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Kèpos lance son catalogue de prestations dédiées à la transformation écologique des entreprises et des territoires

Kèpos et ses membres proposent depuis 2019 des offres de formations et d’ateliers diversifiées et adaptées aux différents publics à former et/ou sensibiliser : salariés d’entreprises ou de collectivités, élus, responsables ou bénévoles associatifs, particuliers, etc. Début 2021, notre nouveau catalogue de prestations vient compléter cette offre afin d’accompagner la transformation écologique des entreprises et territoires.

Riche d’une cinquantaine de fiches, il propose un large éventail de services avec un point commun : la prise en compte des problématiques environnementales et sociales qu’entreprises, associations ou territoires peuvent aujourd’hui rencontrer. Notre but : vous proposer une offre globale de transformation écologique de votre organisation, dans l’ensemble de ses dimensions : management, conception/production, énergie, systèmes d’informations, expertise-comptable, alimentation, aménagements extérieurs, etc.

Vous cherchez un support informatique qui maîtrise les enjeux de sobriété numérique ? Une prestation de communication ou comptable qui prend en compte les questions environnementales ? Un traiteur bio et local ? Un énergéticien pour maîtriser vos dépenses énergétiques ?

Vous les trouverez dans ce nouveau catalogue, aux cotés de nombreuses autres propositions, à télécharger sous ce lien ! Et bien sûr, n’hésitez pas à nous consulter pour toute demande particulière !

La consommation durable : un oxymore à dépasser !

Ce blog est l’espace d’expression de la SCIC Kèpos et de ses membres. Aussi donnons-nous la parole aujourd’hui à Chloé Lelarge, fondatrice du cabinet Frugali, experte sur les questions d’alimentation responsable et de consommation durable, et membre fondatrice de Kèpos.

Le Petit Robert définit le terme consommer comme suit : « Mener (une chose) au terme de son accomplissement (➙ consommation). … Consommer le mariage : accomplir l’union charnelle. Amener (une chose) à destruction en utilisant sa substance ; en faire un usage qui la rend ensuite inutilisable. ➙ user de, utiliser »

Quelle dualité au sein de l’action la plus populaire et banale de notre quotidien ! A première vue, rien de très durable dans cette action ; car durabilité fait aujourd’hui écho à l’idée de pérennité. Consommation et durabilité, deux notions qui semblent antinomiques, contraires. Mais à l’heure où la consommation est le fondement de notre société, peut-on s’aventurer à imaginer le dessein d’un projet de société basé sur la consommation durable ?

Une consommation désenchantée

A l’aube des années 50 est entrée en marche ce que l’on a nommé « la société de consommation ». Tels un véritable monstre semblable au ventre de Paris dont parlait Victor Hugo, la société et ses membres se sont dotés d’un pouvoir d’achat et d’acquisition puissant. Si puissant qu’avec lui, ils ont embarqué l’agriculture, et notre relation au vivant. Tout ce qui est, ou était, est devenu “biens de consommation”. Parallèlement à cette facilité d’acquisition, les femmes ont accédé au marché de l’emploi, et l’entrée dans les foyers de nombreux objets ménagers a permis une véritable émancipation, un gain de temps et une économie d’effort.

Mais aujourd’hui, en proie aux perspectives noires du réchauffement climatique et à la crise sanitaire mondiale, n’est il pas temps de ralentir ? Bien plus que des biens et services, nous consommons sentiments, relations et expériences. La pandémie marque un coup d’arrêt à notre frénésie et nous sommes obligés de nous stopper net. Perdus et hagards, apeurés par cette idée puissante de vide, nous nous retrouvons à prendre conscience de notre fragilité et fébrilité face aux vivants.

