Archives par étiquette : Transition écologique

Kèpos signe un partenariat avec Radio Caraïb Nancy

Implantée depuis plus de trente ans sur le Plateau de Haye et forte de 57 animateurs bénévoles, Radio Caraib Nancy est un véritable vecteur de cohésion sociale. Créée par une éducatrice et des jeunes de quartier, l’association participe à la vie et aux enjeux de la Métropole du Grand Nancy par le biais de ses programmes.

La radio associative diffuse depuis sa création des valeurs fortes que nous partageons telles que la solidarité et la coopération. Elle donne la voix à ceux que l’on entend peu en créant un dialogue entre les habitants du quartier, les associations et les institutions du Grand Nancy, via une grille d’émissions culturelles, sociétales, musicales, économiques et environnementales. C’est sur cette dernière thématique que Kèpos et RCN ont décidé de s’associer.

L’émission « Bio Diversité » s’engage ainsi à recevoir toutes les deux semaines un membre du Jardin, lauréat de la Serre à Projets ou un partenaire de Kèpos sous la forme d’une interview ou d’un reportage d’une durée de trente minutes. Les émissions pré-enregistrées sont diffusées le deuxième et quatrième jeudi du mois entre 12h et 12h30 sur la fréquence 90.7 FM. Une manière de faire gagner en visibilité les projets de notre communauté et de diversifier nos canaux de communication.

La recyclerie « La Benne Idée » s’est déjà prêtée à l’exercice début octobre ! Vous pourrez retrouver prochainement les émissions sur notre blog mais également sur le site internet de Radio Caraib.

L’émission vous intéresse ? Une actualité importante dont vous aimeriez que nous parlions ? Faites-nous en part n’hésitez pas à également nous consulter si vous avez des questions !

La coopération au cœur des enjeux de transition écologique

Les enjeux écologiques sont une invitation à reconfigurer les modalités de la vie économique, de la compétition à la coopération. En effet, la coopération apparaît comme une approche qui est :

  • Plus efficiente, garantissant un meilleur usage des ressources.
  • Plus efficace, rendant possible l’atteinte de meilleurs résultats en matière d’impact écologique.
  • Davantage porteuse de sens, à l’heure où la question du sens se pose avec acuité à nos organisations économiques, sociales et politiques.

Des enjeux vitaux

Les enjeux liés à la crise écologique sont vitaux pour l’humanité. Quelques chiffres pour l’illustrer :

  • Les énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) représentent 81 % du mix d’énergie primaire dans le monde. Il nous faut, d’ici 2050, quasiment réduire à 0 cette consommation.
  • Le pic du pétrole conventionnel a été atteint depuis 2005. Le maintien de la production ne peut s’effectuer qu’avec le recours aux pétroles non conventionnels. On ne sait combien de temps ceux-ci pourront assurer nos approvisionnements.
  • Le taux de CO2 dans l’atmosphère est aujourd’hui au niveau le plus élevé depuis 3 millions d’années.
  • Pour atteindre la neutralité carbone, il nous faut diminuer nos émissions de Gaz à Effets de Serre par un facteur 6 d’ici 2050 par rapport à 1990, tout en doublant la capacité de nos écosystèmes à stocker du carbone. Pour l’instant, nous avons à peine parcouru 20 % du chemin (en 30 ans), et seulement via la délocalisation de notre industrie.
  • Le scenario as usual nous met tout droit sur le route d’une augmentation de la température mondiale de + 4°C d’ici 2100 par rapport à la période préindustrielle. Aujourd’hui, nous en sommes déjà à + 1,09°C.
  • La crise de la biodiversité actuelle est vue par les chercheurs comme la 6ème extinction massive des espèces. La précédente date d’il y 60 millions d’années. Celle-ci menace nos approvisionnements alimentaires, la fertilité de nos sols, la disponibilité d’une eau favorable à la consommation humaine, etc.

Nous sommes donc face à une crise globale, systémique, « un nouveau régime climatique » comme le dit Bruno Latour. L’homme est devenu une force géologique, qui modifie la structure du système terre : on parle d’« anthropocène », l’ère géologique de l’homme. Dès lors, la transition écologique est un processus de transformation radicale et multidimensionnelle, qui vise à apaiser les contradictions que l’homme a introduites dans le système terre, et qui menacent sa pérennité.

