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Revue de projets #21 ; le Laboratoire sauvage

Laurie Targa est l’initiatrice du Laboratoire sauvage, association spécialisée dans la promotion des sciences participatives. Elle nous explique ce que cette expression revêt, et les missions de l’association.

Qui êtes-vous et comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux sciences participatives ?

Je m’appelle Laurie Targa. J’ai terminé un doctorat en biologie cellulaire il y a un an. Au cours de ce travail, j’ai pu faire des formations qui m’ont fait découvrir la médiation scientifique, la zététique, les problématiques d’intégrité scientifique ou encore l’entrepreneuriat.

J’ai été intéressée par de nombreuses ressources invitant à prendre du recul sur les pratiques de recherche, mais il y a un tel écart entre les recommandations que l’on trouve, et la réalité de ce que l’on fait lorsqu’on s’insère dans un grand système déjà lancé, que cela m’a amené à imaginer d’autres moyens de permettre à ces nouvelles pratiques de trouver leur place. J’ai aussi pris conscience que le temps humain était plus précieux et rare que les investissements financiers.

Je suis par ailleurs engagée dans le milieu associatif depuis plusieurs années. J’ai réalisé progressivement qu’il était possible de faire de plus en plus de choses dans des cadres différents avec des valeurs qui pouvaient mieux me correspondre. C’est aussi pour cela que j’ai rejoint Kèpos dès ses débuts. Les sciences participatives se sont alors présentées comme le meilleur compromis pour rendre possible une recherche engagée au sein de la société civile. Après avoir lancé plusieurs projets, je me concentre maintenant sur le développement de l’association Laboratoire Sauvage.

Qu’est-ce que les sciences participatives exactement ?

Les sciences participatives regroupent les projets de recherche qui bénéficient de la participation active de citoyens qui ne sont pas chercheurs de métier, dans au moins une des étapes du projet. Cela se distingue de la sensibilisation, de la vulgarisation ou de la médiation. Nous apprenons les uns des autres en avançant ensemble sur des projets qui nous rassemblent. Il y a de nombreuses façons de participer, tout dépend du projet en question et de l’implication que l’on y met. Cela peut aller d’une co-construction dès la définition du problème à traiter, à une participation qui ne prendra que quelques minutes au cours d’une expédition pour la collecte de données par exemple.

Une des étapes clé est la définition de la question que l’on se pose :

  • La question peut venir de chercheurs et les citoyens sont sollicités pour soutenir l’effort de recherche.
  • Il est aussi possible que les citoyens sollicitent les chercheurs pour travailler sur un sujet qui les préoccupent et qui n’est pas déjà traité. C’est dans ce cas qu’une réelle dynamique de co-construction est possible. Les sciences participatives sont d’ailleurs vues par les Français comme un moyen de renforcer les liens entre le grand public et la recherche (selon un sondage Ipsos de 2016).

A l’occasion de la crise du Covid, on sent dans la société une forte défiance vis à vis de la science. En quoi les sciences participatives sont une réponse à cela ?

Malgré la crise, la majorité des Français garde une certaine confiance en la science, même s’il semble que la proportion d’individus plus méfiants ait légèrement progressé (cf Baromètre Science et Société – Vague #1Ipsos 2020). La défiance semble plus forte quand la science est mêlée à la politique. Le souci peut aussi être qu’elle est considérée comme difficilement accessible et élitiste. Les sciences participatives, en favorisant l’implication des citoyens à différents niveaux dans des projets de recherche, pourraient permettre de démystifier la démarche scientifique en s’y exposant, en la pratiquant soi-même.

La méthode scientifique n’est pas infaillible, mais elle s’est révélée très puissante pour innover. Elle permet d’arriver au niveau de précision et de nuance nécessaires à certaines réalisations. Alors comment se l’approprier ? C’est un vaste sujet, mais l’éducation à l’esprit critique, à l’analyse de l’information ne me semblent pas suffisantes en l’état actuel. Les projets de sciences participatives me paraissent ainsi de bonnes occasions d’utiliser des ressources scientifiques pour ouvrir de nouveaux horizons et rendre la démarche plus désirable.

Avec le Laboratoire Sauvage, nous utilisons les sciences participatives en mettant la priorité sur ce que peuvent en retirer les participants. Nous acceptons de prendre le temps nécessaire, le temps de partager, d’expliquer, d’apprendre les uns des autres, de faire rigoureusement, d’apprécier une activité stimulant notre curiosité et notre émerveillement. Cet investissement nous semble nécessaire pour de meilleurs résultats à long terme.

Quel est l’intérêt de cette pratique scientifique dans la perspective de la transition écologique ?