Par-delà l’assouvissement ultime de besoins non indispensables, que cherchons nous à combler ? Sommes-nous en mal d’amour, de liens, d’échanges ? Nous répondons à cette demande de contact via les applications et les réseaux sociaux. Course ultime, quête de la personne parfaite, aucune satisfaction pérenne ne se dégage de ces modes de consommation. Pire encore, ils donnent la sensation que tout est possible, ignorant effort et patience ; ils piétinent le sens de nos vies.

Les impasses de la culpabilité

Dans cet article nous tentons de répondre à ces questions pour esquisser des pistes permettant de faire autrement. Alors consommer durablement, est-ce renoncer au confort matériel, à la joie de se faire plaisir, à celle d’offrir, à celle de recevoir ?

Voici une tentative de réponse. Aujourd’hui nous n’allons pas vous parler d’écologie, ni même de climat mais plutôt de simplicité, de découverte, et de joie de vivre et faire pour soi et les autres. Car insister sur la responsabilité, l’ acte d’achat, la conscience, la prise de conscience… se résume plus à une forme de culpabilité qu’à un point de départ en faveur du changement ! Non là ne peut pas être le point de départ d’une véritable transformation.

Deux extrêmes s’opposent et produisent un sentiment de distance, de mépris, de lassitude, à l’égard de tout changement, gestes et pratiques contribuant à une “forme de durabilité”. Il en ressort un assez vulgaire « après moi le déluge”. Là n’est pas le propos, et trouver des raisons rationnelles au changement pour faire évoluer un individu est presque perdu d’avance.

Opérer une mise en action positive

Deux choses sont donc nécessaires pour une prise de conscience et une traduction dans les actes. D’une part, que ce soit à l’échelle d’un individu, d’un foyer, d’une collectivité, d’une entreprise ou encore au sommet de l’État, rien ne se fera sans effort consacré au changement et qui concerne l’individuel et le collectif. D’autre part, le premier acte de l’effort devra toujours porter sur quelque chose d’accessible.

Revenons aux actes de consommation : que disent-ils de nous ? Que ce soit l’achat d’un objet neuf pour un anniversaire, la consommation effrénée de viande, la confiance accordée aux fake news, nous y plaçons des critères de confiance et de réassurance. Or, l’humanité s’est construite à travers les traditions, celles qui ont forgé la transmission de la pratique. Petit à petit, la société de consommation est venue remplacer cette forme de tradition et, avec elle nos savoirs, nos savoir-faire, nos relations aux autres. A défaut de vous servir un « c’était mieux avant » ou d’exhorter les boomer à ramasser leurs déchets, je vous propose de changer dans votre tête, de modifier votre point de vue . Se défaire de l’acte de consommer en devient totalement libérateur, car il enlève tout rapport marchand et graduel à l’autre.

Alors par quoi/par où commencer pour que l’étape première de notre changement soit un début prometteur ? Nous pouvons recenser tout ce qui nous est agréable dans notre quotidien. Ce dont nous avons besoin pour nous sentir bien. Quatre dimensions peuvent nous convaincre de changer : l’écologie, l’économie, la santé et le lien social. Alors notre sage capacité à la résilience pourra nous mener à une consommation dite durable. Et ce d’autant plus que, si la consommation doit se heurter à un brusque et violent traumatisme sociétal, environnemental, économique et sanitaire, la résilience passe principalement et tout d’abord par le principe d’altérité : connaître et vivre avec l’autre dans un souci d’entraide.

PS : Quelques petites évolutions peuvent nous donner un peu de confiance, telles ces aspects réglementaires liés à la loi Climat en préparation :

  • Obligation d’ici 2030 pour les commerces de détail de plus de 400 m 2 de consacrer au moins 20 % de leur surface au vrac.
  • Expérimentation du « Oui pub » : interdiction de la distribution à domicile d’imprimés papiers ou cartonnés non adressés lorsque l’autorisation de les recevoir n’est pas expressément affichée sur la boîte aux lettres.
  • Instauration d’un « Eco-score » : amélioration de l’information du consommateur sur l’empreinte carbone des produits.

Léviathan pétrolier

Alors que la planète finance s’inquiète d’un retour de l’inflation et d’une hausse des taux, on note ces dernières semaines une hausse sensible des prix du pétrole, favorisée par le maintien de restrictions de leur production par les pays de l’Opep. Dans le même temps, certains tensions se font jour en matière d’approvisionnement en semi-conducteurs, en plastique ou encore en métaux. Tous ces matériaux ou produits subissent une double situation d’envolée de la demande suite au Covid, et de capacités de production détenues par un nombre limité d’acteurs, notamment asiatiques, qui n’arrivent pas à fournir.

Ces signaux faibles d’une situation économique extrêmement fragile ne sont pas une surprise pour les personnes qui s’intéressent à la question de la disponibilité des ressources dans un monde fini. Et quelque part, on peut se dire raisonnablement : ce n’est que le début ! Pour en prendre la mesure, nous vous proposons ici une relecture de l’ouvrage de référence de Mathieu Auzanneau sur l’histoire du pétrole, nommé tout simplement Or noir. Celui-ci reprend un siècle et demi d’histoire récente du pétrole, depuis le premier forage du Colonel Drake en Pennsylvanie en 1859, jusqu’aux guerres du Golfe et la crise de 2008.

Plusieurs idées forces en ressortent. La première est que l’industrie pétrolière est l’industrie la plus rentable qui ne fut jamais, générant des fortunes inédites à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Cette rentabilité s’explique par des infrastructures somme toute légères, par rapport à la valeur énergétique et donc économique d’un tel liquide. En effet, dans les puits classiques, il suffit tout bonnement de forer pour que le pétrole jaillissent, là où l’extraction de la source d’énergie de la précédente révolution industrielle (le charbon), était extrêmement intense en capital et surtout en travail.

Cette rentabilité exceptionnelle était couplée à une abondance inimaginable, à tel point que l’industrie, pendant des décennies, a dû œuvrer, à coup d’ententes et de cartels, à limiter drastiquement la production pour que les cours ne s’effondrent pas. Les cours n’en sont pas moins restés extrêmement faibles jusqu’à la fin des années 60, sans pour autant gêner l’expansion de la richesse chez les principaux acteurs du secteur.

Cette régulation par le cartel s’est accompagnée d’une très grande porosité entre les acteurs privés du secteur et les acteurs publics, notamment aux Etats-Unis, où leurs intérêts sont indissociables. Et ceci a toujours été avec des manœuvres géopolitiques de plus en plus déstabilisatrices pour s’assurer de l’accès aux réserves dans les zones les plus richement dotées, en particulier au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, qui prévaut pendant quasiment 100 ans, l’industrie connaît un pivot extrêmement puissant au tournant des années 1970. C’est à cette époque que les puits de pétrole américains, en Californie ou au Texas, voient leur production diminuer. On passe alors d’un marché piloté par la demande (avec une offre qui semble intarissable) à un marché piloté par l’offre, qui elle apparaît alors limitée quand la demande devient insatiable. En ce sens, les années 1970 marquent véritablement le passage dans le monde contemporain tel que nous le connaissons aujourd’hui. Nous rentrons alors dans un contexte d’augmentation des prix que les désordres géopolitiques au Moyen-Orient vont catalyser lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979. Les prix n’en finiront plus, dès lors, de suivre des courbes en « crêtes de punk », entre le contre-choc des années 80 et l’envolée des prix précédant la grand crise de 2008.

Surtout, ce qui marque les acteurs de l’industrie, c’est tout d’abord la reprise en main des ressources par les grands pays producteurs au détriment des majors occidentales, mais aussi l’incapacité de l’industrie à découvrir de nouvelles réserves pouvant compenser celles qui peu à peu se tarissent. C’est ainsi que les acteurs pétroliers paraissent depuis quelques décennies paralysés par l’épuisement successif d’un certain nombre de champs pétroliers. Il n’y a quasiment plus de doute aujourd’hui pour dire que le pic pétrolier conventionnel a été atteint dans les années 2000, et que la production ne peut se maintenir que grâce aux pétroles non conventionnels (pétrole de roche mère, offshore profond, sables bitumineux). Dans le même temps, le fait que les réserves d’Irak soient encore largement disponibles, du fait des guerres et embargos qui ont prévalu dans ce pays pendant des décennies, explique qu’il soit au centre du jeu géopolitique mondial.

A la lecture de cette somme historique, on comprend que la préoccupation du pic pétrolier traverse toute l’industrie depuis un moment, sans que ces questions ne viennent troubler la quiétude du grand public et de la sphère médiatique. Or, quand on regarde à quel point l’abondance énergétique rendue possible par le pétrole a modifié du tout au tout notre monde et l’a fait entrer dans une trajectoire asymptotique, on ne peut qu’avoir l’impression d’un Leviathan, d’un monstre, formé de ce que nous sommes devenus, et qui commence à vaciller sur ses jambes et à perdre son équilibre.

Grand Nancy : engageons la transition écologique de l’économie métropolitaine !

Dans la foulée de notre contribution à la construction d’un Business Act Régional, tel que proposé par la Région Grand Est, nous publions aujourd’hui un nouveau texte destiné aux élus de la Métropole du Grand Nancy. Son propos est de montrer qu’à l’échelle d’une agglomération, cette crise du Covid place entreprises et acteurs politiques à la croisée des chemins, pour se saisir résolument, ou non, des questions de transition écologique.

La crise sanitaire que nous connaissons actuellement va marquer pour des décennies nos territoires et leur trajectoire de développement. Ses conséquences sont systémiques et touchent, à court, moyen et long terme, toutes les dimensions de la vie de la cité : sociale, économique, écologique, politique, etc. Cela appelle des politiques publiques de résilience pour absorber le choc et en tirer profit afin de réorienter nos modèles. Or, cette épidémie du Covid-19 n’est qu’un artefact d’une mutation d’une plus grande ampleur, l’anthropocène, l’ère géologique de l’homme, qui demande une transformation globale et multidimensionnelle de nos modes de production, de consommation et de vie vers la durabilité : la transition écologique. L’objet de cette tribune est d’appeler à ce que cette crise soit un tremplin vers une mise en route effective et ambitieuse de cette transition à l’échelle du Grand Nancy.

La crise du Covid-19 révèle nos fragilités territoriales

S’il s’avère aujourd’hui indispensable de réviser les stratégies et les modalités du développement économique local, c’est d’abord parce que la crise sanitaire a révélé de grandes fragilités.

  • Fragilité d’abord de notre système de soins, dont les infrastructures et le fonctionnement se sont révélés très vite sous tension au printemps dernier, sous l’effet d’une situation qui n’avait pas été anticipée.  
  • Fragilité industrielle ensuite, marquant ce qui serait, au yeux de nombreux observateurs, la fin de la mondialisation telle que nous l’avons connue jusqu’à présent. Notre très forte dépendance industrielle vis à vis de la Chine a ainsi conduit, dans un pays aussi développé et avancé technologiquement que le nôtre, à la pénurie d’un produit aussi simple à fabriquer qu’un masque chirurgical !
  • Fragilité de notre tissu économique en général, fonctionnant en flux tendus et sans marge de manœuvre quand la situation conjoncturelle se dégrade. Les experts s’accordent d’ailleurs à dire que le niveau d’endettement des entreprises françaises est alarmant, ce qu’on peut relier à un manque de fonds propre et à une incapacité des dirigeants à projeter leurs entreprises autrement que dans une perspective de type « business as usual ».
  • Fragilité sociale et culturelle enfin, avec des dégâts très importants sur la cohésion de la société, les ressources des ménages les plus fragiles, l’isolement des personnes, l’individualisme, l’éducation des jeunes générations et la confiance dans l’action publique.

Nous sommes dans un moment historique :  la “crise” est étymologiquement le moment de la décision, du tri.  Or, comme l’exprime si bien Bruno Latour, cette crise sanitaire est comme “enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre.”

Faire face à la mutation écologique

Si de puissants intérêts économiques et financiers cherchent aujourd’hui à différer ou faire annuler des normes environnementales estimées trop contraignantes, la réalité matérielle, physique, du globe, se rappellera toujours à nous. Revenons ici brièvement sur quelques-unes de ces “données de base”. Le changement climatique est bien entamé, et nous en voyons régulièrement les manifestations. Si les émissions mondiales de Gaz à Effet de Serre (GES) se poursuivent au rythme actuel, nous atteindrons au moins +4 °C d’ici la fin du siècle, c’est à dire que nous entrerions, d’ici 20 ou 30 ans à peine, dans un monde totalement différent de celui que nous avons connu jusqu’alors, celui-là même qui a permis la formidable croissance économique des 70 dernières années : multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, vagues de chaleur), qui deviendront des menaces permanentes ; baisse des rendements agricoles partout sur la planète, sous l’effet conjugué du réchauffement et des atteintes diverses à la biodiversité (urbanisation, usage des pesticides et insecticides, pollutions des terres et des mers) ; augmentation de la mortalité directe due aux pics de chaleurs ; problèmes d’accès à l’eau (notre région connaît depuis plusieurs années déjà des situations de sécheresse structurelles) ; et augmentation de la propagation de maladie portées par les insectes, notamment. Rappelons ici au passage que de nombreux scientifiques établissent un lien au moins indirect entre les atteintes à la biodiversité (braconnage, déforestation) et l’apparition de nouveaux virus engendrés par zoonose comme le Sars-Cov-2.

La société civile est de plus en plus consciente de ces enjeux. Les marches pour le climat, les mouvements de jeunesse, les associations et ONG, ont contribué à faire connaître et affirmer la priorité de ces questions (plus de deux millions de signataires pour la pétition “L’Affaire du siècle”, par exemple). Les étudiants ne sont pas en reste, en “refusant de contribuer par leur travail à l’accélération des crises environnementales et sociales et souhaitant mener une activité professionnelle cohérente avec l’urgence écologique” (l’Appel pour un réveil écologique compte déjà plus de 32 000 signataires et concerne 400 établissements en Europe). Les consommateurs eux-même se déclarent beaucoup plus sensibilisés, affirmant de plus en plus leurs préférences pour l’alimentation bio, les produits issus de circuits courts, les marques les plus respectueuses de l’environnement. Les entreprises de notre territoire doivent donc aussi prendre en compte ces tendances de fond !

Nouvelle donne pour les politiques publiques de développement économique

C’est le propre des entreprises d’appréhender et de trouver des réponses à ce type de contrainte, et même de s’en saisir pour les transformer en opportunités, et de le faire mieux que leurs concurrents ! Mais ces mêmes entreprises ont besoin de visibilité, d’une stratégie claire, globale et cohérente, de long terme pour pouvoir y inscrire leurs propres stratégies de développement, programmer leurs investissements. Or, et c’est tout le paradoxe de notre situation, les entreprises et les banques les plus éclairées et conscientes de ces enjeux appellent justement les autorités publiques à de nouvelles formes de régulation ! Elles le savent, le “business as usual” est incapable d’appréhender les défis du changement climatique, les “externalités négatives” comme les pollutions diverses ou les émissions de CO2 n’entrant pas dans leur champ comptable. En la matière, il revient donc à la force publique d’agir et d’affirmer des orientations fermes et contraignantes, et surtout de réduire les incertitudes pour faciliter la bonne marche des acteurs économiques.