La nécessité de cette transformation concerne tous les acteurs : acteurs publics, entreprises, société civile, citoyens, etc.

La coopération : une nécessité

La vie économique est au cœur des mutations à accomplir. Les modalités d’organisation des échanges doivent évoluer face aux caractère critique des enjeux liés à la transition écologique. La vie économique est en effet organisée selon le principe de la mise en concurrence. La « concurrence libre et non faussée » promue par l’Union Européenne est un principe important pour garantir que la compétition économique soit loyale. Par ailleurs, les étudiants en gestion connaissent bien la matrice créée par Michael Porter, qui montre que la concurrence ne se limite pas à celle directe avec les offreurs des mêmes produits que soi, mais qu’elle est présente tout au long de la chaîne de valeur, vis à vis des fournisseurs, des clients (via leur pouvoir de négociation), vis à vis de nouveaux entrants, ou de produits de substitution. On aboutit alors à un modèle concurrentiel généralisé, centré sur le profit, très efficace pour la création de richesses, mais sans doute beaucoup moins pour leur répartition.

La difficulté aujourd’hui est qu’il faut rentrer dans un modèle de sobriété, qui clairement vient percuter de plein fouet les logiques de croissance. Les indicateurs de succès d’une entreprise doivent se déplacer de la sphère financière vers de nouveaux indicateurs de maintien des ressources, de neutralité carbone, de régénération des écosystèmes naturels et de résilience des organisations humaines. Il nous faut donc glisser d’un modèle concurrentiel qui permet une maximisation de la richesse produite, à un nouveau modèle de relation qui permettent d’atténuer nos impacts, de mieux anticiper des risques, de réagir avec cohésion aux situations de crise.

Ce nouveau modèle de relation inter-organisations, c’est la coopération : une manière de résoudre collectivement des problématiques communes en misant sur le partage de l’information, la mutualisation de ressources, la synergie entre activités, la répartition équitable du pouvoir de décision et de la valeur créée. C’est un mode de relation qui doit être régulé par la puissance publique pour s’assurer que l’intérêt collectif soit en son centre. Il est une nécessité au moment où la société est traversée de forces centrifuges qui menacent sa cohésion.

Pour reprendre le propos de notre introduction, la coopération est :

  • Plus efficiente : la mutualisation de ressources a pour effet la limitation de leur gaspillage.
  • Plus efficace dans ses impacts écologiques et sociaux : elle permet une orientation collective des efforts vers des objectifs de sobriété, en offrant un espace de dialogue, de partage de connaissances et de délibération collective susceptible de placer des objectifs écologiques ambitieux au cœur de l’action collective. En outre, elle garantit une meilleure coordination des efforts, en suscitant un apprentissage collectif qui permet de gagner en efficacité.
  • Porteuse de davantage de sens : elle est une réponse au gouffre actuel entre le gigantisme des moyens techniques à notre disposition, et l’anomie des objectifs de nos organisations. Elle recrée du sens pour tous et pour chacun. Elle permet une herméneutique du réel qui oriente vers un objectif de maintien de l’humanité et de la nature dans leur être.

L’exemple de la SCIC Kèpos

Kèpos (« Jardin » en grec ancien) expérimente un modèle écosystémique pour œuvrer collectivement, via la coopération inter-entreprise, à la transition écologique du territoire. Il s’agit d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) : une société commerciale avec un fonctionnement coopératif, qui se définit vis à vis d’un intérêt collectif, à mi-chemin de l’intérêt privé et de l’intérêt général, autour de la transition écologique de son territoire d’implantation, la région nancéienne.

Kèpos est constitué d’un noyau de 24 entreprises, TPE, travailleurs indépendants, associations, engagés sur les questions écologiques, et qui sont dans une logique de développement afin de maximiser leurs impacts écologiques et sociaux. Le but est de passer des seuils de manière collective, la coopérative jouant le rôle d’un outil de développement mutualisé. L’écosystème d’activités ainsi formé est composé d’acteurs qui ne sont ni sur les mêmes métiers, ni sur les mêmes marchés, ni sur les mêmes secteurs, favorisant par là-même leurs interactions.