Dans transition écologique, on retrouve la notion d’écologie. Pour moi c’est d’abord une science riche et complexe qui a beaucoup à nous apporter. Cette science peut parfois pâtir de son association avec l’écologie politique et le militantisme, alors que des efforts de recherche rigoureux depuis de nombreuses années amènent à des résultats forts qui restent encore trop méconnus.

Le problème que j’y vois c’est que, même si l’on a de bonnes intentions, le manque de méthode augmente le risque de faire fausse route, et surtout de ne pas s’en rendre compte. Pour bâtir des actions plus solides pour permettre la transition écologique, il me semble nécessaire d’équiper le plus grand nombre avec des outils assez puissants, comme la démarche scientifique, pour nous attaquer à des problèmes aussi complexes.

La pratique des sciences participatives permet à la fois :

  • d’amener à mieux prendre en compte les travaux déjà réalisés, mieux intégrer les résultats de la recherche et mieux appréhender les enjeux,
  • de tisser des liens entre recherche et société, de sortir d’une approche descendante pour aller vers la co-construction,
  • de sortir des idées reçues qui sont nombreuses en matière de transition écologique,
  • d’apporter de nouveaux savoirs, mesurer l’impact de nos actions, identifier les actions les plus pertinentes à mettre en place,
  • de tirer de meilleurs fruits de nos expériences, de moins perdre d’informations et améliorer son partage,
  • de devenir acteur de la production de savoirs et de la manière dont ces savoir sont utilisés,
  • de mieux répondre aux besoins locaux.

De nombreux projets de sciences participatives proposent déjà des outils accessibles pour suivre des questions en lien avec la transition écologique, par exemple sur le suivi de la biodiversité, de la qualité de l’air, de l’eau. Malgré leur vocation à toucher le plus grand nombre, ils sont eux aussi encore peu connus.

Dans ce contexte, quelles sont les missions et les ambitions du Laboratoire Sauvage ?

La mission première de l’association est d’amener une diversité de personnes à s’intéresser aux sciences participatives et à y contribuer. Pour cela, l’association compte créer des groupes d’échange et multiplier les rencontres conviviales. Nous proposons par exemple des ateliers de découverte chaque semaine. Ces ateliers sont l’occasion de se rendre compte de la diversité des projets existants que chacun peut rejoindre. Pour certains projets, il est possible de contribuer depuis chez soi en réalisant des tâches comme la résolution de puzzles, le classement d’images, l’analyse de textes. Nous organisons aussi des sorties. Un exemple d’action en extérieur est de réaliser des observations d’animaux, de végétaux, du paysage, en suivant des protocoles simples au choix parmi de nombreux programmes bien rodés que nous présenterons. Ce type d’activité nous permet de redécouvrir notre environnement, de faire des suivis, des comparaisons localement, tout en contribuant à un projet de plus grande échelle où seront rassemblées les observations de milliers de participants. Ces approches sont particulièrement importantes en écologie.

En accompagnant divers publics à contribuer sur ces exemples de projets, notre intention est de rendre les travaux scientifiques plus familiers, de les démystifier. Nous tentons aussi au cours de l’atelier d’expliciter la démarche scientifique et l’intérêt de se l’approprier. Nous proposons ces rencontres actuellement dans le secteur de Vandoeuvre à la Médiathèque et à la MJC Centre Social Nomade, mais nous souhaitons étendre notre champ d’action dans tout le Grand Est. Il est aussi prévu d’investir les FabLabs locaux pour y construire du matériel pour faire des expériences, comme des capteurs pour mesurer la qualité de l’air. Il existe également un laboratoire ouvert tout équipé pour des analyses chimiques et biologiques à Champenoux, nommé « Tous Chercheurs », avec lequel nous souhaitons créer des liens.

Nous accordons une attention particulière à adapter ce que l’association propose aux besoins des personnes intéressées par la démarche, que ce soit au niveau de la thématique, du lieu ou de l’horaire (cf questionnaire cité à la fin de cet entretien).

L’association anime aussi une communauté de pratiques, qui souhaite partager ses compétences pour rendre plus efficaces les projets utilisant les démarches scientifiques et participatives. Nous souhaitons aussi accompagner la création de nouveaux projets. L’association développe d’ailleurs aussi elle-même certains projets portés par ses membres. Ils concernent actuellement principalement l’alimentation et la biodiversité.