Les pouvoirs publics, et singulièrement les collectivités et leur groupements, dont le Grand Nancy, se trouvent donc en situation de devoir fixer un nouveau cadre de développement, et ce en articulation avec ceux de l’Europe et de l’État, qui sur ces questions sont en train d’évoluer. C’est à une nouvelle forme de planification et à de nouvelles régulations que nous appelons aujourd’hui. Elles doivent prendre forme dans le cadre d’un développement économique décentralisé qui, depuis la loi Notre, s’appuie sur les deux piliers que sont les Régions et les Métropoles. Nous sommes convaincus que la crise du Covid-19, qui appelle un soutien nécessaire de la collectivité auprès des branches et des entreprises les plus touchées, offre justement l’opportunité de mettre en place de nouvelles orientations capables de prendre en charge les enjeux écologiques, qui représentent la plus forte menace pour nos sociétés, à moyen terme. 

Nos propositions pour le Grand Nancy

Nous nous permettons donc de faire quelques propositions aux élus de la Métropole du Grand Nancy, pour opérer cette transformation de manière proactive :

Le premier levier, et le plus transversal, consiste à changer les termes de la délibération sur le territoire. Il importe que, dans les instances politiques, consulaires, patronales, syndicales, académiques, etc., le débat soit réorienté à la lumière des enjeux écologiques contemporains. Pour cela, il est essentiel que dans toutes ces enceintes, un effort d’information et de mise à niveau des acteurs soit entrepris, pour qu’il connaissent puis maîtrisent ce dont on parle quand on parle de raréfaction des ressources, de changement climatique ou d’effondrement de la biodiversité. Très clairement, les acteurs ne sont pas au niveau de leurs responsabilités sur ce point.

La deuxième série de leviers à trait à la question de la formation initiale et continue sur le territoire du Grand Nancy :

  • Faire muter l’offre de formation sur le territoire, en investissant massivement dans la formation professionnelle des personnes qui vont perdre leur emploi, pour réorienter cette force de travail vers les secteurs de la transition écologique. La bonne nouvelle étant que la transition écologique devrait se solder par une création nette d’emploi, via la relocalisation d’activités et le développement de nouvelles filières (recyclage, réemploi, travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments existants, etc.).
  • Poser très clairement à l’Université de Lorraine la question de sa stratégie pour que tous les étudiants soient formés de manière sérieuse aux enjeux énergie-climat, et puissent dans leur avenir professionnel avoir les leviers pour contribuer à la transition écologique là où ils trouveront du travail.
  • Créer une filière de formation initiale et continue de haut niveau pour les cadres industriels sur le management de la transition écologique dans l’industrie.

Dans le domaine de la politique de soutien aux entreprises :

  • Ne plus soutenir avec de l’argent public aucun projet d’innovation ou d’investissement qui ne soit pas, sur la base d’une évaluation ex-ante, compatible avec l’objectif de la neutralité carbone en 2050. L’idéal serait de faire de même avec les Prêts Garantis par l’État (PGE) et autres outils financiers spécifiques à la période Covid. Comme l’affirme la Convention citoyenne pour le Climat, il faut  cesser de soutenir “l’innovation pour l’innovation”. Il ne s’agit pas de contrôler a priori toute innovation : simplement, une innovation ou un investissement industriel qui ne répondra pas aux objectifs de neutralité carbone ne pourra dorénavant plus bénéficier du soutien financier public (de la Métropole du Grand Nancy et des partenaires usuels (Région, BPI, etc.)). Nous affirmons ainsi le rôle indispensable de la collectivité d’orienter le développement économique en faveur de la transition, ce que le marché est aujourd’hui incapable de faire, seul.
  • Pour accompagner la réorientation nécessaire de notre appareil de production vers les stratégies et les secteurs bas carbone, il nous semble essentiel d’assumer politiquement les pertes d’emploi dans les secteurs les plus émetteurs de Gaz à Effet de Serre. Il faut alors être suffisamment proactif pour que les politiques d’attractivité et de soutien aux entreprises soient renforcées sur ces secteurs bas carbone, afin qu’ils offrent les opportunités d’emploi que les personnes à reclasser sont en droit d’attendre.
  • Œuvrer au circuit local de l’argent en multipliant les véhicules d’investissements de proximité (fonds, CIGALES, sociétés de capital-risque régionales). Les monnaies locales complémentaires devront également être beaucoup plus soutenues qu’elle ne le sont aujourd’hui : elles sont des leviers décentralisés très efficaces pour favoriser des chaînes d’approvisionnement et de distributions locales. 
  • Favoriser le recours des entreprises locales au système de financement de projets mis en place avec le Plan de relance de l’État et le Green New Deal européen. Ces plans reposent sur le principe d’un fléchage vers des thématiques clés de la transition écologique. Il est essentiel que les entreprises locales bénéficient de l’ingénierie de projet et de l’ingénierie financière qui leur permettra d’aller chercher ces ressources. Ce peut être le rôle de Scalen ou de Grand Nancy Innovation que l’accompagner les acteurs économiques locaux en ce sens.