La coopération s’y vit de plusieurs manières :

  • Via une gouvernance multipartite, incluant des acteurs privés et publics, créant une véritable entreprise partagée.
  • Par un accompagnement des dirigeants de chaque membre, afin de l’aider à prendre de la hauteur.
  • En privilégiant un développement endémique de relations entre membres et avec les partenaires de l’écosystème, s’appuyant sur des fertilisations croisées tout azimut. Les relations d’affaire entre membres n’ont de cesse de s’y multiplier.
  • A travers des propositions de formations pour monter en compétence individuellement et collectivement.
  • Via la mutualisation de ressources auxquelles aucun des membres, seul, ne pourrait prétendre.
  • En organisant des rencontres avec des experts des questions écologiques, notamment des universitaires.
  • En mutualisant les offres et en menant une prospection collective des gros donneurs d’ordres.
  • En proposant aux coopérateurs un bouquet de services : conseil, recherche de financement, recrutement, etc.
  • En mettant en place une représentation commune auprès des pouvoirs publics.
  • En vivant tout cela dans un climat de convivialité et d’entraide.

Kèpos est à l’heure actuelle en train de chercher à étendre son modèle au-delà de son premier cercle de coopérateurs. C’est tout le sens de la labellisation PTCE émergents (Pôle Territorial de Coopération Economique) que la coopérative vient d’obtenir dans le cadre du Plan de relance. La relation avec la sphère publique n’est pas oubliée, et certaines collectivités sont entrées au capital de la SCIC. Kèpos se pose ainsi en relais proactif de politiques publiques qui peu à peu se construisent en matière de transition écologique, en même temps qu’il cherche à les influencer.

Dans le contexte des crises climatique et de la biodiversité, les expérimentations, telles celle menée par Kèpos, sont des jalons essentiels pour réorienter l’activité économique vers la durabilité et la sobriété. Il est crucial que ces expérimentations puissent prospérer et tenter de trouver des solutions pour que les enjeux écologiques soient réellement à l’agenda des entreprises.

Grand Nancy : engageons la transition écologique de l’économie métropolitaine !

Dans la foulée de notre contribution à la construction d’un Business Act Régional, tel que proposé par la Région Grand Est, nous publions aujourd’hui un nouveau texte destiné aux élus de la Métropole du Grand Nancy. Son propos est de montrer qu’à l’échelle d’une agglomération, cette crise du Covid place entreprises et acteurs politiques à la croisée des chemins, pour se saisir résolument, ou non, des questions de transition écologique.

La crise sanitaire que nous connaissons actuellement va marquer pour des décennies nos territoires et leur trajectoire de développement. Ses conséquences sont systémiques et touchent, à court, moyen et long terme, toutes les dimensions de la vie de la cité : sociale, économique, écologique, politique, etc. Cela appelle des politiques publiques de résilience pour absorber le choc et en tirer profit afin de réorienter nos modèles. Or, cette épidémie du Covid-19 n’est qu’un artefact d’une mutation d’une plus grande ampleur, l’anthropocène, l’ère géologique de l’homme, qui demande une transformation globale et multidimensionnelle de nos modes de production, de consommation et de vie vers la durabilité : la transition écologique. L’objet de cette tribune est d’appeler à ce que cette crise soit un tremplin vers une mise en route effective et ambitieuse de cette transition à l’échelle du Grand Nancy.

La crise du Covid-19 révèle nos fragilités territoriales

S’il s’avère aujourd’hui indispensable de réviser les stratégies et les modalités du développement économique local, c’est d’abord parce que la crise sanitaire a révélé de grandes fragilités.

  • Fragilité d’abord de notre système de soins, dont les infrastructures et le fonctionnement se sont révélés très vite sous tension au printemps dernier, sous l’effet d’une situation qui n’avait pas été anticipée.  
  • Fragilité industrielle ensuite, marquant ce qui serait, au yeux de nombreux observateurs, la fin de la mondialisation telle que nous l’avons connue jusqu’à présent. Notre très forte dépendance industrielle vis à vis de la Chine a ainsi conduit, dans un pays aussi développé et avancé technologiquement que le nôtre, à la pénurie d’un produit aussi simple à fabriquer qu’un masque chirurgical !
  • Fragilité de notre tissu économique en général, fonctionnant en flux tendus et sans marge de manœuvre quand la situation conjoncturelle se dégrade. Les experts s’accordent d’ailleurs à dire que le niveau d’endettement des entreprises françaises est alarmant, ce qu’on peut relier à un manque de fonds propre et à une incapacité des dirigeants à projeter leurs entreprises autrement que dans une perspective de type « business as usual ».
  • Fragilité sociale et culturelle enfin, avec des dégâts très importants sur la cohésion de la société, les ressources des ménages les plus fragiles, l’isolement des personnes, l’individualisme, l’éducation des jeunes générations et la confiance dans l’action publique.