Plus globalement, l’association a pour ambition d’accroître la capacité d’agir des participants, par leur implication mais aussi par les savoirs produits. Pour permettre à plus de monde de faire de la recherche autrement, nous poussons également à l’émergence d’un nouveau modèle économique en développant des emplois atypiques de « chercheurs animateur ». L’idée avec le Laboratoire Sauvage, ce n’est pas d’entrer dans la course effrénée à la collecte de données, aux publications à multiplier, à l’innovation creuse. C’est justement de prendre le temps de faire ensemble, de se poser plus de questions, et surtout donner envie d’imaginer, d’investiguer, d’expérimenter et de partager.

Quel peut être l’apport de vos activités pour des acteurs comme des entreprises, des associations ou des collectivités ?

Le Laboratoire Sauvage souhaite faire mieux connaître les sciences participatives aux collectivités, entreprises et association et les encourager à les développer. Nous souhaitons également soutenir des projets de recherche déjà en place. Nous proposons ainsi un accompagnement à la carte pour :

  • analyser les informations disponibles,
  • concevoir des protocoles,
  • conduire des expériences et des analyses,
  • aider dans la prise de décision,
  • et surtout intégrer les citoyens.

Nous proposons des ateliers qui peuvent être organisés selon les besoins de la structure demandeuse. Nous comptons aussi développer des formations pour permettre à d’autres structures de déployer des activités autour des sciences participatives.

Pour aller plus loin, nous proposons un questionnaire pour mieux cibler les besoins des particuliers intéressés. Nous vous invitons à le compléter.

Merci !

Revue de projets #20 : SOS Futur

Rendre les nouvelles technologies accessibles à tous, et ce de manière écoresponsable. Telle est l’ambition de SOS Futur, société de services informatiques basée à Nancy et membre de Kèpos. Pour en parler, nous vous proposons une rencontre avec Martin Thiriau, son dirigeant et fondateur.

Qui êtes-vous ?

Je suis Martin Thiriau, cofondateur de SOS Futur. Diplômé de l’ICN Business School et de l’École des Mines de Nancy, j’ai souhaité dès ma sortie d’école réduire la fracture numérique et aider ceux qui ont le plus de mal avec les nouvelles technologies. En effet, très attiré par les nouvelles technologies dès mon plus jeune âge, j’ai très vite remarqué que l’évolution fulgurante de celles-ci allait poser beaucoup de problèmes à de nombreuses personnes. Au début très éloigné des questions environnementales et énergétiques liées à ces technologies, je suis maintenant pleinement conscient de ces problématiques et m’efforce de concilier le numérique avec l’éthique et l’utilisation écoresponsable.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de SOS Futur ?

SOS Futur est né officiellement en juillet 2016, notamment grâce à des structures comme l’École des Mines et le PeeL (Pôle entrepreneuriat étudiant de Lorraine). Au début nous étions deux et tournés essentiellement sur de l’assistance à distance et un peu de développement logiciel, depuis un petit bureau à l’École des Mines. Nous avons progressivement agrandi notre champ d’action avec de la réparation en atelier et de l’intervention à domicile. Les locaux devenant trop petits et trop compliqués d’accès, nous avons déménagé là où nous sommes encore actuellement, dans le quartier des III maisons à Nancy. C’est à partir de là que nous avons véritablement enclenché la croissance et la diversification de notre activité: assistance, réparation, vente, location, formation, infogérance, gestion de parc informatique, fournisseur d’accès internet et télécoms, éditeur de logiciel web (type CRM, logiciel de caisse, gestion de caméras de sécurité…), hébergement de serveurs et de solutions informatiques, développement web et logiciels et dernier né, un studio photo/vidéo avec prestation d’enregistrement et de diffusion en direct audio/vidéo d’évènements et de conférences. Nous sommes maintenant 8 personnes.

Comment définissez-vous la mission de SOS Futur ?

Depuis le départ, SOS Futur veut vulgariser les nouvelles technologies à tous afin que plus personne ne « subisse » ces technologies. En effet, les nouvelles technologies sont un véritable atout au quotidien si on sait les utiliser, et surtout si on sait les utiliser correctement, c’est-à-dire de manière éthique et écoresponsable. Nous sommes donc là pour accompagner les personnes et les organisations en trouvant des solutions à leur besoin en matière de numérique, en proposant notamment une formation pratique, éthique et responsable à l’utilisation de ces solutions.

Quels sont selon vous les grands enjeux énergétiques et écologiques du numérique ?

Longtemps ignorés, les conséquences environnementales du numériques ne sont plus à prouver. Mais si certains en doutaient encore, il suffit d’aller voir les différentes études du Think Tank « The Shift Project » pour voir l’impact croissant de ce secteur dans des pollutions diverses. Deux aspects sont à différencier, la consommation énergétique liée à la production d’un côté, et celle liée à l’utilisation de l’autre. La seconde a dépassé la première depuis peu en termes de pourcentage (55% vs 45%). Au vu du développement toujours plus soutenu du numérique, il est indispensable de réfléchir et d’agir sur ces 2 aspects, car ce rythme actuel n’est pas tenable sur le moyen terme.

Vous travaillez de plus en plus sur la question du numérique responsable. De quelle manière ?

SOS Futur s’efforce de travailler sur les deux tableaux.

D’un côté, pour diminuer « la production », plusieurs actions sont réalisées. La première chose est d’analyser précisément les besoins clients et de choisir des solutions PROPORTIONNÉES, MODULAIRES, ÉVOLUTIVES et FACILEMENT RÉPARABLES ! En effet, notre société à une forte tendance à vendre des solutions beaucoup trop performantes pour les besoins, et les clients n’utilisent qu’une faible partie des capacités des machines. De même, certains constructeurs rendent de plus en plus difficile, voire impossible, la réparation de leur appareil ou l’évolution de certains de ses composants. Du coup, à chaque panne, il faut changer d’appareil… Mais l’obsolescence programmée est aujourd’hui en partie logicielle, c’est aussi pourquoi nous favorisons quand cela est possible des systèmes libres et durables dans le temps. Ensuite, nous essayons de reconditionner au maximum les matériels afin de diminuer l’utilisation de composants neufs. Nous sommes également là pour conseiller au mieux les organisations dans leurs approvisionnements en matériels numériques sur toutes ces questions éthiques et responsables.

Concernant « l’utilisation », nous avons une grosse brique formation sur les conséquences des usages du numérique, et notamment du mail par exemple. Répondre à un mail groupé est-il nécessaire ? Garder un mail vieux de 3 ans est-il pertinent ? Il y a énormément de choses « basiques » sur lesquelles on peut jouer. Les gens non formés ne se rendent pas compte de l’impact de ces actions prétendument « dématérialisées ». Il est donc très important de faire de la prévention là-dessus. De même, nous essayons de privilégier des solutions logicielles adaptées, susceptible d’être plus « légères » sur les serveurs et moins énergivores. Enfin, pour lutter contre l’obsolescence logicielle, nous utilisons quand cela est possible des logiciels libres.

Vous avez déployé pour Kèpos un système d’information partagé open source nommé Nextcloud. Quel est le l’intérêt d’un tel outil ?

En effet, cet outil est une plateforme collaborative qui permet de regrouper beaucoup de fonctionnalités en un seul endroit : drive personnel et partagé, gestion des contacts et des calendriers, accès aux mails, solutions d’édition de documents, de tableurs et de présentations collaboratives, et plein d’autres outils pour la gestion de projets en équipe. Le fait d’utiliser une solution libre représente beaucoup d’avantages.

D’une part, d’un point de vue éthique. Le principal avantage est que l’on auto-héberge les données, c’est-à-dire que l’on a la maîtrise totale de l’endroit où sont stockées nos données. Elles nous appartiennent et seules les personnes autorisés y ont accès. Les grosses entreprises du secteur n’en font donc pas ce qu’elles veulent. Ensuite, cette licence AGPL permet d’être sûr que cet outil ne sera jamais commercialisé ni propriétaire. Nous avons donc l’assurance que l’on pourra toujours maîtriser cette solution.

D’autre part, d’un point de vue pratique. Cette solution est collaborative, donc n’importe quel développeur peut proposer des améliorations et des nouvelles fonctionnalités. C’est une solution modulaire, c’est-à-dire qu’on n’active et on n’installe que ce qui est nécessaire.

Enfin, d’un point de vue énergétique, cette solution est beaucoup moins gourmande que les solutions propriétaires type Google Drive, Amazon ou Microsoft, et la consommation du serveur est entièrement gérée par nos soins. Nous ne mettons donc que l’essentiel, et le serveur est basé en France. Nous maîtrisons donc toute la chaîne.

La crise sanitaire et les mesures restrictives de type confinement viennent renforcer l’intérêt du numérique pour maintenir du lien, notamment via le déploiement du télétravail. Comment intervenez-vous en support de ces nouveaux usages ?

Le numérique est indispensable aujourd’hui, et encore plus dans une situation comme celle que l’on rencontre actuellement. SOS Futur accompagne les particuliers, notamment les seniors, en les formant sur des outils de type tablettes, pour qu’ils puissent utiliser les applications de messagerie instantanée afin qu’ils restent en contact avec leur famille et leurs proches. Nous mettons également en place des systèmes rapides de réparation ou d’amélioration des machines. La location de matériel est également favorisée durant cette période.