Dans le domaine de la planification économique du territoire :

  • Augmenter sensiblement, à travers un effort de planification, les investissements productifs publics bas carbone, en créant une société d’équipement locale qui s’appuie résolument sur les outils financiers mis à disposition par l’Union Européenne. La transition écologique nécessite des investissements publics et privés importants. Or, ces dernières décennies, les plans d’ajustement structurels ont justement conduit à réduire l’investissement public. Dans une logique de planification, il est au contraire indispensable de programmer ces investissements bas carbone, via par exemple une société mixte permettant de conjuguer capitaux publics et privés.
  • Prise de participation directe de la Métropole du Grand Nancy, avec le Conseil régional, dans les entreprises clés de la transition écologique du territoire, pour peu qu’elles aient leur centre de décision localement. Cela est essentiel pour orienter les stratégies industrielles et économiques vers la transition bas carbone, de manière cohérente et organisée.
  • Orienter la commande publique en renforçant la pondération des critères environnementaux dans les appels d’offres du Grand nancy.

En matière de commerce :

  • L’approche sélective des projets bénéficiant d’un soutien public dont nous parlions plus haut doit être étendue à tous les leviers d’action en faveur des entreprises, en particulier à l’échelle locale. Les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC) devront par exemple intégrer l’impératif de neutralité carbone dans l’évaluation des projets proposés, y compris en aval, au niveau du consommateur (par exemple : le nouveau commerce implanté devra proposer une solution de réemploi / réparation / recyclage et intégrer une chaîne régionale dédiée).
  • La réorientation de la consommation que l’on a vue à l’occasion du confinement vers les circuits courts doit être saisie au vol, pour renforcer l’assise du commerce de centre ville. A la faveur des faillites qui ne manqueront pas de se produire dans les commerces périphériques, il importe que la puissance publique récupère les locaux laissés vacants et les friches pour les rendre à l’agriculture, et desserrer la contrainte foncière autour de la Métropole du Grand Nancy. Celle-ci pourra s’adresser à elle même un objectif de zéro artificialisation nette.

Ces quelques propositions méritent d’être affinées, précisées, chiffrées. Il nous semblait important, à ce stade, d’inscrire ces réflexions dans celles des équipes politiques qui se mettent en place sur la Métropole du Grand Nancy depuis les dernières élections, en posant les quelques jalons de ce que devrait être, selon nous, un développement économique local pleinement orienté en faveur de la transition écologique. 

La crise du Covid-19, qui hélas en présage d’autres, nous offre justement l’opportunité de sortir d’un modèle de développement délétère et de mettre en place les bases d’une société bas-carbone. Ce choix de société doit d’abord être un choix démocratique, qui dépasse largement les cercles entrepreneuriaux, pour engager ensemble entreprises, collectivités, et associations, chefs d’entreprises et syndicats, consommateurs et citoyens, vers un avenir viable et désirable.