Nous sommes dans un moment historique :  la “crise” est étymologiquement le moment de la décision, du tri.  Or, comme l’exprime si bien Bruno Latour, cette crise sanitaire est comme “enchâssée dans ce qui n’est pas une crise – toujours passagère – mais une mutation écologique durable et irréversible. Si nous avons de bonne chance de « sortir » de la première, nous n’en avons aucune de « sortir » de la seconde. Les deux situations ne sont pas à la même échelle, mais il est très éclairant de les articuler l’une sur l’autre.”

Faire face à la mutation écologique

Si de puissants intérêts économiques et financiers cherchent aujourd’hui à différer ou faire annuler des normes environnementales estimées trop contraignantes, la réalité matérielle, physique, du globe, se rappellera toujours à nous. Revenons ici brièvement sur quelques-unes de ces “données de base”. Le changement climatique est bien entamé, et nous en voyons régulièrement les manifestations. Si les émissions mondiales de Gaz à Effet de Serre (GES) se poursuivent au rythme actuel, nous atteindrons au moins +4 °C d’ici la fin du siècle, c’est à dire que nous entrerions, d’ici 20 ou 30 ans à peine, dans un monde totalement différent de celui que nous avons connu jusqu’alors, celui-là même qui a permis la formidable croissance économique des 70 dernières années : multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, vagues de chaleur), qui deviendront des menaces permanentes ; baisse des rendements agricoles partout sur la planète, sous l’effet conjugué du réchauffement et des atteintes diverses à la biodiversité (urbanisation, usage des pesticides et insecticides, pollutions des terres et des mers) ; augmentation de la mortalité directe due aux pics de chaleurs ; problèmes d’accès à l’eau (notre région connaît depuis plusieurs années déjà des situations de sécheresse structurelles) ; et augmentation de la propagation de maladie portées par les insectes, notamment. Rappelons ici au passage que de nombreux scientifiques établissent un lien au moins indirect entre les atteintes à la biodiversité (braconnage, déforestation) et l’apparition de nouveaux virus engendrés par zoonose comme le Sars-Cov-2.

La société civile est de plus en plus consciente de ces enjeux. Les marches pour le climat, les mouvements de jeunesse, les associations et ONG, ont contribué à faire connaître et affirmer la priorité de ces questions (plus de deux millions de signataires pour la pétition “L’Affaire du siècle”, par exemple). Les étudiants ne sont pas en reste, en “refusant de contribuer par leur travail à l’accélération des crises environnementales et sociales et souhaitant mener une activité professionnelle cohérente avec l’urgence écologique” (l’Appel pour un réveil écologique compte déjà plus de 32 000 signataires et concerne 400 établissements en Europe). Les consommateurs eux-même se déclarent beaucoup plus sensibilisés, affirmant de plus en plus leurs préférences pour l’alimentation bio, les produits issus de circuits courts, les marques les plus respectueuses de l’environnement. Les entreprises de notre territoire doivent donc aussi prendre en compte ces tendances de fond !

Nouvelle donne pour les politiques publiques de développement économique

C’est le propre des entreprises d’appréhender et de trouver des réponses à ce type de contrainte, et même de s’en saisir pour les transformer en opportunités, et de le faire mieux que leurs concurrents ! Mais ces mêmes entreprises ont besoin de visibilité, d’une stratégie claire, globale et cohérente, de long terme pour pouvoir y inscrire leurs propres stratégies de développement, programmer leurs investissements. Or, et c’est tout le paradoxe de notre situation, les entreprises et les banques les plus éclairées et conscientes de ces enjeux appellent justement les autorités publiques à de nouvelles formes de régulation ! Elles le savent, le “business as usual” est incapable d’appréhender les défis du changement climatique, les “externalités négatives” comme les pollutions diverses ou les émissions de CO2 n’entrant pas dans leur champ comptable. En la matière, il revient donc à la force publique d’agir et d’affirmer des orientations fermes et contraignantes, et surtout de réduire les incertitudes pour faciliter la bonne marche des acteurs économiques.

Les pouvoirs publics, et singulièrement les collectivités et leur groupements, dont le Grand Nancy, se trouvent donc en situation de devoir fixer un nouveau cadre de développement, et ce en articulation avec ceux de l’Europe et de l’État, qui sur ces questions sont en train d’évoluer. C’est à une nouvelle forme de planification et à de nouvelles régulations que nous appelons aujourd’hui. Elles doivent prendre forme dans le cadre d’un développement économique décentralisé qui, depuis la loi Notre, s’appuie sur les deux piliers que sont les Régions et les Métropoles. Nous sommes convaincus que la crise du Covid-19, qui appelle un soutien nécessaire de la collectivité auprès des branches et des entreprises les plus touchées, offre justement l’opportunité de mettre en place de nouvelles orientations capables de prendre en charge les enjeux écologiques, qui représentent la plus forte menace pour nos sociétés, à moyen terme. 

Nos propositions pour le Grand Nancy

Nous nous permettons donc de faire quelques propositions aux élus de la Métropole du Grand Nancy, pour opérer cette transformation de manière proactive :

Le premier levier, et le plus transversal, consiste à changer les termes de la délibération sur le territoire. Il importe que, dans les instances politiques, consulaires, patronales, syndicales, académiques, etc., le débat soit réorienté à la lumière des enjeux écologiques contemporains. Pour cela, il est essentiel que dans toutes ces enceintes, un effort d’information et de mise à niveau des acteurs soit entrepris, pour qu’il connaissent puis maîtrisent ce dont on parle quand on parle de raréfaction des ressources, de changement climatique ou d’effondrement de la biodiversité. Très clairement, les acteurs ne sont pas au niveau de leurs responsabilités sur ce point.

La deuxième série de leviers à trait à la question de la formation initiale et continue sur le territoire du Grand Nancy :

  • Faire muter l’offre de formation sur le territoire, en investissant massivement dans la formation professionnelle des personnes qui vont perdre leur emploi, pour réorienter cette force de travail vers les secteurs de la transition écologique. La bonne nouvelle étant que la transition écologique devrait se solder par une création nette d’emploi, via la relocalisation d’activités et le développement de nouvelles filières (recyclage, réemploi, travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments existants, etc.).
  • Poser très clairement à l’Université de Lorraine la question de sa stratégie pour que tous les étudiants soient formés de manière sérieuse aux enjeux énergie-climat, et puissent dans leur avenir professionnel avoir les leviers pour contribuer à la transition écologique là où ils trouveront du travail.
  • Créer une filière de formation initiale et continue de haut niveau pour les cadres industriels sur le management de la transition écologique dans l’industrie.

Dans le domaine de la politique de soutien aux entreprises :

  • Ne plus soutenir avec de l’argent public aucun projet d’innovation ou d’investissement qui ne soit pas, sur la base d’une évaluation ex-ante, compatible avec l’objectif de la neutralité carbone en 2050. L’idéal serait de faire de même avec les Prêts Garantis par l’État (PGE) et autres outils financiers spécifiques à la période Covid. Comme l’affirme la Convention citoyenne pour le Climat, il faut  cesser de soutenir “l’innovation pour l’innovation”. Il ne s’agit pas de contrôler a priori toute innovation : simplement, une innovation ou un investissement industriel qui ne répondra pas aux objectifs de neutralité carbone ne pourra dorénavant plus bénéficier du soutien financier public (de la Métropole du Grand Nancy et des partenaires usuels (Région, BPI, etc.)). Nous affirmons ainsi le rôle indispensable de la collectivité d’orienter le développement économique en faveur de la transition, ce que le marché est aujourd’hui incapable de faire, seul.
  • Pour accompagner la réorientation nécessaire de notre appareil de production vers les stratégies et les secteurs bas carbone, il nous semble essentiel d’assumer politiquement les pertes d’emploi dans les secteurs les plus émetteurs de Gaz à Effet de Serre. Il faut alors être suffisamment proactif pour que les politiques d’attractivité et de soutien aux entreprises soient renforcées sur ces secteurs bas carbone, afin qu’ils offrent les opportunités d’emploi que les personnes à reclasser sont en droit d’attendre.
  • Œuvrer au circuit local de l’argent en multipliant les véhicules d’investissements de proximité (fonds, CIGALES, sociétés de capital-risque régionales). Les monnaies locales complémentaires devront également être beaucoup plus soutenues qu’elle ne le sont aujourd’hui : elles sont des leviers décentralisés très efficaces pour favoriser des chaînes d’approvisionnement et de distributions locales. 
  • Favoriser le recours des entreprises locales au système de financement de projets mis en place avec le Plan de relance de l’État et le Green New Deal européen. Ces plans reposent sur le principe d’un fléchage vers des thématiques clés de la transition écologique. Il est essentiel que les entreprises locales bénéficient de l’ingénierie de projet et de l’ingénierie financière qui leur permettra d’aller chercher ces ressources. Ce peut être le rôle de Scalen ou de Grand Nancy Innovation que l’accompagner les acteurs économiques locaux en ce sens.