Pour les professionnels, SOS Futur les accompagne dans la mise en place de solutions de télétravail, avec la mise à disposition de matériel supplémentaire, l’installation de solutions collaboratives propriétaires ou open-source, avec un fort accent sur la sécurisation des données.

Merci !

Revue de projets #19 : Vêt Ethic

Vêt Ethic est une boutique de commerce équitable vestimentaire, à Nancy, qui vient de fêter ses 10 ans en emménageant dans un nouveau local. A l’occasion, cette SCIC lance un financement participatif avec l’appui des équipes de Kèpos L’occasion de découvrir l’histoire et l’action de ce pionnier de la mode durable en Grand Est avec son dirigeant, Pascal Didier.

Qu’est-ce que Vet Ethic ?

Vêt Ethic est une boutique coopérative (Société Coopérative d’Intérêt Collectif – SCIC) qui diffuse du textile issu du commerce équitable. Une mode éthique qui respecte ses producteurs et qui leur permet de vivre décemment de leur travail, qu’ils produisent en Inde ou dans les Vosges. L’entreprise appartient à un collectif de sociétaires, qu’ils soient salariés, usagers, bénévoles ou partenaires.

Quelle est son histoire ?

L’aventure Vêt Ethic a démarré en 2008, lorsqu’une petite bande d’amis se lançait dans un pari qui semblait un peu fou : créer et faire vivre une boutique dédiée au commerce de vêtements équitables sur Nancy. L’objectif était de démontrer qu’il est possible de concilier mode vestimentaire et respect des travailleurs et de l’environnement. Le choix d’un statut coopératif s’impose naturellement : il permet une gouvernance qui associe salariés, clients coopérateurs et partenaires, tout en garantissant que le respect des valeurs passe avant les bénéfices financiers. Avec 103 sociétaires en 2020, le pari est largement rempli.

La boutique fête ses 10 ans en 2020 et déménage en plein centre ville dans un local de plus de 100m². Cette énergie collective ne sera pas de trop pour relever les défis que l’équipe s’est fixée : profiter de la surface de vente supplémentaire pour étoffer l’offre en vêtements et alimentaire solidaire. Et nous menons de front nos autres projets, comme l’organisation avec le COLECOSOL Grand Est (Collectif pour la Promotion du Commerce Equitable et de la Consommation Responsable) du marché de noël équitable de Tomblaine, qui aura lieu les 19 et 20 décembre 2020. Nous sommes donc ouverts depuis le 5 septembre au 109B rue Saint-Dizier.

Comment percevez-vous les attentes des consommateurs en matière de mode durable ?

Les attentes sont ambivalentes, et parfois difficilement conciliables, par exemple la conjonction d’une matière écolo, d’une fabrication française éthique et d’un prix bas. Il y a donc encore un gros effort pédagogique à faire, nous sommes bien un acteur d’éducation populaire.

Vous tentez d’allier commerce équitable, souci pour la planète, gouvernance partagée : jusqu’à quel point cela est-il conciliable ? Peut-on tout faire à la fois ?

On a essayé d’être le plus cohérent possible, c’est pour cela que nous avons opté pour le statut coopératif. Le commerce équitable se décline en 2 versions : Nord /sud avec des matières écolos, mais des déplacements longs et peu écologiques, et de l’autre côté le commerce équitable France, avec des produits fabriqués plus près de chez nous, mais pas toujours avec des matières saines et une gouvernance capitaliste.

Vous emmenagez dans une nouvelle boutique à Nancy ? Parlez-nous un peu de ce projet !

Nous sommes déjà dans notre nouvelle boutique au 109B rue Saint-Dizier depuis le 5 septembre 2020. Nous avons trouvé un local plus spacieux et plus visible pour pouvoir élargir nos gammes de produits et mieux mettre en valeur les vêtements. Nous étions très attachés à l’ancien magasin, mais il était temps d’évoluer. Cette année nous avons fêté les 10 ans de la coopérative, l’emménagement est donc une belle façon de fêter notre anniversaire !

Pour financer cette étape importante, vous menez une campagne de financement participatif. Pourquoi ?

Nous avons lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Zeste pour financer tous les frais liés au projet de déménagement de la boutique. Le local rue Saint-Michel faisait environ 40m² et nous passons aujourd’hui à plus de 100m² de surface de vente. Il nous faut donc faire les travaux (électricité, peinture, sécurité, etc), acheter du mobilier, se mettre aux normes pour les personnes à mobilité réduite et aménager correctement le nouveau magasin. Cette campagne nous évite d’avoir recours à l’emprunt bancaire et nous permettra d’évoluer, d’agrandir nos gammes de produits équitables et de proposer toujours plus de mode éthique à Nancy et dans la région. Le financement à débuté le 18 août et prendra fin le 29 septembre prochain.

Merci !

Revue de projets #18 : Ophélie Benito et la collection Mollis

Ophélie Benito est une jeune designer, conceptrice de la Collection Mollis, une gamme d’objets enveloppants dédiée au soin. Membre de Kèpos, elle nous expose sa vision du design comme étant au service des hommes et des territoires.

Qui êtes-vous ?

Je suis Ophélie Benito. Je suis designer de formation et ce qui m’anime, c’est de pouvoir mettre ma créativité et mes compétences au service de l’humain pour améliorer son quotidien. Par ailleurs, le fait de développer des solutions en circuit court et avec des matériaux naturels du territoire est un enjeu important dans chacun de mes projets.

Je suis, depuis 2017, créatrice de la Collection Mollis, une gamme d’objets enveloppants et apaisants composés en majeure partie de laine de mouton biologique de lorraine. Diplômée en design de l’Ecole Nationale Supérieure d’Art et de Design (ENSAD) de Nancy, j’ai également un master de design global spécialisé dans les procédés de fabrication et les matériaux. Ces deux formations, ainsi que les stages que j’ai pu effectuer, notamment chez MateriO à Paris, m’ont permis d’apprendre à créer et fabriquer des projets qui remettent l’utilisateur au centre des réflexions, ainsi qu’à engager les ressources les plus adaptées, dans des conceptions durables et respectueuses de l’environnement.

Comment en êtes-vous arrivée à imaginer la Collection Mollis ?

La Collection Mollis est née d’une réflexion qui a débuté lors d’un atelier étudiant collectif nommé « Care », centré sur l’éthique dans les lieux de soin. À cette occasion, j’ai visité un institut médico -éducatif qui accueillait des enfants atteints de troubles du spectre autistique, et ai observé leur quotidien dans l’établissement. J’ai découvert, dans ces lieux de vie et de soin souvent froids et aseptisés, un réel besoin de soutien et de solutions humanisantes pour les professionnels et les habitants.

Les enfants entraient régulièrement en crise liées à divers facteurs, aggravés par un environnement anxiogène. Toutes les solutions qui leurs étaient proposées étaient curatives et souvent situées dans des salles accessibles uniquement sur rendez-vous. Ainsi a débuté, avec les soignants, une réflexion sur la création de solutions préventives plus accessibles et plus résilientes pour réhumaniser ces lieux d’accueil, au sein desquels les matières naturelles sont absentes et manquent. Avec les premières recherches et les premiers essais en équipe, j’ai réalisé que l’enveloppement et la compression apaisait efficacement ces bénéficiaires. Puis, j’ai recherché les ressources humaines et matérielles du territoire à même de répondre à ces problématiques. C’est en rencontrant la Filière laines ainsi que différentes entreprises locales et chantiers de réinsertion professionnelle que les objets ont vu le jour. La découverte des qualités techniques et sensorielles de la laine de mouton a été déterminante pour la naissance du projet, c’est sur ces caractéristiques que s’appuie aujourd’hui la Collection Mollis.

Qu’est-ce que propose la Collection Mollis, et à qui s’adresse-t-elle ?

La Collection Mollis est une gamme d’objets « mous », enveloppants, doux et lourds, qui tendent à améliorer la qualité de vie de personnes fragiles par un accompagnement physique et psychique grâce à des ressources locales et naturelles telle que la laine de mouton. Envelopper avec ou sans compression, entourer le corps et l’humain pour apaiser par une étreinte contrôlée, tels sont les modes de fonctionnement des coussins et supports de la Collection Mollis. Chaque objet est conçu pour s’adapter à toutes les postures et pour être utilisé seul ou avec les autres solutions de la gamme.

Elle s’adresse en tout premier lieu aux personnes fragiles vivant ou étant de passage dans des lieux d’accueil du secteur médico-social (MAS, IME, EHPAD), mais également au grand public. En effet, au fil du développement du projet, j’ai remarqué que les solutions low tech que je met en place ont un impact positif sur la santé et le quotidien de personnes en perte d’autonomie ou avec des particularités, mais intéressent aussi beaucoup le grand public et peuvent l’accompagner au quotidien.

La Collection Mollis existe également pour s’adapter aux besoins spécifiques. C’est pourquoi je suis en capacité de proposer des prestations de design d’espace ou d’objets, ainsi que des animations, afin d’adapter un lieu à recevoir les solutions de la Collection, ou d’adapter les objets à des besoins très précis.