Emmanuel PAUL, Président de la SCIC Kèpos

Laure HAMMERER, Samuel COLIN et Ian Mc LAUGHLIN, salariés de Kèpos

Caroline ANTOINE, Artiste-Plasticienne et Paysagiste indépendante

Anne BLANCHART, Présidente de Sol &co

Yohan BLANCHE, Directeur d’Un Toit Partagé

Cécilia GANA, Gérante de Day by Day Nancy

Pierre-Antoine PHULPIN, Gérant de I Wood

Martin THIRIAU, Président de SOS Futur

C’est parti pour le nouvel appel à candidatures de La Serre à projets !

Comme en 2020, Kèpos anime, en coopération avec France Active Lorraine, le dispositif de la Serre à projets. Celui-ci lance ce jeudi 14 janvier 2021 un appel à candidatures afin d’accompagner sur le sud de la Meurthe-et-Moselle la création de nouvelles activités engagées dans la transition écologique.

Pour rappel, le dispositif de la Serre à projets vise à repérer des besoins non satisfaits sur le territoire, à imaginer des solutions pour y répondre, à étudier l’opportunité et la faisabilité des projets qui en sont issus, et à les transmettre à des porteurs de projets de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS).

6 thématiques retenues !

Cette année, ce sont 6 thématiques qui ont été sélectionnées par le Comité de pilotage de la Serre à projets et qui ont donné lieu à 6 études d’opportunité dont les candidats peuvent s’inspirer :

  1. Un bureau d’études Low-tech
  2. Un service de verdissement de la Ville
  3. Une vélo-école
  4. Une galerie durable
  5. Un service de cyclologistique
  6. Un service de consigne du verre.

Il est important pour les personnes qui souhaitent postuler à l’appel à candidature de lire les études d’opportunité qui ont été réalisées. Vous pouvez retrouvez l’ensemble des projets de la promotion 2021 ici ! À noter que les variantes sont autorisées.

Comme l’année dernière, les candidats auront également la possibilité de proposer leur propre projet et de se positionner sur le volet blanc.

Qui peut répondre à cet appel à candidatures ?

Les porteurs de projets peuvent être de trois types :

  • Un ou plusieurs particuliers qui souhaitent s’engager dans un projet entrepreneurial. Les candidatures peuvent être émises par une personne seule ou par un collectif informel.
  • Une association existante.
  • Une entreprise sociale existante. Par entreprise sociale, on entend une entreprise s’inscrivant dans le champs de l’Economie Sociale et Solidaire ou dont les activités sont porteuses d’un impact social et environnemental positif pour le territoire.

Les porteurs de projets peuvent ne pas être encore implantés sur le territoire du Sud Meurthe-et-Moselle. En revanche, leur projet doit nécessairement y être principalement localisé.

Quel sera l’accompagnement de la Serre à projets ?

Les lauréats de la Serre à projets bénéficieront :

  • D’un appui méthodologique dans la réalisation de l’étude de faisabilité
  • De la mise en réseau avec les partenaires de la Serre à projets.
  • D’un ensemble de formations et d’ateliers.
  • D’un accompagnement global sur le montage du projet jusqu’à sa concrétisation.
  • D’un soutien technique et d’un appui dans la recherche de financements.

Comment postuler ?

Les réponses se font uniquement via le formulaire disponible ici. Aucune réponse passée le délai du 28 février 2021 à minuit ne sera acceptée. Pour connaître les modalités de sélection et le contenu du dossier, les candidats sont inviter à consulter le cahier des charges de l’appel à candidatures.

Les candidats sélectionnés devront par la suite présenter leur projet à l’oral devant un jury d’experts le 1er avril 2021.

Le décompte est lancé !