Dans le domaine de la planification économique du territoire :

  • Augmenter sensiblement, à travers un effort de planification, les investissements productifs publics bas carbone, en créant une société d’équipement locale qui s’appuie résolument sur les outils financiers mis à disposition par l’Union Européenne. La transition écologique nécessite des investissements publics et privés importants. Or, ces dernières décennies, les plans d’ajustement structurels ont justement conduit à réduire l’investissement public. Dans une logique de planification, il est au contraire indispensable de programmer ces investissements bas carbone, via par exemple une société mixte permettant de conjuguer capitaux publics et privés.
  • Prise de participation directe de la Métropole du Grand Nancy, avec le Conseil régional, dans les entreprises clés de la transition écologique du territoire, pour peu qu’elles aient leur centre de décision localement. Cela est essentiel pour orienter les stratégies industrielles et économiques vers la transition bas carbone, de manière cohérente et organisée.
  • Orienter la commande publique en renforçant la pondération des critères environnementaux dans les appels d’offres du Grand nancy.

En matière de commerce :

  • L’approche sélective des projets bénéficiant d’un soutien public dont nous parlions plus haut doit être étendue à tous les leviers d’action en faveur des entreprises, en particulier à l’échelle locale. Les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC) devront par exemple intégrer l’impératif de neutralité carbone dans l’évaluation des projets proposés, y compris en aval, au niveau du consommateur (par exemple : le nouveau commerce implanté devra proposer une solution de réemploi / réparation / recyclage et intégrer une chaîne régionale dédiée).
  • La réorientation de la consommation que l’on a vue à l’occasion du confinement vers les circuits courts doit être saisie au vol, pour renforcer l’assise du commerce de centre ville. A la faveur des faillites qui ne manqueront pas de se produire dans les commerces périphériques, il importe que la puissance publique récupère les locaux laissés vacants et les friches pour les rendre à l’agriculture, et desserrer la contrainte foncière autour de la Métropole du Grand Nancy. Celle-ci pourra s’adresser à elle même un objectif de zéro artificialisation nette.

Ces quelques propositions méritent d’être affinées, précisées, chiffrées. Il nous semblait important, à ce stade, d’inscrire ces réflexions dans celles des équipes politiques qui se mettent en place sur la Métropole du Grand Nancy depuis les dernières élections, en posant les quelques jalons de ce que devrait être, selon nous, un développement économique local pleinement orienté en faveur de la transition écologique. 

La crise du Covid-19, qui hélas en présage d’autres, nous offre justement l’opportunité de sortir d’un modèle de développement délétère et de mettre en place les bases d’une société bas-carbone. Ce choix de société doit d’abord être un choix démocratique, qui dépasse largement les cercles entrepreneuriaux, pour engager ensemble entreprises, collectivités, et associations, chefs d’entreprises et syndicats, consommateurs et citoyens, vers un avenir viable et désirable.

Emmanuel PAUL, Président de la SCIC Kèpos

Laure HAMMERER, Samuel COLIN et Ian Mc LAUGHLIN, salariés de Kèpos

Caroline ANTOINE, Artiste-Plasticienne et Paysagiste indépendante

Anne BLANCHART, Présidente de Sol &co

Yohan BLANCHE, Directeur d’Un Toit Partagé

Cécilia GANA, Gérante de Day by Day Nancy

Pierre-Antoine PHULPIN, Gérant de I Wood

Martin THIRIAU, Président de SOS Futur