Tous vos matériaux sont bio-sourcés et produits en local : quel est l’intérêt d’une telle démarche ?

La démarche de faire appel à des ressources humaines et matérielles locales a été la mienne pour plusieurs raisons. La première réside tout simplement dans mes convictions. La Collection Mollis a pour fondation la notion de Care (éthique du soin). Ne pas prendre soin des humains et du territoire dans mon développement aurait été contraire à l’éthique du projet. Aussi, je crois au fait que tout créateur de produit, peu importe sa visée, doit, et cela fait partie de son travail de recherche et développement, penser à la durabilité, au choix des matériaux les plus adaptés et les plus accessibles, ainsi qu’à l’impact environnemental de sa solution. Cela fait partie du travail de création.

J’ai utilisé la laine, le blé et le textile de coton des Vosges, non pas uniquement pour faire avec les ressources naturelles du territoire, mais également parce qu’elles correspondaient à ce que je voulais développer, même s’il faut garder à l’esprit que certains matériaux d’origine naturelle peuvent parfois avoir une durabilité et un impact carbone plus négatifs que d’autres ressources.

L’intérêt de cette démarche est à la fois de créer de l’activité locale pour soutenir l’économie, mais également de valoriser ou revaloriser des ressources qui sont souvent méconnues ou sous exploitées sur le territoire. Pour ma part, la connaissance de la Filière laines et du fait qu’il y a encore 5 ans, 99% des dizaines de tonnes de laine de mouton produites dans la région étaient considérés comme des déchets ou vendues à des grossistes à des prix dérisoires pour être exportés en Asie m’a beaucoup touchée. Découvrir la Filière laines et toutes les démarches éthiques mises en place dans la Grande Région a fini de me convaincre d’utiliser ce matériau qui avait déjà les qualités techniques recherchées.

Pour finir, le contact humain direct avec ses fournisseurs et ses fabricants me semble primordial pour développer une solution maîtrisée. Le circuit court est alors, en plus de son faible impact carbone, le meilleur choix.

Comment voyez-vous le rôle du design dans la conduite des transformations de modes de vie et de production impliquées par la transition écologique ?

Les designers d’aujourd’hui sont formés pour repenser les modes de vie et ont toujours été créateurs de nouvelles façons de faire ou de voir les choses. Ils peuvent instiguer le changement. Ce métier a d’ailleurs pour objectif de trouver des solutions, des facilitations et des transformations autour des humains en observant tout un écosystème. Or, si l’on observe les écosystèmes pour trouver des solutions, il me semble difficile de faire ce métier sans être impliqué dans la transition écologique, cela me parait presque obligatoire.

De mon point de vue, les designers ont donc un rôle important à jouer dans la transition écologique puisqu’ils sont à la fois à même de créer de nouvelles solutions pensées pour les humains et dans un environnement, mais également parce que le design est là pour améliorer l’existant. Faire avec l’existant permet de prolonger la durée de vie des objets, des matières et des espaces, ce qui à mon sens est un enjeu primordial. Comme je le disais auparavant, le choix des matériaux, des méthodes et des fabricants fait partie du travail du designer, qui, s’il les maîtrise, peut avoir un rôle important dans la conduite des changements des modes de vie et de production. Je pense enfin que les designers peuvent jouer un rôle important dans la transition en sensibilisant leurs clients, qui peuvent être des grands groupes ou des collectivités. Ils se transforment alors en vecteurs de changements à grande échelle.

Quelles sont les perspectives pour vous et la Collection Mollis ?

Pour moi et pour la Collection Mollis, l’avenir se préfigure entre vente d’objets, prestations de design d’objets, d’espaces et d’éléments graphiques au service du mieux vivre et pour tous. J’envisage un nouveau statut et d’ouvrir une entreprise pour faire changer d’échelle la Collection, afin de pouvoir la proposer plus largement au grand public, aux professionnels et dans les lieux de soin. Cette étape débutera dès la rentrée scolaire, bien que je sois déjà à même d’entamer des opérations dès aujourd’hui. La certification en dispositif médical est également une perspective d’avenir importante pour la Collection, afin d’améliorer son accessibilité.

J’aimerais par ailleurs faire évoluer la Collection Mollis pour la rendre encore plus accessible, l’étoffer et développer de nouveaux produits dédiés à de nouveaux usages ou à des publics précis tels que les mamans et leur bébés. Les solutions créées seront toujours pensées au plus proche des futurs utilisateurs, pour être utiles, flexibles et pour durer au sein de l’habitat.

Merci !

