Caroline Antoine nous invite à « Être paysage »

Caroline Antoine est une artiste plasticienne et paysagiste, parmi les membres fondateurs de Kèpos. Le Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle, sis 48 esplanade Jacques Baudot à Nancy, accueille du 17 août au 25 septembre une exposition de ses œuvres, intitulée « Etre paysage / éloge du monde vivant ». A cette occasion, nous vous proposons deux textes qui illustrent ce travail.

« (…) Sous le soleil ou les nuages, en se mêlant à l’eau et au vent, leur vie est une interminable contemplation cosmique, sans dissocier les objets et les substances. (…) » La vie des plantes, Emanuele Coccia / Edition Payot et Rivage / p. 17 – 18 

« Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. » Martin Luther

«  Caroline Antoine expose des estampes, carnets, dessins et sculptures éphémères à l’Hôtel du Département jusqu’au 25 septembre pour faire l’Éloge du monde vivant.

Formée à l’École Nationale Supérieure d’Art de Nancy puis ayant étudiée le paysagisme à l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, Caroline Antoine crée un art en dialogue avec le monde.

De son expérience personnelle, elle exprime une sensation universelle entre l’être- vivant, charnel, spirituel et l’univers organique auquel il appartient.

Loin d’être en rupture avec la Nature, dans l’art de Caroline, la femme, l’homme, l’animal ou la chimère sont inscrits dans la globalité du monde : Les figures émergent de la glaise, les sujets sont en fusion avec le paysage, tantôt intimiste, tantôt en expansion. Les personnages de l’artiste sont souvent créateurs autant que créations.

Dans l’œuvre de Caroline Antoine, le rapport au végétal s’exprime avec force, tant dans ses écrits que dans ses sculptures. Dans les paysages urbains comme en forêt, l’artiste collecte des vues, des impressions, des éléments naturels (aussi appelés naturalia). À ces éléments glanés dans leurs sommeils : branchages tortueux, graminées et autres inflorescences, Caroline Antoine recrée un sens. Greffés les uns aux autres par de la cire d’abeille, ces naturalias deviennent, à eux seuls, des univers évocateurs, des œuvres parfois minimalistes et pourtant digne d’un cabinet des merveilles.

L’art de Caroline Antoine laisse la place au dialogue intérieur de l’observateur face à l’oeuvre ; mu par la force évocatrice de l’art, il est invité à rentrer en lui-même dans un silence habité et fécond. « 

Chloé Pata

«  Je vis avec et par les rivières, les forêts, les lacs et les mers.
Je voudrais raconter cette co-dépendance entre les êtres et leurs lieux de vie.
Il existe un Écoumène, qu’Augustin Berque définit comme un milieu d’interaction entre l’être humain et son espace de vie. Je suis les traces du paysage qui me constitue.
Je deviens un être-paysage.
Sans le sanctuariser, je vis dedans, je l’habite.
En recherche d’harmonie avec mes tâtonnements, mes doutes, face aux grondements du monde, je dessine, je peins, je sculpte. Ces images intérieures me donnent de mes nouvelles.
Parfois, je me glisse dans la nature pour m’y régénérer et l’arbre du jardin me donne de la force.
Je n’oublie pas ce que je lui dois.
Nous sommes un tout.
Face au dérèglement climatique, je voudrais agir.
Le dessin est mon cri et mon espoir.
Je voudrais dessiner et planter ce que je dessine. 

Aujourd’hui, j’ai un enfant. Comment lui parler de cet avenir incertain ?
J’ai peint durant ma grossesse dans le sens du vivant,
dans le sens de ces cellules que nous partageons avec toutes les formes de vie, sur cette planète.
Quand l’embryon humain se fait amphibien, nageant dans la matrice maternelle, quel espoir autre que l’allégresse d’être en communion ?
Ensemble nous sommes et nous serons.
Cœurs à l’unisson avec la vie qui est partout,
le regard vers les branches,
l’esprit léger comme l’oiseau,
l’âme dans la forêt, dans l’humus
reconnectés enfin
avec nous-mêmes. »

Caroline Antoine, Jeudi 9 juillet 2020 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *