbivores qui favorisent la présence de prairies (source de biodiversité et de stockage de carbone).

Quelles sont vos principales fiertés ?

Les Fermiers d’Ici œuvrent à une meilleure cohésion sur le territoire. En se développant, nous offrons aux producteurs des débouchés de plus en plus importants. Nos clients sont très attentifs à cela. Je suis très touché de constater qu’ils y portent un grand intérêt. En effet, lorsque sur un buffet ou lors d’un mariage, nous présentons la ferme d’où vient tel ou tel produit, et les convives s’y intéressent beaucoup.

En revanche, quelles difficultés vous ont marqué ?

La difficulté principale est la structuration d’une jeune entreprise, sans avoir d’expérience dans ce domaine. Les journées et les semaines sont longues, cela peut-être épuisant.

Vous êtes un des fondateurs de Kèpos. Que vous a apporté cette SCIC depuis sa création ?

Kepos, est pour moi, un réseau d’entraide. Tout d’abord entre entrepreneurs, nous pouvons partager de bonnes idées. C’est aussi du soutien de la part de l’équipe de salariés, qui peut répondre à nos questions/ nos doutes. En ce qui concerne Les Fermiers d’Ici, c’est aussi des compétences complémentaires fiables. Que ce soit chez les entrepreneurs membres ou via les prestations que proposent la SCIC, nous sous-traitons en toute confiance une partie des missions pour lesquelles nous ne sommes pas compétents.

Aujourd’hui, les Fermiers d’Ici se lancent sur de nouvelles activités. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous avions dans nos cartons un projet de conserverie. Idée que nous avons mise en route durant la crise du Covid. Nous sommes accompagnés en cela par la Serre à projets. A ce jour, il s’agit de cuisiner des plats préparés (tajine d’agneau, risotto au quinoa….) et de les pasteuriser en bocal. Ces bocaux sont d’ailleurs consignés. Nous avons conçu des recettes adaptées à un régime flexitarien et végan. Nous sommes en cours de labellisation Bio. Pour une, deux ou trois personnes, ces bocaux artisanaux sont idéaux pour se faire plaisir tout en respectant ses valeurs. Vous n’avez qu’à ouvrir le bocal, mettre à réchauffer et déguster ! A ce jour, il est possible de commander nos bocaux via notre site internet. Bientôt, nous espérons proposer ces bocaux dans des magasins spécialisés comme Biocoop, ou encore Day by Day .

Par ailleurs, durant le confinement lié au Covid, nous avons été appelés pour réaliser des livraisons de légumes, fruits, produits carnés et laitiers. Nous avons donc mis en place un service de drive et de livraisons, accessible également depuis notre site internet. Nous y proposons les produits de nos producteurs.

Plus globalement, comment appréhendez-vous votre activité dans le contexte du Covid et de sa suite ?

La crise du Covid a durablement affecté notre activité de traiteur, qui était lié à de plus ou moins grosses réunions de personnes (mariage, réunion de travail, réception…). Nous sommes dans l’obligation de repenser notre métier. Mais durant le confinement lié au covid, j’ai néanmoins pu constater que les drives de producteurs ont bien fonctionné. Cela prouve un intérêt grandissant pour le type de produits Bio et locaux avec lesquels nous travaillons.

Merci !

Revue de projets #17 : l’industrie en transition avec Holimaker

Aurélien Stoky est le créateur de la société Holimaker, mambre de Kèpos, qui propose des micro-solutions industrielles de revalorisation de la matière. Une offre tout à fait pertinente pour œuvrer à la transition dans l’industrie !

Qui êtes-vous ?

Je m’appelle Aurélien Stoky, j’ai 28 ans, je suis le dirigeant de l’entreprise HoliMaker. Je pense me définir comme un rêveur pragmatique. J’ai toujours plein d’idées dans la tête qui partent dans tous les sens, mais j’arrive néanmoins à me canaliser, prendre du recul et passer à l’action pour que ces idées deviennent réalités. Je suis un grand adepte du « pourquoi pas » : essayer des solutions qui semblent impossibles, prendre des décisions en conséquence et repousser les limites. Enfant et adulte à la fois, j’aime beaucoup rire, je suis très curieux et je suis un grand fan de l’émission « C’est pas Sorcier ».

Quel est votre parcours : comment en êtes-vous arrivé à créer HoliMaker ?

J’ai toujours été fasciné par le travail des matériaux. Etant petit, je démontais tous les objets autour de moi pour comprendre comment ils fonctionnaient, comment ils avaient été fabriqués (et je ne savais pas toujours les remonter). J’ai désiré allier mes études avec le travail manuel en réalisant un BAC STI en Génie des Matériaux au lycée Loritz à Nancy. Ces 2 années m’ont permis de découvrir la céramique, la fonderie, les composites, mais également l’injection plastique. Suite à ce diplôme, je souhaitais travailler car j’avais quelques difficultés à me concentrer sur la théorie scolaire. Je rêvais de devenir « soudeur ». J’ai donc décidé de réaliser un BTS en Chaudronnerie par alternance au CFAI de Maxéville (54) ainsi que dans l’entreprise Fives Cryo à Golbey (88). Ayant la soif d’apprendre d’avantage la fabrication des objets, j’ai poursuivi mon alternance dans cette entreprise en réalisant un diplôme d’Ingénierie de la Conception de l’Ecole des Mines de Nancy à l’InSIC de Saint-Dié-des-Vosges (88). L’alternance a été pour moi une réelle opportunité qui m’a permis de travailler sur des sujets passionnants. J’ai ensuite continué l’aventure chez Fives Cryo en tant qu’ingénieur dans le bureau d’étude.