Retour sur projet #1 : les Fermiers d’Ici

Franck Magot, gérant des Fermiers d’Ici, traiteur travaillant quasi-exclusivement avec des produits Bio et locaux à Nancy, avait été interviewé sur ce même blog il y a un peu moins de trois ans. Aujourd’hui, l’entreprise se lance sur de nouveaux marchés (drive fermier, conserverie). L’occasion de faire un point sur le développement de l’activité.

Nous vous avions interviewé il y a plus de deux ans. Quel chemin ont parcouru les Fermiers d’Ici depuis ?

Depuis deux ans, Les Fermiers d’Ici parcourent toujours le même chemin, celui d’une alimentation bio et locale. Deux nouveaux compagnons de route nous ont rejoint, l’équipe des Fermiers d’Ici est désormais constitué de 5 personnes. Ces arrivées ont été nécessaires du fait du développement des l’entreprise. En effet notre activité de traiteur a doublé, nous travaillons maintenant pour des collectivités comme le Département de Meurthe et Moselle ainsi que la Région Grand Est. A cela s’ajoute de nouvelles entreprises du secteur privé.

Depuis 2018, nous avons renforcé nos ambitions liées à la transition écologique. Des efforts supplémentaires vers le zéro déchet ont été réalisée. Et nous privilégions aujourd’hui des viandes provenant d’herbivores qui favorisent la présence de prairies (source de biodiversité et de stockage de carbone).

Quelles sont vos principales fiertés ?

Les Fermiers d’Ici œuvrent à une meilleure cohésion sur le territoire. En se développant, nous offrons aux producteurs des débouchés de plus en plus importants. Nos clients sont très attentifs à cela. Je suis très touché de constater qu’ils y portent un grand intérêt. En effet, lorsque sur un buffet ou lors d’un mariage, nous présentons la ferme d’où vient tel ou tel produit, et les convives s’y intéressent beaucoup.

En revanche, quelles difficultés vous ont marqué ?

La difficulté principale est la structuration d’une jeune entreprise, sans avoir d’expérience dans ce domaine. Les journées et les semaines sont longues, cela peut-être épuisant.

Vous êtes un des fondateurs de Kèpos. Que vous a apporté cette SCIC depuis sa création ?

Kepos, est pour moi, un réseau d’entraide. Tout d’abord entre entrepreneurs, nous pouvons partager de bonnes idées. C’est aussi du soutien de la part de l’équipe de salariés, qui peut répondre à nos questions/ nos doutes. En ce qui concerne Les Fermiers d’Ici, c’est aussi des compétences complémentaires fiables. Que ce soit chez les entrepreneurs membres ou via les prestations que proposent la SCIC, nous sous-traitons en toute confiance une partie des missions pour lesquelles nous ne sommes pas compétents.

Aujourd’hui, les Fermiers d’Ici se lancent sur de nouvelles activités. Pouvez-vous nous en parler ?

Nous avions dans nos cartons un projet de conserverie. Idée que nous avons mise en route durant la crise du Covid. Nous sommes accompagnés en cela par la Serre à projets. A ce jour, il s’agit de cuisiner des plats préparés (tajine d’agneau, risotto au quinoa….) et de les pasteuriser en bocal. Ces bocaux sont d’ailleurs consignés. Nous avons conçu des recettes adaptées à un régime flexitarien et végan. Nous sommes en cours de labellisation Bio. Pour une, deux ou trois personnes, ces bocaux artisanaux sont idéaux pour se faire plaisir tout en respectant ses valeurs. Vous n’avez qu’à ouvrir le bocal, mettre à réchauffer et déguster ! A ce jour, il est possible de commander nos bocaux via notre site internet. Bientôt, nous espérons proposer ces bocaux dans des magasins spécialisés comme Biocoop, ou encore Day by Day .

Par ailleurs, durant le confinement lié au Covid, nous avons été appelés pour réaliser des livraisons de légumes, fruits, produits carnés et laitiers. Nous avons donc mis en place un service de drive et de livraisons, accessible également depuis notre site internet. Nous y proposons les produits de nos producteurs.

Plus globalement, comment appréhendez-vous votre activité dans le contexte du Covid et de sa suite ?

La crise du Covid a durablement affecté notre activité de traiteur, qui était lié à de plus ou moins grosses réunions de personnes (mariage, réunion de travail, réception…). Nous sommes dans l’obligation de repenser notre métier. Mais durant le confinement lié au covid, j’ai néanmoins pu constater que les drives de producteurs ont bien fonctionné. Cela prouve un intérêt grandissant pour le type de produits Bio et locaux avec lesquels nous travaillons.

Merci !