Payer le vrai prix des choses

La guerre en Ukraine a déjà pour effet de faire grimper substantiellement les prix de l’énergie et des matières premières, notamment agricoles. C’est ainsi que le pétrole, le gaz, le nickel, le blé ou encore l’huile de tournesol voient leur prix s’envoler de manière exponentielle. L’inflation est au plus haut depuis de très nombreuses années en Europe, et notamment en France. Mais il est important de noter que ce mouvement haussier était déjà en cours avant l’agression de l’Ukraine par la Russie. Il concernait alors en particulier le gaz et le pétrole, mais aussi les coûts de logistique ou les semi-conducteurs. Il était alors majoritairement attribué à la reprise post-covid et à la désorganisation des chaînes logistiques internationales. Mais personne ne prenait en compte qu’il n’était pas impossible que la capacité à fournir des écosystèmes dont nous dépendons soit elle-même limitée, et d’une certaine manière, déjà « au taquet » !

La Guerre en Ukraine est un accélérateur et un amplificateur de ces tendances, dans plusieurs domaines :

  • Les occidentaux cherchent à réduire leur dépendance au gaz et au pétrole russes, ce qui accroît la pression haussière sur les prix via une demande plus forte auprès des autres producteurs.
  • Les engrais et autres produits de synthèse pour l’agriculture sont très dépendants du pétrole, et massivement produits en Russie et Ukraine. Cela implique directement une augmentation des coûts de production des agriculteurs.
  • La Russie et l’Ukraine sont de très importants exportateurs de matières premières agricoles (céréales, oléagineux, etc.). Leur capacité à fournir va être très fortement impactée par la guerre : incapacité des paysans ukrainiens à pratiquer leur activité (manque de carburant, indisponibilité des agriculteurs car partis au combat ou ayant dû fuir, etc.), impossibilité d’exporter les marchandises depuis les ports de la Mer Noire, difficulté à payer les opérateurs russes du fait des sanctions financières touchant le pays, etc.
  • Augmentation du coût des matières premières métalliques, comme par exemple le nickel, du fait d’une forte concentration de la production en Russie. On constate également par exemple en ce moment de très fortes pénuries d’acier, l’Ukraine étant un pays avec une puissante industrie lourde.

écologiques se renforcent pour aboutir à un même résultat : notre mode de vie va devenir littéralement hors de prix. Quelque part, nous avons vécu depuis des décennies à crédit, en pillant les écosystèmes, en prenant dans leur stock de capital plutôt que dans les intérêts qu’ils étaient capables de nous fournir, les fameuses ressources renouvelables. Pour des acteurs comme Kèpos, il était clair que l’on ne pouvait toujours sortir plus de produits d’écosystèmes dont la capacité à fournir était par définition limitée, et qu’un hiatus allait apparaître.

En conséquence, la sécurité alimentaire d’une grande partie du monde n’est plus assurée, les causes géopolitiques se mêlant aux difficultés économiques et aux effets du changement climatique (sécheresse historique au Maroc ou en Amérique latine par exemple). Mais le pire est bien sûr que ce sont les populations les plus déshéritées qui vont le plus souffrir, et notamment dans les pays dont l’autosuffisance alimentaire est la plus faible (Moyen-Orient, Maghreb, Afrique subsaharienne, etc.). On s’attend à des famines et des troubles politiques et géopolitiques terribles.

En France, la situation se traduit par la montée en puissance de la thématique du « pouvoir d’achat », qui devient incontournable dans le débat présidentiel. Mais malgré la démagogie de nos candidats et dirigeants, il est très clair que l’on ne s’en sortira pas à coup de ristournes sur le prix de l’essence ou de primes inflation. Et que ce soit l’État ou les consommateurs qui sortent l’argent, il faudra toujours payer ! Il importe donc que tout un chacun comprenne que la donne vient de radicalement changer, et que ce qui n’était jusqu’à présent que latent devient terriblement réel : il va nous falloir payer le vrai prix des choses. L’abondance dans laquelle nous avons vécu depuis un siècle était d’une certaine manière irréelle. Plus que jamais, le seul scénario soutenable est celui de la sobriété. Et nous avons tous intérêt à la choisir plutôt qu’à la subir.

Emmanuel Paul de Kèpos

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