En 2016, j’ai commencé à m’intéresser à la permaculture, à la relation possible des éléments dans un écosystème, et j’ai passé un diplôme en design de milieu permaculturel en parallèle de mon travail. J’ai eu à ce moment l’idée de développer un « parc d’expérimentation » en permaculture que j’ai présenté devant la Chambre d’Agriculture. J’ai failli passer un BP REA (Responsable d’Exploitation Agricole) jusqu’au moment où je me suis rendu compte que je pouvais apporter plus efficacement ma pierre à l’édifice grâce à un domaine qui me passionne : le travail des matériaux.

Parmi les matériaux, vous vous intéressez plus spécifiquement au plastique. Pourquoi ?

La matière plastique est pour moi une matière formidable : l’alliance entre la légèreté, la résistance mécanique et chimique, et modelable à la forme souhaitée. Cependant, cette matière provient en grande partie d’une ressource fossile qui est le pétrole, qui met plus de 60 millions d’année pour être fabriquée par notre planète (nous consommons aujourd’hui une ressource qui date de la disparition des dinosaures !) et qui est au centre de certaines guerres. En parallèle, la France à elle seule produit chaque année plus de 3,7 millions de tonnes de déchets plastiques qui ne sont pas recyclés, cela représente à peu près 3 fois la taille de la pyramide de Khéops en ressources non valorisées !

Mais pourquoi cette matière n’est-elle pas plus recyclée ?

Le plastique est actuellement peu recyclé pour de nombreuses raisons comme les coûts de transport des déchets, la difficulté de gérer des milliers de gisements différents, l’apport énergétique intéressant lié à sa combustion,… Une autre de ces raisons est la méconnaissance du fonctionnement de la transformation de cette matière, qui est difficile à appréhender, et donc difficile à réaliser localement : 10 000 fois plus visqueuse que l’eau, il ne suffit pas de la verser pour fabriquer un nouvel objet ! Suite à ce constat, j’ai décidé de fabriquer une machine pour sensibiliser au recyclage de la matière plastique et montrer que l’économie circulaire est possible. J’ai ainsi quitté mon emploi dans cette entreprise qui m’a accompagné durant 7ans en août 2016 afin de me consacrer à plein temps à HoliPress : une presse à injection plastique manuelle.

Pouvez-vous nous présenter HoliPress ? Quel est son intérêt ?

HoliPress est un appareil qui fond la matière plastique et l’injecte dans un moule grâce à la force manuelle. Elle permet de prototyper et de produire en petites séries des pièces de qualité industrielle dans de nombreux domaines :

  • Ingénierie et design de produit (mécanique, horlogerie, automobile, électronique,…)
  • Santé et industrie pharmaceutique
  • Communication
  • Education et formation

HoliPress combine la productivité et la qualité de l’injection plastique industrielle avec la flexibilité de l’impression 3D. Très simple à utiliser, elle permet de passer rapidement de l’idée à l’action tout en revalorisant la matière plastique usagée.

Comment définiriez-vous le métier d’HoliMaker ?

Tout d’abord, HoliMaker vient de « Holi », la vision holistique de notre environnement, l’interdépendance des éléments, la diversité des matières autour de nous. « Maker », c’est le mouvement du « Faire », du passage à l’action, de la fabrication. HoliMaker est une entreprise implantée dans le tiers-lieux Bliiida à Metz et accompagnée par l’incubateur régional The Pool. Chez HoliMaker, nous développons et commercialisons des solutions de micro-industrie permettant de revaloriser différents types de matières. Une de ces premières matières est le plastique via notre solution : HoliPress. Nous proposons également l’animation d’ateliers concernant la revalorisation des matériaux.

Comment voyez-vous les enjeux industriels liés à la transition écologique et aux conséquences de l’épidémie de Covid-19 ?

Selon moi, les enjeux de la transition écologique passent par plusieurs étapes :

  • Réduire notre consommation en ayant des produits de qualité (contrer l’obsolescence programmée)
  • Réduire notre consommation d’énergie en optimisant nos processus industriels
  • Fabriquer localement pour limiter les transports
  • Réutiliser les matières qui sont sur nos territoires

Avec HoliMaker, nous souhaitons répondre à ces enjeux en proposant des machines robustes, éco-conçues, optimisées énergétiquement grâce à un bureau d’étude spécialisé, et permettant de revaloriser les matières (notre broyeuse manuelle permet de broyer la matière plastique pour l’insérer dans HoliPress).

Concernant l’épidémie de Covid-19 qui sévit actuellement, je pense qu’il est important d’être unis, mais agiles également, en relocalisant au maximum nos productions mais également nos développements. Cela est possible via la multiplication de micro-unités industrielles afin d’être plus résilient et gagner en réactivité.

Je crois que nous pouvons tous être acteurs face à la transition écologique mais également face à cette épidémie. Nous devons construire ensemble le « après » mais aussi le « pendant ». Cela s’est d’ailleurs démontré depuis ces dernières semaines où des « makers » fabriquent des masques, des visières de protection et d’autres accessoires aux quatre coins du monde pour lutter contre la propagation du virus.

Merci !